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Lokelma remboursé : quelle place pour le cyclosilicate de zirconium sodique dans l’hyperkaliémie

Lokelma remboursé : quelle place pour le cyclosilicate de zirconium sodique dans l’hyperkaliémie Le remboursement de Lokelma® (cyclosilicate de zirconium sodique) dans le traitement de l’hyperkaliémie chez l’adulte doit entrer en vigueur à partir du 26 janvier 2026, selon le dossier de presse d’AstraZeneca daté du 22 janvier 2026, qui renvoie à une inscription au Journal officiel.[1] En amont, la Commission de la transparence de la Haute Autorité de Santé (HAS) avait rendu un avis favorable, avec un service médical rendu (SMR) important et une amélioration du service médical rendu (ASMR) IV, tout en encadrant nettement l’usage « hors traitement d’urgence ».[2]

Une hyperkaliémie à la croisée du rein et du cœur

Une définition consensuelle, des formes hétérogènes

L’hyperkaliémie correspond à une élévation du potassium sanguin ; le dossier de presse retient le seuil « égal ou supérieur à 5,0 mmol/L ».[1] Derrière cette définition simple, la gravité clinique varie : nombre d’épisodes restent paucisymptomatiques, tandis que les formes élevées exposent à des troubles du rythme et de la conduction susceptibles de mettre en jeu le pronostic vital.[1]

Les données d’ampleur diffèrent selon les périmètres. AstraZeneca évoque une incidence de « 2 à 3 % dans la population générale », soit « environ 1,7 millions de personnes en France ».[1] La HAS, qui raisonne en population cible dans le cadre d’une prise en charge, retient un ordre de grandeur de « 197 000 patients ».[2] Ces chiffres ne décrivent pas le même objet (population générale versus périmètre remboursable), d’où la nécessité de les lire comme des éclairages complémentaires plutôt que comme des données superposables.[1][2]

Le dilemme des inhibiteurs du SRAA

Sur le terrain, l’hyperkaliémie complique fréquemment la prise en charge des patients atteints de maladie rénale chronique (MRC), d’insuffisance cardiaque et/ou de diabète, notamment lorsqu’ils reçoivent des inhibiteurs du système rénine–angiotensine–aldostérone (SRAA).[1] Dans le dossier de presse, l’épisode hyperkaliémique conduirait « dans plus d’un cas sur deux » à réduire ou interrompre ces traitements.[1]

Cette tension thérapeutique est également décrite dans la littérature indépendante : le CMAJ rappelle que la gestion de l’hyperkaliémie chez des patients traités par inhibiteurs du SRAA repose sur une combinaison d’ajustements (médicaments concomitants, diurétiques, chélateurs du potassium, mesures nutritionnelles), avec pour objectif de préserver le bénéfice cardio-néphroprotecteur lorsque cela est cliniquement justifié.[3]

Lokelma : un chélateur du potassium à action digestive

Un échangeur cationique non absorbé, avec une charge sodée

Lokelma agit dans le tube digestif : c’est un cristal inorganique non absorbé qui capte préférentiellement les ions potassium en échange de sodium et d’hydrogène, augmentant ainsi l’excrétion fécale de potassium, selon la description figurant dans le dossier de presse et confirmée par la documentation européenne.[1][4]

Le résumé des caractéristiques du produit (RCP) européen précise la charge sodée : « chaque sachet de 10 g contient approximativement 800 mg de sodium ».[4] Cet élément pèse dans l’évaluation clinique chez les patients exposés à la rétention hydrosodée, en particulier en insuffisance cardiaque ou en MRC avancée.[4]

Une efficacité démontrée sur un critère substitutif

Les essais cliniques évaluent avant tout la baisse et la normalisation de la kaliémie. La HAS souligne explicitement l’« absence de données sur des critères de jugement cliniquement pertinents de morbi-mortalité ».[2] Cette précision structure la lecture : Lokelma corrige un paramètre biologique associé au risque, mais sans démonstration directe d’un impact sur la mortalité ou les événements cardio-rénaux dans le cadre des essais d’inscription.[2]

Dans le dossier de presse, AstraZeneca rapporte, pour une phase de correction à 10 g trois fois par jour, un « temps médian » de « 2,2 heures » avant normalisation, avec « 84 % » des patients en normokaliémie à H24 et « 98 % » à H48.[1] La HAS documente également une normalisation progressive au cours des 24 à 72 heures de correction dans l’étude ZS-005 (66 %, 75 % puis 78 % selon les délais), avec une réduction moyenne du potassium sérique rapportée à 24, 48 et 72 heures.[2]

En entretien, les résultats cités par AstraZeneca (maintien de la normokaliémie chez « 75,6 % » jusqu’à 365 jours et « 80 % » jusqu’à 11 mois) s’inscrivent dans une logique de contrôle durable de la kaliémie.[1] Dans l’extension ZS-004E, la HAS rapporte une proportion de patients ayant une kaliémie moyenne inférieure à 5,1 mmol/L de J8 à J337 de « 88,3 % » (IC95 % [81,2 ; 93,5]), et de « 100 % » sous le seuil de 5,5 mmol/L sur la même période.[2]

Chez les patients hémodialysés, AstraZeneca met en avant l’essai DIALIZE : « 41,2 % » des patients traités versus « 1,0 % » sous placebo atteignaient l’objectif prédialyse (4,0–5,0 mmol/L) sur au moins trois des quatre intervalles interdialytiques longs.[1] Là encore, la comparaison se fait versus placebo ; la HAS rappelle que l’évaluation française ne dispose pas de comparaison directe face aux résines échangeuses de cations.[2]

Tolérance : l’équation sodium–œdèmes à intégrer d’emblée

Le dossier de presse mentionne notamment l’hypokaliémie (« 4,1 % ») et des événements d’œdèmes (« 5,7 % »), décrits comme plus fréquents en entretien et à doses élevées, avec une réversibilité rapportée après adaptation.[1] Il cite aussi, dans une analyse poolée versus placebo chez des patients non dialysés, une aggravation d’insuffisance cardiaque préexistante chez « 13,6 % » des patients sous Lokelma contre « 5,7 % » sous placebo.[1]

La HAS décrit elle aussi, dans ses données de tolérance à long terme, des événements d’« œdème / œdème périphérique » rapportés chez « 11,4 % » des patients dans l’étude ZS-005, ce qui rejoint l’idée d’un signal à surveiller dans la durée, au-delà de la seule phase de correction.[2] Cette vigilance se comprend à la lumière du RCP européen et de la charge sodée, qui justifient une appréciation individualisée du risque de surcharge, notamment chez des profils fragiles.[4]

Place dans la stratégie : un progrès reconnu, des comparateurs identifiés

Un traitement de première intention hors urgence selon la HAS

Dans son avis, la HAS positionne Lokelma comme une option de première intention dans l’hyperkaliémie de l’adulte, en excluant le cadre de l’urgence.[2] L’agence souligne toutefois plusieurs limites qui expliquent l’ASMR IV : absence de comparaison directe avec les résines échangeuses de cations, absence de démonstration sur la morbi-mortalité, et sélection d’une majorité de patients avec une kaliémie « comprise entre 5,1 et 5,5 mmol/L » dans les études, ce qui questionne la transposabilité aux formes plus sévères prises en charge en conditions courantes.[2][5]

Résines échangeuses de cations : une comparaison qui manque encore

La Commission de la transparence identifie comme comparateurs pertinents, dans le périmètre retenu, les résines échangeuses de cations KAYEXALATE, RESIKALI et VELTASSA.[2] Sur ce dernier, la HAS a publié en août 2025 un avis concluant à un « progrès thérapeutique » (ASMR IV), tout en notant l’absence d’études comparatives robustes démontrant une supériorité sur la qualité de vie ou l’efficacité au moins équivalente vis-à-vis des résines historiques ; la HAS souligne également que VELTASSA « ne contient pas de sodium ».[6]

Ce parallèle éclaire le paysage : les deux chélateurs « récents » (patiromer et cyclosilicate de zirconium sodique) s’inscrivent dans une dynamique de modernisation de la prise en charge, sans que le niveau de preuve disponible impose aujourd’hui une hiérarchie simple en l’absence de comparatifs directs sur des critères cliniques durs.[2][6]

Implications pratiques : prescription, suivi, organisation du parcours

Le schéma posologique présenté dans le dossier de presse concorde avec le RCP européen : en correction, 10 g trois fois par jour ; en entretien, 5 g une fois par jour, ajustable selon la kaliémie, jusqu’à 10 g/j ou à 5 g un jour sur deux.[1][4] Le suivi biologique conditionne l’usage : la kaliémie doit être surveillée pendant le traitement, y compris lors des ajustements, et une vigilance particulière s’impose chez les patients dialysés lors de la titration puis du maintien.[1][4]

En pratique, la question dépasse le seul choix du chélateur : elle renvoie à l’orchestration d’un parcours entre adaptation des traitements hyperkaliémiants, stratégie diurétique, conseils nutritionnels et coordination interprofessionnelle. Dans cette optique, la prise en charge des patients insuffisants rénaux chroniques peut servir de repère organisationnel, tandis que des rappels sur les sources alimentaires de potassium aident à cadrer l’éducation thérapeutique au quotidien.

Références

1. AstraZeneca — Dossier de presse « Lokelma® (cyclosilicate de zirconium sodique) est désormais remboursé dans le traitement de l’hyperkaliémie chez l’adulte » — 22/01/2026 (PDF fourni).

2. HAS (Commission de la transparence) — LOKELMA 5 g et 10 g, poudre pour suspension buvable — Avis adopté le 24/04/2024 (CT-20440) — 24/04/2024 — https://www.has-sante.fr/upload/docs/evamed/CT-20440_LOKELMA_PIC_INS_AvisDef_CT20440.pdf

3. CMAJ — Weinstein J. et al. Prevention and management of hyperkalemia in patients treated with renin–angiotensin–aldosterone system inhibitors — 06/12/2021 — https://www.cmaj.ca/content/193/48/E1836

4. EMA — Lokelma, INN-sodium zirconium cyclosilicate — EPAR product information (FR) — document en ligne — https://www.ema.europa.eu/fr/documents/product-information/lokelma-epar-product-information_fr.pdf

5. HAS — LOKELMA (cyclosilicate de zirconium sodique) – Hyperkaliémie — mis en ligne le 06/05/2024 — https://www.has-sante.fr/jcms/p_3515714/fr/lokelma-cyclosilicate-de-zirconium-sodique-hyperkaliemie

6. HAS — VELTASSA (patiromer) – Troubles électrolytiques — mis en ligne le 07/08/2025 — https://www.has-sante.fr/jcms/p_3639547/fr/veltassa-patiromer-troubles-electrolytiques

7. Caducee.net — Le rôle essentiel des infirmières dans la prise en charge des patients insuffisants rénaux chroniques — 25/06/2024 — https://www.caducee.net/actualite-medicale/16367/le-role-essentiel-des-infirmieres-dans-la-prise-en-charge-des-patients-insuffisants-renaux-chroniques.html

8. Caducee.net — Les sels minéraux et les oligo-éléments : des nutriments clés pour la pratique clinique — page consultée en 2026 — https://www.caducee.net/Fiches-techniques/mineraux1.asp

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