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Moins de lits, davantage d’ambulatoire : la recomposition de l’hôpital français se poursuit

Moins de lits, davantage d’ambulatoire : la recomposition de l’hôpital français se poursuit L’hôpital français continue de réduire ses capacités d’hébergement tout en développant les prises en charge sans nuitée et à domicile. Le panorama des établissements de santé en 2024, publié par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) et mis à jour le 15 juillet 2026, confirme cette transformation sans dessiner un retour général à l’activité d’avant-Covid. La baisse du nombre de lits ralentit, le taux d’occupation remonte et l’hospitalisation à domicile (HAD) accélère, tandis que les urgences repartent à la hausse et que les effectifs non médicaux soignants progressent à peine.[1]

À retenir (lecture rapide)

• Fin 2024, 367 100 lits restent disponibles, soit 2 300 de moins en un an.

• L’hospitalisation partielle progresse de 5,7 %, mais moins vite qu’en 2023, où elle gagnait 8,6 %.

• Le taux d’occupation atteint 80,7 %, avec un écart marqué entre hôpitaux publics et cliniques privées.

• Les journées sans nuitée progressent de 5,7 %, tandis que les séjours d’HAD gagnent 10,4 %.

• Les personnels non médicaux soignants augmentent de 0,3 %, contre 2,7 % pour le personnel médical.

Le recul du nombre de lits ralentit sans s’interrompre

Au 31 décembre 2024, les 2 962 hôpitaux et cliniques français disposent de 367 100 lits d’hospitalisation complète, c’est-à-dire de capacités permettant d’accueillir des patients durant au moins une nuit. Leur nombre diminue de 2 300 en un an, soit un recul de 0,6 %. La baisse se poursuit donc, mais à un rythme sensiblement inférieur à ceux observés en 2023, en 2022 et en 2021, respectivement de 1,2 %, 1,8 % et 1,4 %.[1][2]

La perspective longue demeure néanmoins marquée. Depuis la fin de 2013, 45 700 lits ont disparu des capacités effectivement disponibles, soit une contraction de 11,1 %. Le recul atteint 33 400 lits en médecine, chirurgie, obstétrique et odontologie (MCO), soit 15,2 % en onze ans. La psychiatrie perd 7 100 lits, ou 12,3 %, tandis que la diminution reste beaucoup plus limitée en soins médicaux et de réadaptation (SMR), avec 2 300 lits en moins, soit 2,2 %.[2]

Le terme de « suppression » doit toutefois être manié avec précision. La DREES comptabilise les lits installés au 31 décembre et effectivement en mesure d’accueillir des patients. Les capacités fermées temporairement, notamment faute de personnel, sont exclues lorsque leur indisponibilité n’est pas de très courte durée. La statistique peut donc refléter aussi bien une restructuration pérenne qu’une fermeture prolongée liée aux ressources humaines.[2]

Dans un rapport publié en mai 2024, la Cour des comptes soulignait déjà que la réduction des capacités associait transformations médicales, réorganisations programmées et fermetures subies, notamment sous l’effet des difficultés de recrutement.[7] Cette lecture rejoint une baisse du nombre de lits mêlant stratégie ambulatoire et contraintes de personnel.

Les chiffres consolidés diffèrent légèrement des premiers résultats diffusés par la DREES en novembre 2025. Ceux-ci faisaient état de 367 300 lits, de 91 200 places et de 2 965 établissements ; le panorama définitif retient 367 100 lits, 91 000 places et 2 962 établissements. Ces révisions ne modifient pas la tendance générale.[1][10]

La progression des prises en charge sans nuitée reste soutenue mais ralentit

En sens inverse, le nombre de places d’hospitalisation partielle atteint environ 91 000 à la fin de 2024. Les établissements en ont créé 2 600 supplémentaires en un an, soit une hausse de 2,9 %. Depuis 2013, leur nombre a progressé de 34,2 %, avec 23 200 places supplémentaires.[1][2]

L’activité augmente plus rapidement que les capacités. En 2024, les établissements ont réalisé 20,5 millions de journées d’hospitalisation partielle, soit 5,7 % de plus qu’en 2023. La progression reste vigoureuse, mais elle ralentit après une hausse de 8,6 % l’année précédente. À l’échelle de l’ensemble des disciplines, sa croissance annuelle moyenne depuis 2019 atteint 3,1 %, presque exactement le rythme observé entre 2013 et 2019, qui s’établissait à 3,0 %.[3]

Le virage ambulatoire n’accélère donc pas uniformément. En MCO, l’hospitalisation partielle progresse de 6,1 % en 2024 et dépasse de 28,9 % son niveau de 2019. Sa croissance moyenne depuis la crise atteint 5,2 % par an, contre 3,7 % avant 2019. En SMR, elle augmente de 8,3 % sur un an et se situe 28,2 % au-dessus de son niveau d’avant-Covid.[3]

L’hospitalisation complète se redresse plus lentement. Les 10,8 millions de séjours avec nuitée réalisés en 2024 représentent une hausse de 1,4 % par rapport à 2023, mais leur nombre reste inférieur de 8,4 % à celui de 2019. La reprise ne reconstitue donc pas la structure d’activité qui prévalait avant la pandémie.[1][3]

Les lits et les places ne constituent pas des unités interchangeables. Un lit correspond à une capacité d’hébergement, tandis qu’une place sans nuitée peut accueillir successivement plusieurs patients. Mettre mécaniquement en regard les 2 300 lits en moins et les 2 600 places supplémentaires effacerait les différences de durée, d’organisation et de profils cliniques entre les prises en charge.

Le taux d’occupation remonte sans décrire une saturation uniforme

La DREES mesure directement l’utilisation des lits d’hospitalisation complète. Toutes disciplines confondues, leur taux d’occupation atteint 80,7 % en 2024, en hausse de 0,9 point. Cette progression résulte de la baisse des capacités, de 0,6 %, conjuguée à une augmentation de 0,6 % du nombre de journées d’hospitalisation complète.[3]

En MCO, le taux d’occupation s’établit à 77,8 %, soit un point de plus qu’en 2023. Il retrouve ainsi son niveau de 2019. La moyenne nationale ne décrit cependant ni les pics de tension, ni les écarts territoriaux, ni la disponibilité d’un lit dans la spécialité recherchée à un moment donné.

Les différences entre statuts sont particulièrement marquées. En MCO, le taux atteint 84,1 % dans les hôpitaux publics, contre 75,4 % dans les établissements privés à but non lucratif et 56,7 % dans les cliniques privées. La DREES invite à interpréter ces écarts avec prudence : ils peuvent notamment tenir à la part plus faible des hospitalisations non programmées dans les cliniques privées et aux différences de durée moyenne de séjour.[3]

Ces taux ne valident donc ni le récit d’une saturation générale, ni celui de capacités largement disponibles partout. Ils décrivent un système hétérogène, dans lequel la pression dépend du statut, de la discipline, du territoire et du caractère programmé ou non des admissions.

La psychiatrie reste à l’écart du rebond général

La psychiatrie suit une trajectoire distincte. Les prises en charge à temps partiel augmentent de 1,0 % en 2024, mais leur volume demeure inférieur de 15,3 % à celui de 2019. L’hospitalisation complète recule parallèlement de 1,8 % en nombre de séjours et de 1,6 % en nombre de journées.[3]

La moyenne masque une redistribution entre secteurs. Par rapport à 2019, l’activité à temps partiel reste inférieure de 23,5 % dans le public et de 16,6 % dans le privé à but non lucratif, tandis qu’elle progresse de 26,6 % dans les cliniques privées. Cette évolution ne signifie pas que le privé a remplacé l’ensemble des capacités publiques disparues. Elle traduit néanmoins un déplacement relatif de l’activité psychiatrique à temps partiel vers les établissements à but lucratif.[3]

La psychiatrie illustre ainsi les limites d’une lecture uniforme du virage ambulatoire. Une hausse nationale des prises en charge sans nuitée peut coexister avec un retard persistant dans une discipline et une recomposition profonde entre catégories d’établissements.

L’HAD s’affirme comme un troisième pilier

À côté de l’hospitalisation complète et de l’hospitalisation partielle, l’hospitalisation à domicile poursuit sa montée en puissance. En 2024, 291 établissements sont autorisés à coordonner ce type de prise en charge. Ils peuvent suivre simultanément 25 400 patients, soit une capacité en hausse de 5,5 % en un an.[1][5]

L’activité accélère davantage encore. Près de 329 000 séjours et 7,7 millions de journées d’HAD ont été réalisés en 2024, le nombre de séjours progressant de 10,4 %, après 8,4 % en 2023. L’HAD représente désormais 8,1 % des capacités de prise en charge en hospitalisation complète de court et moyen séjour et 8,6 % des journées correspondantes.[1][5]

Cette évolution ne se réduit pas à une extension de l’hôpital au domicile. L’HAD suppose une coordination continue entre l’établissement, le médecin traitant, les professionnels paramédicaux, la pharmacie, les services d’aide et l’entourage du patient. Elle peut éviter ou raccourcir une hospitalisation conventionnelle, mais elle dépend de la situation clinique, des conditions de vie et de la disponibilité effective des intervenants.

Les établissements privés à but non lucratif conservent la majorité des capacités. Le franchissement observé entre cliniques privées et secteur public reste, lui, très étroit : les premières représentent 21,9 % des capacités, contre 21,7 % pour le public. Il s’agit davantage d’un seuil symbolique que d’un basculement massif.[5]

Les urgences rebondissent et les parcours les plus longs se dégradent

Les structures d’urgence ont enregistré 21,3 millions de passages en 2024, soit 2,5 % de plus qu’en 2023. Leur fréquentation demeure inférieure de 2,5 % au sommet atteint en 2019, mais dépasse de 13,7 % son niveau de 2013.[1][6]

En parallèle, les 100 services d’aide médicale urgente (SAMU) et services d’accès aux soins (SAS) ont traité 22,1 millions de dossiers de régulation, dont 17,3 millions de dossiers de régulation médicale. Ces volumes progressent respectivement de 6,4 % et 5,3 % sur un an.[6]

Ces chiffres ne démontrent pas, à eux seuls, que la réduction du nombre de lits provoque l’augmentation des passages. Ils montrent néanmoins que la recomposition des capacités intervient dans un système où les urgences continuent d’absorber plus de 21 millions de recours annuels.

L’aval ne se bloque pas uniformément. D’après l’enquête Urgences 2023, la moitié des patients hospitalisés dans un autre service obtiennent un lit en moins de 15 minutes, comme en 2013. En revanche, pour un patient sur dix concerné, la recherche dépasse 6 heures et 10 minutes, soit 2 heures et 20 minutes de plus qu’une décennie auparavant. Le résultat le plus significatif est donc l’élargissement de l’écart entre les parcours rapides et les parcours les plus longs.[8]

Cette enquête constitue une photographie nationale sur vingt-quatre heures, réalisée du mardi 13 juin 2023 à 8 heures au lendemain à la même heure, hors vacances scolaires et épidémies saisonnières. Elle ne mesure pas une moyenne annuelle, mais documente avec précision la dispersion des délais lors d’un jour moyen de semaine.[8]

Les attentes prolongées concernent davantage les personnes âgées et les points d’accueil à forte affluence. Elles éclairent le poids persistant de l’aval dans les parcours les plus longs aux urgences. La disponibilité d’un lit dépend en effet de sa localisation, de sa spécialité et des professionnels nécessaires à son ouverture.

La progression des effectifs profite peu aux personnels soignants non médicaux

Le secteur hospitalier emploie 1,41 million de salariés à la fin de 2024, soit une hausse de 0,7 % sur un an. Les effectifs progressent de 0,6 % dans le secteur public et de 1,2 % dans le secteur privé.[1][4]

Le personnel médical augmente de 2,7 %, avec 4 700 salariés supplémentaires. Les personnels non médicaux soignants ne gagnent, eux, que 2 900 salariés, soit 0,3 %. Les personnels non médicaux non soignants progressent également de 2 900 salariés, mais leur hausse atteint 0,8 % en raison d’un effectif initial plus faible.[4]

Dans le public, les effectifs infirmiers augmentent de 1,3 %, tandis que ceux des aides-soignants reculent de 0,4 %, après une hausse de 1,6 % en 2023. Les autres personnels soignants diminuent de 0,9 %, après une progression de 4,3 % l’année précédente. La DREES souligne que leur recul de long terme peut s’expliquer en partie par la diminution des contrats aidés, nombreux parmi les agents de service hospitalier.[4]

La prudence méthodologique reste nécessaire. La DREES compte des personnes physiques présentes au 31 décembre, et non des équivalents temps plein. Ces statistiques ne mesurent directement ni le temps de travail disponible dans les services, ni les postes vacants, ni l’absentéisme, ni le recours aux heures supplémentaires.

La comparaison entre la hausse de l’activité et celle des effectifs ne permet donc pas de mesurer directement la charge de travail ou la productivité. Elle révèle néanmoins un décalage de rythme : les journées d’hospitalisation partielle augmentent de 5,7 % et les séjours d’HAD de 10,4 %, tandis que les personnels non médicaux soignants recensés en personnes physiques ne progressent que de 0,3 %.[3][4][5]

Une recomposition menée sous forte contrainte financière

La transformation des capacités intervient enfin dans un contexte budgétaire dégradé. En 2024, le déficit global des hôpitaux publics atteint 2,9 milliards d’euros, après 2,4 milliards en 2023. Il représente 2,7 % de leurs recettes, un niveau inédit depuis le début de la série en 2005.[9]

Ce déficit ne suffit pas à expliquer chaque fermeture de lit ou chaque développement ambulatoire. Il réduit toutefois les marges de manœuvre des établissements au moment où ceux-ci doivent financer la transformation des parcours, maintenir des capacités d’aval et stabiliser leurs équipes.

L’hôpital français ne revient donc pas à son point de départ. Il change de centre de gravité : moins d’hébergement conventionnel, davantage de prises en charge sans nuitée et à domicile, un taux d’occupation en hausse et des écarts persistants entre disciplines comme entre statuts. Cette recomposition reste inachevée. L’activité avec nuitée demeure sous son niveau de 2019, les parcours les plus longs aux urgences se dégradent et les effectifs soignants non médicaux progressent beaucoup moins vite que plusieurs formes d’activité.

Références

[1] DREES — Les établissements de santé en 2024, édition 2026, publié le 20 mai 2026, mis à jour le 15 juillet 2026.

[2] DREES — Les capacités d’accueil en hospitalisations complète et partielle, juillet 2026.

[3] DREES — L’activité en hospitalisations complète et partielle, juillet 2026.

[4] DREES — Les évolutions des effectifs salariés du secteur hospitalier, juillet 2026.

[5] DREES — Les établissements d’hospitalisation à domicile, juillet 2026.

[6] DREES — La médecine d’urgence, juillet 2026.

[7] Cour des comptes — La réduction du nombre de lits à l’hôpital, entre stratégie et contraintes, 29 mai 2024.

[8] DREES — Urgences : la moitié des patients attendent moins d’une demi-heure avant le début des soins, mais un sur dix plus de 2 heures 30, Études et Résultats, n° 1373, 2 juin 2026.

[9] DREES — La situation économique et financière des hôpitaux publics, juillet 2026.

[10] DREES — Dans les établissements de santé en 2024, la baisse du nombre de lits ralentit et les alternatives à l’hospitalisation complète poursuivent leur progression, Études et Résultats, n° 1353, novembre 2025.

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