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Cannabis thérapeutique : la « petite amélioration » qui ne franchit pas le seuil clinique

Cannabis thérapeutique : la « petite amélioration » qui ne franchit pas le seuil clinique Le 19 janvier 2026, une revue Cochrane mise à jour conclut qu’il n’existe pas de preuves claires d’un bénéfice antalgique des médicaments à base de cannabis dans les douleurs neuropathiques chroniques chez l’adulte. Si quelques indicateurs bougent à la marge — notamment avec les formulations équilibrées THC/CBD — ces écarts restent jugés non pertinents cliniquement, sur fond de données globalement fragiles et hétérogènes.[1–3]

Du signal statistique au bénéfice clinique

Dans les douleurs neuropathiques chroniques, le débat se cristallise souvent sur une confusion : un résultat peut être statistiquement en faveur d’un produit sans constituer, pour autant, une amélioration cliniquement perceptible et durable. La mise à jour Cochrane, qui passe en revue 21 essais totalisant 2 187 personnes et des durées de suivi allant de deux à 26 semaines, rappelle ce décalage : l’ensemble des résultats ne permet pas d’établir un effet antalgique robuste, ni de trancher sur un rapport bénéfice-risque suffisamment solide pour guider une recommandation large.[1,3]

La revue regroupe les produits en trois catégories : dominants en THC (tétrahydrocannabinol), dominants en CBD (cannabidiol) et formulations équilibrées THC/CBD. C’est dans ce dernier groupe que l’on observe le plus souvent les « petites améliorations » évoquées dans l’espace public : davantage de patients déclarent se sentir « beaucoup » ou « très » améliorés (PGIC) et davantage atteignent un soulagement d’au moins 30%… mais les auteurs notent que ces effets ne franchissent pas le seuil de pertinence clinique.[4]

THC/CBD : un ressenti un peu meilleur, sans preuve d’analgésie nette

Sur le critère considéré comme plus exigeant — un soulagement d’au moins 50% — l’analyse PubMed de la revue Cochrane ne retrouve pas d’évidence claire pour les médicaments équilibrés THC/CBD comparés au placebo (RD 0,04, IC95% 0,00 à 0,08 ; 8 études, 746 participants ; niveau de certitude très faible).[4]

En revanche, les formulations équilibrées THC/CBD pourraient augmenter légèrement les scores de PGIC « beaucoup/très amélioré » (RD 0,07, IC95% 0,02 à 0,11 ; 7 études, 1 145 participants ; certitude faible), ainsi que le soulagement d’au moins 30% (RD 0,07, IC95% 0,02 à 0,12 ; 10 études, 1 285 participants ; certitude faible). Mais, point central pour la pratique, la revue précise que ces effets n’étaient pas cliniquement pertinents.[4]

Autrement dit : une partie des patients peut rapporter une impression d’amélioration à court terme, sans que les données disponibles démontrent une réduction de la douleur suffisamment marquée, reproductible et supérieure au placebo pour justifier un changement d’arsenal thérapeutique au niveau populationnel.[2,4]

Effets indésirables : des signaux, mais une certitude limitée

La revue insiste sur un obstacle méthodologique majeur : la déclaration des effets indésirables est inconstante d’un essai à l’autre, ce qui abaisse la confiance globale dans l’estimation des risques. Dans le communiqué Cochrane, les produits contenant du THC sont associés à des symptômes tels que vertiges et somnolence, avec une possible augmentation des arrêts de traitement pour effets indésirables.[1,2]

Dans l’abstract PubMed, les médicaments équilibrés THC/CBD sont associés à une hausse des arrêts pour effets indésirables (RD 0,05, IC95% 0,02 à 0,09 ; 11 études, 1 449 participants ; certitude faible). Les effets neuropsychiatriques sont également discutés, mais avec des niveaux de certitude qui restent bas à très bas selon les comparaisons.[4]

Des essais de trop faible qualité

Le constat de « petite amélioration » non transposable en bénéfice clinique s’explique, selon les auteurs, par un faisceau de limites : taille d’échantillon, résultats variables entre études, imprécision statistique, méthodes pas toujours décrites, et exclusion de certains profils (comorbidités). Cochrane rappelle ainsi que les résultats de recherches futures, mieux conçues, pourraient diverger de ceux de la revue actuelle, les données étant jugées faibles à très faibles sur plusieurs critères.[3,4]

« Nous avons besoin d’études plus larges et bien conçues… À l’heure actuelle, la qualité de la plupart des essais est trop faible pour permettre de tirer des conclusions solides. »[1]

En pratique : comment replacer la discussion avec les patients

Cette mise à jour n’interdit pas toute utilisation encadrée, mais elle repositionne la conversation sur des repères concrets :

Clarifier l’objectif attendu : soulagement substantiel, fonction, sommeil, qualité de vie, plutôt que la seule « impression » d’amélioration à court terme.[4]

Distinguer l’effet perçu et l’effet démontré : la revue souligne que des variations modestes peuvent exister, sans atteindre un niveau jugé cliniquement utile.[2,4]

Anticiper et surveiller la tolérance : vertiges et somnolence sont rapportés avec les produits contenant du THC, et les arrêts pour effets indésirables semblent augmenter dans certaines analyses.[1,4]

Dans ce contexte, le niveau de preuve rappelé par Cochrane vient éclairer, en toile de fond, les débats sur la prolongation de l’expérimentation du cannabis médical en France et sur la demande d’essais randomisés formulée par des académies, ainsi que sur les réserves exprimées sur la rigueur scientifique de l’expérimentation. Depuis la fin officielle du dispositif au 31 décembre 2024 et la mise en place d’une phase transitoire annoncée jusqu’au 31 mars 2026, l’enjeu s’est déplacé vers la publication des textes d’entrée dans le droit commun et l’avis de la HAS sur la prise en charge ; faute de cadre finalisé, la question de la continuité pour les patients encore traités reste posée, sur fond de risque d’interactions médicamenteuses avec le CBD.

Références

[1] Cochrane (actualité). No clear evidence that cannabis-based medicines relieve chronic nerve pain. 19 janvier 2026.

[2] Cochrane France (actualité). Absence de données probantes claires indiquant que les médicaments à base de cannabis soulagent les douleurs nerveuses chroniques. 19 janvier 2026.

[3] Cochrane (evidence). What are the benefits and risks of cannabis-based medicines for adults with chronic neuropathic pain? 19 janvier 2026 (données à jour au 29 janvier 2025).

[4] PubMed (résumé). Cannabis-based medicines for chronic neuropathic pain in adults (CD012182.pub3). 2026.

[5] Caducee.net (Académie de Médecine). Cannabis thérapeutique : les académiciens demandent la mise en place d’essais cliniques randomisés. 18 mars 2022.

[6] Caducee.net (Académie de Pharmacie). Cannabis thérapeutique : l’Académie de Pharmacie déplore le manque de rigueur scientifique de l’expérimentation en cours. 25 novembre 2020.

[7] Caducee.net. Cannabis médical : prolongation de l’expérimentation en France. 28 septembre 2022.

[8] Caducee.net. Cannabidiol et traitements médicamenteux : un risque d’interactions à ne pas négliger. 2024 (date indiquée sur la page).

 

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