ChatGPT Health : OpenAI ouvre un espace dédié, connecté aux dossiers médicaux et rebat les cartes de l’e-santé

ChatGPT Health : OpenAI ouvre un espace dédié, connecté aux dossiers médicaux et rebat les cartes de l’e-santé OpenAI a annoncé le 7 janvier 2026 le lancement de ChatGPT Health, une expérience distincte au sein de ChatGPT, destinée aux échanges liés à la santé et au bien-être. L’entreprise avance un indicateur marquant : plus de 230 millions de personnes dans le monde poseraient chaque semaine des questions de santé ou de bien-être à ChatGPT. OpenAI présente cette déclinaison comme une réponse à deux attentes : mieux protéger des informations sensibles et mieux exploiter des données hétérogènes (applications, documents, et, aux États-Unis, dossiers médicaux).[1][2]

L’annonce la plus structurante tient à cette dernière brique : via un partenariat avec b.well, ChatGPT Health peut, aux États-Unis, se connecter à des sources cliniques. Pour un assistant déjà omniprésent, l’accès à des données médicales longitudinales pourrait ouvrir la boîte de Pandore : celle des usages, des responsabilités et de la gouvernance de la donnée de santé à l’échelle grand public.[1][3][5]

Un espace santé cloisonné, avec une promesse de non-entraînement

Le socle du produit est un cloisonnement renforcé. OpenAI décrit un espace Health séparé, avec des chats, fichiers, applications connectées et “mémoires” propres, qui ne se mélangent pas avec le reste de ChatGPT.[1][4] La société insiste aussi sur une asymétrie : du contexte issu de conversations non-santé (rythme de vie, déménagement, contraintes professionnelles) peut nourrir l’échange dans Health, mais les informations Health ne « rejaillissent » pas vers les conversations ordinaires.[1]

Sur le volet le plus sensible, OpenAI affirme — point repris par Reuters — que les conversations dans Health ne servent pas à entraîner les modèles.[2] L’entreprise ajoute que les données sont chiffrées « par défaut » au repos et en transit, et que Health bénéficie de protections supplémentaires, décrites comme un chiffrement « conçu spécifiquement » et une isolation accrue.[1]

Dans un communiqué relayé par PR Newswire, Ashley Alexander, vice-présidente Health Products chez OpenAI, souligne que la santé et le bien-être font partie des usages les plus fréquents et les plus significatifs de ChatGPT.[5]

Un point de vocabulaire mérite toutefois d’être posé : OpenAI parle de « personnes » qui posent des questions santé chaque semaine. Dans le débat public, cette statistique a parfois été reformulée en « patients », suggérant une relation de soin. Or la communication officielle rappelle que l’outil est conçu pour soutenir la prise en charge, sans s’y substituer, et qu’il n’a pas vocation à diagnostiquer ni à traiter.[1][3]

Interopérabilité : des apps bien-être aux dossiers médicaux via b.well

ChatGPT Health entend rapprocher l’assistant de données personnelles, afin d’éviter une conversation « hors-sol ». OpenAI liste des intégrations initiales avec Apple Health, Function et MyFitnessPal, tandis que la presse spécialisée cite aussi d’autres services orientés bien-être et activités (Peloton, Weight Watchers, etc.).[1][3]

Deux limites opérationnelles sont explicitement mentionnées par OpenAI : certaines intégrations, dont les dossiers médicaux, sont disponibles uniquement aux États-Unis, et Apple Health requiert iOS.[1]

Dossiers médicaux : une ouverture réservée aux États-Unis, mais un changement d’échelle

Le centre d’aide d’OpenAI précise que la connexion de dossiers médicaux se fait uniquement dans l’espace Health, qu’elle est réservée aux États-Unis et qu’elle implique une authentification auprès des établissements de santé concernés.[4]

Pour la connectivité, OpenAI s’appuie sur b.well. Le communiqué de l’entreprise indique que son réseau permet d’accéder à des données cliniques « en temps réel » via plus de 2,2 millions de soignants et structures et 320 “assureurs santé, laboratoires et autres sources”.[5] The Verge relève également le rôle de b.well comme couche d’intégration et rappelle l’ordre de grandeur des acteurs couverts.[3]

En termes d’e-santé, l’enjeu dépasse la simple importation de documents : c’est la perspective d’un dossier longitudinal unifié, alimenté par plusieurs sources, et mobilisable en langage naturel. Cette ambition se heurte historiquement à une difficulté bien identifiée : sans interopérabilité entre systèmes d’information de santé, les informations restent fragmentées, et la coordination se heurte à des silos techniques et sémantiques.[9]

Ce que cela change pour les patients et les soignants

Pour les patients : vers un tableau de bord de santé grand public

OpenAI met en avant des usages concrets : aider à comprendre des résultats d’examens, préparer une consultation, accompagner des objectifs de nutrition et d’activité, ou encore comparer des options d’assurance en tenant compte de ses habitudes de soins.[1][2] La logique sous-jacente est celle d’un point d’entrée unique : plutôt qu’une constellation de portails, d’applications et de documents dispersés, un espace conversationnel qui rassemble, clarifie et aide à prioriser.

Cette trajectoire rejoint une idée ancienne de la santé numérique : celle d’un dossier pivot piloté par le patient, capable d’agréger antécédents, allergies, traitements, facteurs de risque et documents, avec des droits d’accès différenciés. La différence, ici, est que l’interface n’est plus un portail : c’est une interaction, où la demande se formule en langage naturel et la réponse s’adapte au contexte.[1]

Pour les professionnels : montée de la pré-consultation, et nouvelles frictions

Dans les cabinets comme à l’hôpital, l’effet le plus probable à court terme est la montée en puissance de la pré-consultation : patients arrivant avec des synthèses, des hypothèses, des listes de questions, parfois aussi avec une inquiétude renforcée par une interprétation trop littérale. Reuters souligne que l’un des objectifs affichés est d’aider à préparer les rendez-vous et à décoder des résultats.[2]

La balance bénéfices-risques dépendra de deux paramètres : la qualité des garde-fous (éviter les interprétations hasardeuses) et la capacité de l’outil à encourager le bon niveau de recours. Ce débat traverse déjà la communauté médicale depuis l’irruption de ChatGPT dans l’espace public : l’outil peut fluidifier l’information et la prévention, tout en faisant peser un coût d’explication supplémentaire lorsqu’il faut corriger des raisonnements erronés ou des projections anxiogènes.[11]

Les angles morts : sécurité, statut clinique et calendrier européen

Sécurité : protections renforcées, mais un modèle de confiance à clarifier

OpenAI met en avant le chiffrement « par défaut » et des protections supplémentaires, ainsi que des contrôles utilisateurs (effacement des mémoires Health, déconnexion des applications).[1][4] Dans le même temps, The Verge rapporte l’absence de chiffrement de bout en bout dans ce contexte et rappelle qu’un service en ligne peut être soumis à des demandes légales valides.[3]

Au-delà de l’architecture interne, la robustesse du dispositif se jouera aussi dans la chaîne de confiance avec les tiers connectés. OpenAI affirme imposer des exigences de minimisation des données et une revue de sécurité renforcée pour les applications intégrées à Health.[1]

Statut clinique : un outil d’appui, pas un substitut au soin

OpenAI insiste sur le cadrage : Health est conçu pour soutenir la prise en charge, sans la remplacer, et n’a pas vocation à diagnostiquer ni à traiter.[1] Ce positionnement vise à demeurer dans l’accompagnement et l’éducation en santé, plutôt que dans un registre de décision clinique.

Ce cadrage n’empêche pas les usages détournés. The Verge souligne la difficulté pour l’entreprise de maîtriser l’ensemble des comportements une fois l’outil enrichi de données contextuelles et perçu comme plus “fiable”.[3]

Europe : une absence assumée, sans feuille de route publique

Au lancement, OpenAI réserve l’accès à un petit groupe d’utilisateurs (Free, Go, Plus, Pro) hors Espace économique européen (EEE), Suisse et Royaume-Uni, et prévoit une extension « dans les semaines qui viennent » sur le web et iOS.[1][2] La presse francophone confirme l’exclusion initiale de l’EEE et l’existence d’une liste d’attente, sans annoncer de date pour l’Europe.[8]

Dans un contexte de données de santé, cette prudence est cohérente : le calendrier dépendra autant de la conformité au Règlement général sur la protection des données (RGPD) que d’exigences nationales (hébergement, contrats, traçabilité, consentement), et de choix produits encore non documentés publiquement.[1]

Écosystème : qui vacille, qui peut y gagner

La combinaison « distribution grand public intégration de données » tend à reclasser l’e-santé en deux familles.

D’un côté, les services dont la valeur tient surtout à l’interprétation et à la mise en récit de données déjà disponibles (courbes, bilans, comportements). Face à un assistant massivement utilisé, le risque est celui d’une banalisation rapide, en particulier si les intégrations s’étendent et si les patients adoptent un point d’entrée unique.[1][2]

De l’autre, les acteurs qui produisent des données propriétaires ou une collecte difficilement réplicable (capteurs, tests, suivi spécifique, dispositifs connectés). Pour eux, ChatGPT Health peut devenir un canal de diffusion, à condition d’entrer dans l’écosystème d’intégrations et de consentements que pilote OpenAI.[1][4]

Le précédent français rappelle que la question n’est pas seulement technologique : lorsqu’un dossier devient “central”, la gouvernance des accès, la traçabilité et le consentement deviennent déterminants — exactement les points qui ont longtemps pesé sur l’adoption du dossier médical partagé (DMP), et sur la confiance des professionnels comme du public.[10]

Références

[1] OpenAI — « Introducing ChatGPT Health » (https://openai.com/index/introducing-chatgpt-health/) — 7 janvier 2026.

[2] Reuters — « OpenAI launches ChatGPT Health to connect medical records, wellness apps » (https://www.reuters.com/business/healthcare-pharmaceuticals/openai-launches-chatgpt-health-connect-medical-records-wellness-apps-2026-01-07/) — 7 janvier 2026.

[3] The Verge — « OpenAI launches ChatGPT Health, encouraging users to connect their medical records » (https://www.theverge.com/ai-artificial-intelligence/857640/openai-launches-chatgpt-health-connect-medical-records) — 7 janvier 2026.

[4] OpenAI Help Center — « What is ChatGPT Health? » (https://help.openai.com/en/articles/20001036-what-is-chatgpt-health) — consulté le 8 janvier 2026.

[5] PR Newswire / b.well Connected Health — « OpenAI Selects b.well to Power Secure Health Data Connectivity for AI-Driven Health Experiences in ChatGPT » (https://www.prnewswire.com/news-releases/openai-selects-bwell-to-power-secure-health-data-connectivity-for-ai-driven-health-experiences-in-chatgpt-302655598.html) — 7 janvier 2026.

[6] TechCrunch — « OpenAI unveils ChatGPT Health, says 230 million users ask about health each week » (https://techcrunch.com/2026/01/07/openai-unveils-chatgpt-health-says-230-million-users-ask-about-health-each-week/) — 7 janvier 2026.

[7] Fierce Healthcare — « OpenAI launches ChatGPT Health to connect data from health apps, medical records » (https://www.fiercehealthcare.com/ai-and-machine-learning/openai-launches-chatgpt-health-connect-data-health-apps-medical-records) — 7 janvier 2026.

[8] Numerama — « OpenAI lance ChatGPT Santé… » (https://www.numerama.com/tech/1883460-openai-lance-chatgpt-sante-et-compte-bien-vous-aider-a-lire-vos-resultats-medicaux.html) — 8 janvier 2026.

[9] Caducee.net — « Interopérabilité : la clé de voûte de la e-santé » (https://www.caducee.net/actualite-medicale/13898/interoperabilite-la-cle-de-voute-de-la-e-sante.html) — 10 avril 2018.

[10] Caducee.net — « Dossier médical partagé : en dépit des premiers succès, les obstacles demeurent » (https://www.caducee.net/actualite-medicale/14111/dossier-medical-partage-en-depit-des-premiers-succes-les-obstacles-demeurent.html) — 14 novembre 2018.

[11] Caducee.net — « ChatGPT, un outil de prévention et de premier recours à destination des patients ? » (https://www.caducee.net/actualite-medicale/16014/chatgpt-un-outil-de-prevention-et-de-premier-recours-a-destination-des-patients.html) — 7 février 2023.

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