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Assises de la télémédecine : la feuille de route 2026-2028 de Stéphanie Rist, entre relance et garde-fous

Assises de la télémédecine : la feuille de route 2026-2028 de Stéphanie Rist, entre relance et garde-fous Clap de fin, le lundi 26 janvier 2026, pour les Assises de la télémédecine lancées le 27 juin 2025 par la Caisse nationale de l’Assurance maladie (CNAM) et la Direction générale de l’offre de soins (DGOS). Au ministère, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a présenté une feuille de route 2026-2028 visant à installer la télémédecine dans une logique « puissante et structurante, intégrée aux parcours de soins » plutôt que cantonnée à un recours ponctuel.[4]

Une concertation d’un an pour remettre la pratique d’équerre

Dans le document de restitution publié le 26 janvier 2026, Stéphanie Rist revendique d’abord une méthode : « Je l’ai toujours soutenu : la télémédecine est utile ».[1] L’éditorial insiste aussi sur « le succès d’une méthode : celle de la co-construction », avec « la participation de plus de 1 000 acteurs » (professionnels, patients, ordres, institutions, industriels), au fil d’une concertation nationale, d’auditions et de sept ateliers organisés dans huit régions.[1]

Ce travail part d’un constat déjà posé lors du lancement des Assises : après le pic de la crise Covid-19, les usages se sont stabilisés, mais la dynamique reste fragile, et l’encadrement doit mieux concilier accès, qualité et coordination avec l’offre présentielle.[2] Dans la presse médicale, Thomas Fatôme, directeur général de la CNAM, résume la philosophie de l’exercice :[3]

« Ces assises étaient une des propositions du rapport Charges et produits pour 2025 avec une vertu première qui était de faire se parler les acteurs… pas seulement à Paris, mais surtout dans les régions… Je crois que de ce point de vue-là, le pari a été tenu ».[3]

Chiffres 2025 : un outil installé, mais encore inégalement structuré

La feuille de route s’appuie sur des ordres de grandeur précis : 14 millions de téléconsultations en 2025 (contre 17 millions en 2020, « au pic du Covid ») et 270 000 téléexpertises sur l’année.[1] Chaque mois, « plus de 17 000 médecins généralistes » recourent à la téléconsultation, soit « 1 médecin généraliste sur 3 ».[1] Côté téléexpertise, 60 % des actes sont rendus par des libéraux et 40 % par les hôpitaux.[1]

Au-delà des volumes, l’adoption reste contrastée selon les spécialités. En 2024, l’analyse d’usages relayée sur caducee.net rappelait, à partir de données Doctolib, que « la téléconsultation est entrée dans les mœurs, mais son adoption varie selon les besoins de chaque discipline », selon Jean-Urbain Hubau, directeur général de Doctolib France.[7]

Quatre axes 2026-2028 pour transformer l’essai

La ministre fixe un cap : « La télémédecine ne doit pas être vue comme un outil ponctuel mais bien comme un outil puissant et structurant, intégré aux parcours de soins ».[4] Le document de restitution décline cette ambition en quatre enjeux.[1]

Renforcer la place de la télémédecine dans le suivi et les parcours

Premier levier : ancrer les usages dans des recommandations. Les sociétés savantes doivent être missionnées « sous l’égide de la HAS (Haute Autorité de santé) » pour produire des recommandations, notamment sur le recours à la téléconsultation dans le suivi des patients chroniques et sur la téléexpertise.[1][4]

Deux annonces opérationnelles structurent ce volet. D’une part, l’objectif affiché d’un déploiement « massif » de la téléexpertise, avec la recherche de « standards communs » pour harmoniser les dossiers transmis aux médecins requis.[4] D’autre part, l’obligation d’un « résumé de téléconsultation » destiné au médecin traitant, afin de renforcer la continuité des soins.[1]

Sur le terrain, la téléexpertise est déjà présentée comme un outil de tri et de priorisation des demandes, notamment lorsqu’elle s’articule à des organisations territoriales : caducee.net détaillait ainsi le rôle de la téléexpertise au cœur des équipes de soins spécialisés (ESS) dans certaines expérimentations, en insistant sur la logique d’orientation plus rapide des patients.[8]

Déployer la télémédecine vers les patients qui en ont le plus besoin

La feuille de route cible des situations où le présentiel se heurte à des obstacles : personnes sans médecin traitant, territoires sous-denses, patients dépendants ou très isolés.[1] Dans ce cadre, une mesure est particulièrement scrutée par les médecins : l’exécutif annonce des « dérogations ciblées » au plafond de 20 % de téléconsultations, selon des situations professionnelles (médecins retraités, remplaçants, « moments de vie particuliers ») et des périodes de tension (été/hiver).[1][4]

Cette logique d’accès est au cœur des attentes documentées dès juillet 2025, lorsque la CNAM et la DGOS expliquaient vouloir « définir les contours de l’organisation de la télémédecine de demain » et aboutir, en janvier 2026, à des propositions opérationnelles dans un cadre « maîtrisé ».[2]

Améliorer la qualité des soins et limiter les dérives

Le troisième enjeu vise l’encadrement des pratiques et des dispositifs. La feuille de route prévoit de renforcer l’implantation et le suivi des équipements de téléconsultation, en s’appuyant sur les recommandations de la HAS, avec une obligation de déclaration préalable aux ARS (agences régionales de santé) et une information des CPAM (caisses primaires d’assurance maladie) et des CPTS (communautés professionnelles territoriales de santé).[1]

Les acteurs professionnels, eux aussi, se positionnent. Dans un communiqué daté du 26 janvier 2026, le Syndicat national autonome des orthoptistes (SNAO) rappelle un principe qu’il juge non négociable : « la qualité et la sécurité des soins ne sont pas négociables ».[5]

Développer les compétences, jusqu’à la télé-sémiologie

Quatrième pilier : la montée en compétence. Dans Le Quotidien du Médecin, la ministre présente la formation comme un passage obligé : « C’est le prérequis numéro 1 ».[4] La feuille de route annonce un travail « en lien avec les universités, les doyens et les sociétés savantes » pour structurer des formations théoriques et pratiques, y compris en télé-sémiologie, dans les deux prochaines années.[4][1]

Déclarations de personnalités : un cap politique, une mise en œuvre attendue

Au-delà de la feuille de route, les prises de parole donnent la tonalité de 2026 : la relance se veut collective, territorialisée et encadrée.

– Stéphanie Rist assume le changement d’échelle : « Je l’ai toujours soutenu : la télémédecine est utile ».[1]

– Thomas Fatôme, côté CNAM, insiste sur le retour d’expérience régional : « Ces échanges ont permis de dépasser certaines idées reçues, d’objectiver les pratiques existantes et de dégager des enseignements très opérationnels ».[6]

– Marie Daudé, directrice générale de l’offre de soins, replace l’enjeu dans la pratique clinique : « Ces assises ont permis de poser les bases d’une nouvelle dynamique de la télémédecine, non pas comme un objet en soi, mais comme une modalité de pratique de la médecine ».[3]

Les points qui devront encore passer au tamis des textes d’application

La feuille de route du 26 janvier 2026 fixe des objectifs, mais plusieurs paramètres détermineront l’impact réel pour les soignants : calendrier des textes, modalités de contrôle, organisation concrète du « résumé de téléconsultation », charge administrative liée aux déclarations ARS, et capacité des établissements (dont les CHU) à répondre à des demandes de téléexpertise en volume.[1][4] C’est aussi à ce niveau que se jouera l’équilibre entre accès aux soins, qualité et soutenabilité pour les praticiens.

Références

1. Ministère de la Santé – ASSISES DE LA TÉLÉMDECINE | Synthèse des assises et axes de la feuille de route (PDF), 26/01/2026. https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/synthese_des_assises_et_axes_de_la_fdr_26_janvier_2026.pdf

2. ameli.fr (Assurance Maladie) – Pour définir les contours de la télémédecine de demain, des « Assises » jusqu’en janvier 2026, 17/07/2025. https://www.ameli.fr/exercice-coordonne/actualites/pour-definir-les-contours-de-la-telemedecine-de-demain-des-assises-jusqu-en-janvier-2026

3. Egora – Télémédecine : ce qu'il faut retenir des annonces de Stéphanie Rist, 26/01/2026. https://www.egora.fr/actus-pro/conditions-dexercice/telemedecine-ce-quil-faut-retenir-des-annonces-de-stephanie-rist

4. Le Quotidien du Médecin – Télémédecine : le gouvernement prêt à déverrouiller (un peu) les consultations à distance, 26/01/2026. https://www.lequotidiendumedecin.fr/sante-societe/politique-de-sante/telemedecine-le-gouvernement-pret-deverrouiller-un-peu-les-consultations-distance

5. Syndicat national autonome des orthoptistes (SNAO) – Assises de la télémédecine : une feuille de route claire pour un déploiement sécurisé et de qualité, 26/01/2026. https://www.orthoptiste.pro/informations/communiques-de-presse/assises-de-la-telemedecine-une-feuille-de-route-claire-pour-un-deploiement-securise-et-de-qualite/

6. LinkedIn (Thomas Fatôme) – Post « #télémédecine », consulté le 29/01/2026 (post daté « 23 h » sur la page), 28/01/2026 environ. https://fr.linkedin.com/posts/thomas-fatome_télémédecine-activity-7421929228754919425-9OZF

7. Caducee.net – Téléconsultation en 2025 : une révolution à moitié saisie ?, 18/06/2025. https://www.caducee.net/actualite-medicale/16605/teleconsultation-en-2025-une-revolution-a-moitie-saisie.html

8. Caducee.net – La téléexpertise au cœur des premières Équipes de soins spécialisés, 30/03/2023. https://www.caducee.net/actualite-medicale/16060/la-teleexpertise-au-coeur-des-premieres-equipes-de-soins-specialises.html

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