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Sida : une immunisation passive intraveineuse protège des singes nouveau-nés contre une infection par voie muqueuse

En injectant par voie intraveineuse une association de trois anticorps IgG monoclonaux humains neutralisants anti-VIH-1, une équipe américaine est parvenue, contre toute attente, à complètement protéger des macaques nouveau-nés contre une infection par voie muqueuse dans un modèle expérimental mimant la contamination per-partum par le virus du sida.

Ces résultats, présentés au 12e Colloque des Cent Gardes par le Pr Ruth Ruprecht (Boston), viennent d’être soumis à publication dans le mensuel Nature Medicine.

C’est la première fois que l’on montre que des immunoglobulines A sécrétoires (IgA) ne sont pas nécessaires pour obtenir une protection complète vis-à-vis d’une exposition au virus par voie muqueuse.

Il apparaît ainsi qu’une immunité stérilisante contre une exposition expérimentale au virus par voie muqueuse peut être obtenue par une immunisation passive par voie intraveineuse, en l’occurrence par l’administration d’une association synergique de plusieurs anticorps monoclonaux humains IgG neutralisants.

Bien que les mécanismes immunologiques qui sous-tendent cette étonnante protection ne soient pas élucidés, il semble que les épitopes reconnus par ces trois anticorps puissent être des déterminants antigéniques très importants pour parvenir à induire une immunité stérilisante, ce qui demeure évidemment l’objectif idéal à atteindre en matière de protection vaccinale contre le VIH.

Ruth Ruprecht et ses collaborateurs du Dana-Farber Cancer Institute et de la Harvard Medical School à Boston ont développé un modèle macaque qui mime l’exposition muqueuse responsable de la contamination per-partum par le VIH. Pour ce faire, ces chercheurs ont exposé des singes nouveaux-nés à un virus chimérique SHIV (Simian/Human Immunodeficiency Virus) par voie buccale de façon non traumatique.

Contrairement au virus de l’immunodéficience simienne SIV qui présente une enveloppe différente de celle du virus de l’immunodéficience humaine VIH, le virus chimérique SHIV contient des gènes codant pour l’enveloppe du VIH. Ceci permet donc d’évaluer l’impact d’anticorps dirigés contre cette dernière dans le modèle macaque/SHIV.

Triple association d'anticorps

Les trois anticorps anti-VIH-1 monoclonaux humains neutralisants, de sous-type IgG1, qui ont été utilisés exercent une action synergique in vitro contre l’infection par le SHIV. Ils sont respectivement dirigés contre un épitope conformationnel de la protéine d’enveloppe virale gp120, le site de liaison de la gp120 au récepteur CD4, et un épitope linéaire conservé de la protéine gp41 qui participe à l’entrée du virus dans la cellule et joue un rôle crucial dans la fusion entre les membranes cellulaire et virale.

S’inspirant de la sérovaccination néonatale contre le virus de l’hépatite B, le groupe de Ruth Ruprecht a administré la triple association d’anticorps à quatre femelles macaques cinq jours avant la naissance de leur petit par césarienne.

Les singes nouveau-nés ont reçu une perfusion intraveineuse des trois anticorps immédiatement après la naissance, puis ont été exposés, dans les quatre heures suivantes, par voie buccale à du virus libre SHIV-vpu+ (exprimant les gènes env, tat, rev et vpu de la souche de laboratoire HIV-IIIB). Ces animaux ont reçu 8 jours plus tard une seconde injection intraveineuse des trois anticorps. Quatre singes contrôles nouveau-nés, non traités, ont été inclus dans cette étude.

A la naissance, des taux élevés de chacun des trois anticorps humains neutralisants ont été détectés dans le sang de cordon, ce qui montre que ces anticorps ont traversé le placenta des femelles macaques.

A 6 mois, tous les animaux qui avaient reçu à la naissance le cocktail des trois anticorps humains monoclonaux neutralisants étaient indemnes de toute infection. En revanche, les quatre animaux qui avaient servi de contrôles étaient virémiques.

L’amplification génique (PCR) et les co-cultures ont ainsi montré que les macaques traités ont été complètement protégés contre l’exposition du virus par voie muqueuse buccale. Par ailleurs, les analyses pratiquées après autopsie de ces quatre animaux séronégatifs pour SHIV ont montré l’absence de signe d’infection virale dans les ganglions lymphatiques.

Par ailleurs, les femelles macaques adultes, qui avaient eu une injection intraveineuse des trois anticorps humains monocloaux cinq jours avant la césarienne, ont reçu une seconde dose de ces mêmes anticorps trois jours après la naissance de leur petit. Une heure plus tard, elles ont reçu une injection d’épreuve intraveineuse de SHIV-vpu+.

Après 6 mois de suivi, ces quatre femelles étaient indemnes de tout signe d’infection, même dans le tissu lymphoïde après autopsie, contrairement à cinq autres macaques qui avaient servi de contrôles.

Au total, les chercheurs ont donc réussi à protéger par une triple association d’anticorps IgG humains quatre singes nouveaux-nés contre une exposition virale par voie muqueuse et quatre femelles adultes contre une injection d’épreuve intraveineuse.

Il reste cependant à déterminer si ce type d’approche peut conférer une protection, complète ou partielle, vis-à-vis d'une infection par des virus SHIV codant pour des protéines d’enveloppe d’isolats primaires.

Source : 12e Colloque des 'Cent Gardes' : Rétrovirus du sida et maladies animales apparentées. Marnes-la-Coquette. 25-27 octobre 1999, organisé par la Fondation Mérieux et Pasteur Mérieux Connaught, en collaboration avec l’Agence Nationale de Recherches sur le Sida (ANRS).

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