Inhibiteurs de JAK : cinq traitements peuvent être prescrits en ville depuis le 22 octobre 2026
À retenir (lecture rapide)
- Cinq JAKi peuvent être initiés et renouvelés en cabinet spécialisé depuis le 22 octobre 2026.
- Rhumatologues, dermatologues, gastro-entérologues, internistes, allergologues et pédiatres sont concernés, selon les médicaments.
- Les médecins généralistes ne bénéficient pas de cette ouverture de prescription.
- Les indications, les critères de prise en charge et les précautions de sécurité doivent toujours être respectés.
Prescription initiale des JAKi : fin du passage obligatoire à l’hôpital
Jusqu’au 21 octobre, un spécialiste hospitalier devait établir la prescription initiale de ces traitements, puis intervenir dans le suivi annuel imposé par les conditions de prescription. Depuis le 22 octobre, le spécialiste habilité peut assurer l’instauration et les renouvellements dans son cabinet libéral. La possibilité de prescrire à l’hôpital est conservée.[1]
Pour un patient déjà sous traitement, le prochain renouvellement peut donc être réalisé en ville par un spécialiste autorisé, sans retour à l’hôpital exigé pour le seul motif de l’ancienne prescription initiale hospitalière annuelle. L’ANSM ne décrit pas de procédure transitoire spécifique. Un avis hospitalier reste possible si l’état clinique le justifie.[1]
L’agence indique avoir pris cette décision après concertation avec les conseils nationaux professionnels et des associations de patients. Elle invoque l’expérience acquise sur ces médicaments et les dispositifs de surveillance existants. Elle ne chiffre pas le nombre de patients susceptibles d’éviter une consultation hospitalière ni les délais de traitement qui pourraient être gagnés.[1]
Xeljanz, Olumiant, Rinvoq, Jyseleca et Cibinqo : indications et spécialistes
Les cinq médicaments n’ont ni les mêmes indications ni les mêmes prescripteurs. Le tableau associe les indications de leurs autorisations de mise sur le marché (AMM) européennes aux spécialités médicales figurant dans la rubrique « renouvellement de la prescription » de la Base de données publique des médicaments (BDPM).
| Médicament | Indications européennes, en synthèse | Spécialistes mentionnés pour le renouvellement dans la BDPM |
|---|---|---|
| Xeljanz (tofacitinib) | Polyarthrite rhumatoïde, rhumatisme psoriasique, spondylarthrite ankylosante, rectocolite hémorragique, certaines arthrites juvéniles idiopathiques | Dermatologues, hépato-gastro-entérologues, internistes, pédiatres, rhumatologues.[2][3] |
| Olumiant (baricitinib) | Polyarthrite rhumatoïde, dermatite atopique, pelade sévère, certaines arthrites juvéniles idiopathiques | Allergologues, dermatologues, internistes, rhumatologues.[4][5] |
| Rinvoq (upadacitinib) | Polyarthrite rhumatoïde, rhumatisme psoriasique, spondyloarthrite axiale, certaines arthrites juvéniles idiopathiques, dermatite atopique, pelade sévère, vitiligo non segmentaire, rectocolite hémorragique, maladie de Crohn, artérite à cellules géantes | Allergologues, dermatologues, hépato-gastro-entérologues, internistes, pédiatres, rhumatologues.[6][7] |
| Jyseleca (filgotinib) | Polyarthrite rhumatoïde, rectocolite hémorragique | Hépato-gastro-entérologues, internistes, rhumatologues.[8][9] |
| Cibinqo (abrocitinib) | Dermatite atopique modérée à sévère | Allergologues, dermatologues, internistes, pédiatres.[10][11] |
Ces indications sont résumées : l’âge, la sévérité de la maladie et les traitements antérieurs requis doivent être vérifiés dans le résumé des caractéristiques du produit (RCP). Les listes de prescripteurs proviennent de fiches françaises antérieures au changement annoncé par l’ANSM le 22 octobre 2026.
Deux particularités montrent pourquoi les deux colonnes doivent être lues séparément. Olumiant dispose d’indications pédiatriques européennes, sans que la pédiatrie figure dans la liste française de renouvellement consultée. À l’inverse, la BDPM cite les dermatologues pour Xeljanz, mais cette qualification ne lui confère pas d’indication dans le psoriasis cutané isolé. Enfin, le vitiligo non segmentaire est bien autorisé dans l’AMM européenne de Rinvoq, même si le communiqué ANSM du 22 octobre ne le mentionne pas parmi ses exemples d’affections.[1][2][3][4][5][6]
L’évolution intéresse notamment la prise en charge de la polyarthrite rhumatoïde et de la dermatite atopique, pour lesquelles ces traitements occupent une place encadrée.
Prescription réservée aux spécialistes : les conséquences en officine
La suppression de la prescription initiale hospitalière ne transforme pas ces médicaments en traitements librement prescriptibles par tout médecin. La restriction aux médecins spécialistes demeure. Elle s’inscrit dans le cadre de la « prescription réservée à certains spécialistes », prévu par le Code de la santé publique ; à l’officine, la spécialité du prescripteur reste donc un point à contrôler.[1][12]
Au 27 octobre, les cinq fiches BDPM consultées indiquent encore « prescription initiale hospitalière annuelle », avec des mentions de prescription initiale réservée à certains spécialistes et de renouvellement spécialisé. Elles n’ont pas intégré la nouvelle règle de façon cohérente. Le communiqué ANSM fixe pourtant explicitement son application au 22 octobre. En cas de difficulté de dispensation, pharmacien et prescripteur peuvent se référer à cette annonce et vérifier ensemble les conditions actualisées du médicament concerné.[1][3][5][7][9][11]
La mesure concerne seulement les cinq médicaments nommés. Elle ne s’étend pas à d’autres inhibiteurs de JAK, notamment Litfulo (ritlécitinib), Opzelura (ruxolitinib en crème) ou Jakavi (ruxolitinib utilisé en hématologie).[1][13][14][15]
AMM et remboursement : l’exemple de Xeljanz dans la rectocolite hémorragique
Prescrire en ville ne signifie pas que toutes les indications de l’AMM donnent droit à une prise en charge. L’ANSM s’est prononcée sur le lieu et les conditions de prescription, non sur les critères de remboursement.
Pour Xeljanz dans la rectocolite hémorragique active modérée à sévère de l’adulte, l’avis de la Haute Autorité de santé (HAS) du 29 novembre 2023 est favorable au remboursement après réponse inadéquate, perte de réponse ou intolérance aux traitements conventionnels, à au moins un anti-TNFα et au védolizumab, lorsque les autres options sont moins appropriées. L’avis est défavorable dans les autres situations de l’AMM et conclut à une absence d’amélioration du service médical rendu (ASMR V). L’ouverture de la prescription en ville n’élargit pas ce périmètre.[16]
ORAL Surveillance : les restrictions de sécurité restent applicables
La réévaluation européenne de 2023 s’appuie notamment sur ORAL Surveillance, essai comparant le tofacitinib aux anti-TNF chez 4 362 patients atteints de polyarthrite rhumatoïde, âgés d’au moins 50 ans et présentant un facteur de risque cardiovasculaire supplémentaire. L’essai a mis en évidence davantage d’événements cardiovasculaires majeurs et de cancers sous tofacitinib. Les autorités ont ensuite appliqué des précautions renforcées aux JAKi indiqués dans les maladies inflammatoires chroniques, sans que les chiffres de cet essai puissent être extrapolés directement à tous les patients ou à toutes les molécules.[15][17]
La réévaluation de 2023 souligne également les risques de thromboembolies veineuses, d’infections graves et de décès. Le communiqué ANSM d’octobre 2026 cite, de son côté, les risques cardiovasculaires majeurs, les cancers, les infections graves et les perforations intestinales.[1][15]
Les JAKi concernés ne doivent être utilisés qu’en l’absence d’alternative thérapeutique appropriée chez les personnes de 65 ans et plus, celles ayant des antécédents de maladie cardiovasculaire athéroscléreuse ou d’autres facteurs de risque cardiovasculaire, notamment un tabagisme prolongé actuel ou passé, ainsi que chez les patients présentant un risque accru de cancer. Les facteurs de risque thromboembolique doivent aussi guider la décision. Un examen dermatologique régulier reste recommandé en raison du risque de cancer cutané.[1][15]
Au cabinet, l’initiation exige toujours l’évaluation des risques, les bilans et la surveillance prévus par le RCP. L’information du patient, la brochure de réduction des risques destinée aux professionnels et la remise de la carte patient restent indispensables. Pour les spécialistes libéraux, le gain est donc un circuit de prescription plus direct, non un allègement du suivi clinique. Le médecin traitant et le pharmacien conservent leur rôle dans la coordination et la surveillance, sans acquérir de nouvelle habilitation à prescrire ces traitements.[1][15]
Références
- ANSM, Modification des conditions de prescription d’inhibiteurs de Janus kinase (JAKi) indiqués dans le traitement de maladies inflammatoires chroniques, 22 octobre 2026.
- Agence européenne des médicaments (EMA), Xeljanz — indications autorisées, consulté le 27 octobre 2026.
- Base de données publique des médicaments (BDPM), Xeljanz 5 mg — fiche de spécialité, mise à jour affichée au 29 septembre 2026.
- EMA, Olumiant — indications autorisées, consulté le 27 octobre 2026.
- BDPM, Olumiant 2 mg — fiche de spécialité, consultée le 27 octobre 2026.
- EMA, Rinvoq — indications autorisées, consulté le 27 octobre 2026.
- BDPM, Rinvoq 15 mg — fiche de spécialité, mise à jour affichée au 29 septembre 2026.
- EMA, Jyseleca — indications autorisées, consulté le 27 octobre 2026.
- BDPM, Jyseleca 100 mg — fiche de spécialité, mise à jour affichée au 29 septembre 2026.
- EMA, Cibinqo — indications autorisées, consulté le 27 octobre 2026.
- BDPM, Cibinqo 100 mg — fiche de spécialité, mise à jour affichée au 29 septembre 2026.
- Légifrance, Code de la santé publique, articles R. 5121-90 à R. 5121-92 — prescription réservée à certains médecins spécialistes, consulté le 27 octobre 2026.
- BDPM, Litfulo 50 mg — fiche de spécialité, mise à jour affichée au 29 septembre 2026.
- BDPM, Opzelura 15 mg/g, crème — fiche de spécialité, mise à jour affichée au 29 septembre 2026.
- ANSM, Inhibiteurs de Janus kinase et traitement des maladies inflammatoires chroniques : restrictions d’utilisation pour diminuer le risque d’effets indésirables graves, 17 avril 2023, mise à jour le 22 octobre 2026.
- Haute Autorité de santé (HAS), Xeljanz (tofacitinib) — rectocolite hémorragique, avis de la Commission de la transparence du 29 novembre 2023, mis en ligne le 8 janvier 2024.
- Ytterberg SR et al., Cardiovascular and Cancer Risk with Tofacitinib in Rheumatoid Arthritis, New England Journal of Medicine, 26 janvier 2022.
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