« Je ferme » : comment le Dr Marty et l’UFML-S ont transformé un mot d’ordre en campagne virale

« Je ferme » : comment le Dr Marty et l’UFML-S ont transformé un mot d’ordre en campagne virale Le 31 décembre 2025, le Dr Jérôme Marty, président de l’UFML-S (Union française pour une médecine libre – Syndicat), publie une tribune au titre sans détour : « Du 5 au 15 janvier, je ferme mon cabinet ! »[1] En quelques heures, ce « je ferme » devient un refrain, repris sur les réseaux sociaux et relayé par plusieurs rédactions, alors que la grève des médecins libéraux doit débuter le 5 janvier 2026.[2][3] 

Une anaphore taillée pour la circulation sociale

Le texte du Dr Marty s’appuie sur un procédé simple et redoutablement efficace : l’anaphore. La répétition de « Je ferme » cadence le propos, installe une progression, et convertit une liste de griefs en slogan mémorisable, qui fait mouche.[1] Dès l’ouverture, l’auteur pose le cadre : « Je ferme, je n’ai pas d’autre solution. »[1] Puis il enchaîne des justifications qui mêlent organisation des soins, autonomie professionnelle et secret médical.

Cette architecture se prête particulièrement au partage en ligne : chaque paragraphe peut être isolé, commenté, puis réinjecté dans une conversation numérique sans perdre totalement le sens d’ensemble.

Au-delà du ton, le texte fournit des « accroches » immédiatement mobilisables. Exemple : « Je ferme parce que la représentation nationale attente à mon indépendance professionnelle et à ma liberté de prescription, pourtant inscrites dans la loi ».[1] Ou encore : « Je ferme parce que le secret médical, pilier de mon exercice, socle de mon serment, n’est plus garanti ».[1]

La preuve sociale comme levier : quand l’audience devient un argument

La performance de diffusion devient, en elle-même, un élément de narration. Selon La Dépêche, le message du Dr Marty, « posté sur Facebook », a été « vu plus de 2,6 millions de fois en 24 heures », un chiffre de visibilité rapporté par le quotidien.[4] Le médecin y voit un signal d’adhésion au-delà de sa seule profession : « C’est la preuve de l’intérêt de la population. Ce ne sont pas des médecins qui l’ont partagé mais des Français. »[4]

Ce recours à un indicateur d’audience répond à un réflexe désormais classique des mobilisations contemporaines : transformer un chiffre de visibilité en marqueur de légitimité. Dans ce cas précis, l’objectif est double : mettre en scène l’ampleur potentielle du mouvement et créer un alignement symbolique avec l’opinion, alors même que la fermeture de cabinets soulève mécaniquement la question de l’accès aux soins.[3]

De la formule au mode d’emploi : la mobilisation scénarisée

La viralité n’est qu’une étape. La mobilisation s’inscrit dans une séquence et des consignes pratiques relayées par la presse professionnelle, avec un slogan intersyndical : « Du 5 au 15 janvier, la médecine libérale ne répond plus ».[5] Sur le réseau social X, le Dr Marty résume cette mécanique « en trois temps » : « Premier temps son annonce ; deuxième temps mise en œuvre des fermetures de rendez-vous ; troisième temps arrêt d’activité et médecins non réquisitionnables » si les demandes ne sont pas satisfaites.[5]

Cette scénarisation révèle l’articulation entre communication et logistique : d’abord une prise de parole qui fixe un cadre moral (« je ferme »), ensuite la traduction opérationnelle (fermeture des créneaux), enfin l’escalade (arrêt d’activité et volonté de se rendre « non réquisitionnables »), une formule revendicative distincte du cadre légal des réquisitions.

Le fond du conflit, souvent résumé par le slogan

La force d’un mot d’ordre tient à sa capacité de simplification. Or, les griefs mis en avant par la profession sont multiples : organisation de la permanence des soins, modalités de régulation, contrôles sur les prescriptions, enjeux tarifaires, et dossiers numériques autour du DMP (dossier médical partagé).[2][6] Sur ce dernier point, la presse spécialisée souligne que le DMP s’est imposé comme un détonateur dans la séquence de janvier, le projet de loi ayant été perçu comme rendant l’outil plus contraignant, avec des pénalités envisagées.[6]

Côté gouvernement, la question de la continuité des soins revient au premier plan. Le 4 janvier 2026, il est rapporté que la ministre de la santé, Stéphanie Rist, évoque des mesures pour organiser la permanence, « voire des “réquisitions” ».[3] Le même jour, un média national rappelle que la LFSS a été « censurée à la marge » par le Conseil constitutionnel, qui a notamment retoqué la possibilité d’amendes liées au DMP, tout en listant d’autres motifs de colère qui demeurent.[2]

Ainsi, la viralité d’un « je ferme » peut produire un effet paradoxal : elle attire l’attention, mais tend à réduire une mosaïque de dispositions techniques — et, surtout, de rapports de force conventionnels — à un affrontement largement personnalisable.

L’incarnation, atout majeur… et risque 

La force de la campagne tient précisément à son incarnation. En donnant un visage à la contestation, le Dr Marty rend le mouvement immédiatement lisible, ce qui facilite sa reprise médiatique et sa diffusion numérique. Ce choix accroît toutefois la dépendance du récit à une figure, avec deux conséquences.

D’abord, il peut masquer la pluralité des organisations mobilisées et les nuances stratégiques entre syndicats et collectifs, alors que la séquence dépasse l’UFML-S — et que l’intersyndicale tient l’unité malgré des intérêts parfois divergents.[5][7] Ensuite, il peut enfermer le débat dans une logique de duel — l’homme contre la loi — alors que l’issue se joue aussi dans la négociation, l’écriture des règles et l’évaluation des effets sur la permanence des soins. Dans un contexte où l’exécutif brandit la possibilité de réquisitions, le mouvement s’expose à une bataille de perceptions : défense de l’autonomie pour les uns, risque sur l’accès aux soins pour les autres.[3]

Le mot d’ordre « Je ferme » agit alors comme un accélérateur : il propulse la mobilisation dans l’espace public. La question, à présent, est de savoir si cette puissance de diffusion se traduira par un rapport de force durable, ou si elle alimentera surtout une séquence médiatique brève, où la personnalisation l’emporte sur l’arbitrage des mesures contestées.

Liens internes

« Du 5 au 15 janvier, la médecine libérale ne répond plus » et la stratégie en trois temps

le DMP présenté comme détonateur de la séquence de janvier

Jérôme Marty et l’appel à un « mouvement historique » sur les réseaux

Références

1. UFML-Syndicat — « Du 5 au 15 janvier, je ferme mon cabinet ! – Billet du Dr Jérôme Marty Président de l’UFMLS » — 31/12/2025 — https://www.ufml-syndicat.org/du-5-au-15-janvier-je-ferme-mon-cabinet-billet-du-dr-jerome-marty-president-ufmls/

2. TF1info — « Pourquoi les médecins libéraux seront en grève à partir du 5 janvier ? » — 01/01/2026 — https://www.tf1info.fr/sante/pourquoi-les-medecins-liberaux-seront-en-greve-a-partir-du-5-janvier-2026-2416137.html

3. Le Monde (avec AFP) — « Grève des médecins libéraux : des “réquisitions” sont possibles, prévient la ministre de la santé » — 04/01/2026 — https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/01/04/greve-des-medecins-liberaux-des-requisitions-sont-possibles-previent-la-ministre-de-la-sante_6660512_3224.html

4. La Dépêche — « “Je ferme”, comme d’autres médecins, le Dr Jérôme Marty annonce une grève dure et longue en janvier » — 02/01/2026 — https://www.ladepeche.fr/2026/01/02/je-ferme-comme-dautres-medecins-le-dr-jerome-marty-annonce-une-greve-dure-et-longue-en-janvier-13139756.php

5. Caducee.net — « PLFSS 2026 : l’intersyndicale sonne le tocsin et fixe la riposte de décembre à janvier » — 27/11/2025 — https://www.caducee.net/actualite-medicale/16701/plfss-2026-l-intersyndicale-sonne-le-tocsin-et-fixe-la-riposte-de-decembre-a-janvier.html

6. Caducee.net — « Grève des médecins libéraux en janvier 2026 : le DMP au cœur de la colère » — 29/12/2025 — https://www.caducee.net/actualite-medicale/16733/greve-des-medecins-liberaux-en-janvier-2026-le-dmp-au-coeur-de-la-colere.html

7. Egora — « “J'appelle les médecins libéraux à se lever et se préparer à un mouvement historique”, lance le Dr Marty » — 12/11/2025 — https://www.egora.fr/actus-pro/conditions-dexercice/jappelle-les-medecins-liberaux-se-lever-et-se-preparer-un-mouvement

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