Homéopathie : le gouvernement fait un pas (de loup) de plus vers le déremboursement

illustrationD’après l’AFP qui a pu prendre connaissance du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2019, le gouvernement entend définir par décret les modalités selon lesquelles les médicaments homéopathiques seront admis ou exclus du remboursement de l’assurance maladie.

L’article 42 de ce projet de loi stipule que :
- « les règles de prise en charge par l’assurance maladie des médicaments homéopathiques sont définies par décret en Conseil d’État ».
– ce décret précisera notamment la procédure et les modalités d’évaluation ou de réévaluation de ces médicaments » par la Haute Autorité de santé (HAS) ainsi que « les conditions dans lesquelles ces médicaments homéopathiques peuvent le cas échéant être admis ou exclus de la prise en charge par l’assurance maladie ».

Si pour l’exécutif, il s’agit avant tout de définir un cadre d’évaluation sans ambiguïté afin de permettre à la HAS de rendre ses avis dans des conditions usuelles d’évaluations des médicaments, certains commentateurs politiques voient dans cette mesure un moyen pour le gouvernement d'éviter d’endosser  la responsabilité d'une mesure impopulaire.

En effet, à la veille d'élections incertaines et au moment où la côte de popularité du chef de l'Etat est au plus bas, les risques politiques d’une telle mesure ne sont pas minces si l’on prend en considération la grande confiance qu'ont les français pour l’homéopathie. En 2012, selon un sondage IPSOS réalisé pour les laboratoires BOIRON, si 56 % des Français étaient des consommateurs, 77 % faisaient confiance à l’homéopathie et près de 90 % réclamaient un remboursement identique aux autres classes de médicaments. Ce haut de niveau de confiance était confirmé en 2015 dans une enquête de l’observatoire du médicament du LEEM. « 71 % des Français font confiance à l’homéopathie pour soigner leurs petits maux... » soit des niveaux de confiance bien supérieurs aux vaccins par exemple...

En France, seuls les médecins sont habilités à prescrire de l’homéopathie. Sur les 620 millions d’euros de chiffre d’affaires de vente de médicament homéopathique, 340 millions l’ont donc été sur prescription médicale, ce qui a donné lieu au remboursement par l’assurance maladie de 55 millions d’euros en 2017. Ce qui en fait un enjeu financier pas négligeable, mais somme toute très relatif. Il n'est pas certain dans ces conditions qu'il vaille le coup pour le gouvernement d'endosser un tel risque politique. Ce qui explique que dans ce dossier il avance à pas de loup.

Des niveaux de preuves faibles pour une controverse démesurée.

Si le débat existe depuis 200 ans au sein de la communauté médicale, il a pris une tournure houleuse, voire détestable en cette année 2018.

La controverse médicale a atteint son paroxysme en février dernier lors de la publication sur le Figaro d’une tribune, pour le moins peu confraternelle, signée par 124 médecins, dénonçant de « fausses thérapies » pratiquées par des « charlatans ». Elle fait suite à la publication en 2015 et 2017 de deux méta analyses concluant sur l’absence de preuve de l’efficacité des traitements homéopathiques et a donné lieu à des poursuites devant le conseil de l’ordre de plusieurs dizaines de signataires par le syndicat des médecins homéopathes.

 

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