nuance

Suspicion de la présence d’une souche similaire à celle de l’ESB chez une chèvre abattue en 2002- Eléments de synthèse et d’analyse

Le réseau français de typage des souches de cas d’ESST identifiés dans le cadre du programme de surveillance communautaire, a signalé, sur une chèvre abattue en 2002, la présence d’un agent infectieux dont les caractéristiques, à ce stade des études, présentent des similitudes avec une souche d’ESB. Un délai de deux ans a été nécessaire pour effectuer des analyses qui ont comporté l’inoculation de la souche suspecte à des souris. Des résultats complémentaires sont attendus au cours des trois prochains mois, qui devraient permettre de confirmer ou d’infirmer cette suspicion.

2. Rappel sur la question du passage de l’agent de l’ESB chez les petits ruminants

La question du passage de l’agent de l’ESB -pathogène pour l’homme contrairement à l’agent de la tremblante - aux petits ruminants (ovins et caprins) est posée depuis l’apparition de l’épizootie chez les bovins. Si la possibilité de ce passage en conditions expérimentales a été démontrée, la réalité de la circulation de la souche d’ESB n’a jamais été avérée sur le terrain. La distinction entre le prion responsable de la tremblante et l’ESB est difficile à faire. Depuis trois ans cependant, les tests biochimiques de dépistage permettent, avec un degré élevé de certitude, de considérer que la très grande majorité des cas d’encéphalopathie spongiforme transmissible détectés est attribuable à l’agent classique de la tremblante. Pour les autres cas, des analyses complémentaires, longues à réaliser, sont nécessaires pour caractériser la souche. Ces analyses complémentaires ont été systématiquement faites en France sur toutes les souches suspectes au plan biochimiques identifiées entre 1990 et 2003. Il a toujours été considéré que la circulation de souches d’ESB chez les petits ruminants poserait des problèmes complexes. Notamment, alors que chez les bovins, l’infectivité se concentre dans certains organes qui peuvent être retirés après abattage (matériaux à risques spécifiés), chez les petits ruminants, l’infectiosité est plus diffuse. Elle est notamment présente dans les tissus lymphoïdes et dans le sang.

3. Si cette suspicion était confirmée, serait-il possible d’estimer si la souche est répandue dans le cheptel caprin ?

La confirmation de cette suspicion aurait pour signification de montrer que le passage d’une souche bovine à une chèvre que l’on savait possible en conditions expérimentales, s’est produit sur le terrain. Elle ne donnerait pas d’information supplémentaire sur la fréquence de ce phénomène, ni sur les conditions de son apparition, ni sur les raisons pour lesquelles au sein d’un troupeau, un seul animal était infecté. En 2003, dans le cadre du dispositif communautaire de surveillance des petits ruminants, 11 174 caprins ont été testés en France en abattoir et 3 ont été positifs au regard de la tremblante, soit une prévalence de 0,27 pour 1000 pour les caprins. Dans le cadre du réseau de typage des souches de tremblante, de 1990 à 2003 (les souches 2004 n’ont pu être transmises au réseau) 4 échantillons caprins ont été inoculés à des souris. Parmi eux, un seul isolat a donné des résultats présentant des caractéristiques similaires à la souche ESB.

Les données cumulées issues du programme de dépistage conduiraient donc à considérer, à ce stade, comme peu fréquente les ESST chez les caprins et comme rare parmi ceux-ci, la présence de souches présentant des similitudes avec l’ESB.

Cependant, il faut souligner que ces résultats proviennent d’un sondage réalisé dans le cadre du dispositif communautaire de surveillance des petits ruminants et non d’un échantillonnage représentatif de l’ensemble du cheptel. Ces données donnent donc une indication très partielle et ne peuvent être rigoureusement extrapolées pour déterminer avec certitude la fréquence de l’infection.

4. Comment expliquer qu’une souche d’ESB puisse éventuellement se trouver chez les caprins ?

Deux hypothèses sont envisageables :

  • soit une exposition des caprins via l’alimentation de manière similaire aux bovins,
  • soit l’existence d’une souche similaire à l’ESB dans le cheptel caprin. On ne peut conclure à ce stade sur l’une ou l’autre de ces deux hypothèses.

5. Qu’en est-il chez les ovins ?

Pour les ovins, la question de la réalité de la circulation d’une souche d’ESB, qui n’aurait jusqu’à présent pas pu être distinguée de la tremblante, se pose dans les mêmes termes que chez les caprins même si à ce jour, aucune souche d’ESB n’a été trouvée dans le cheptel ovin ni en France, ni dans aucun autre pays. Au vu des résultats des programmes de surveillance, il apparaît que la prévalence de la tremblante, bien que plus fréquente que chez les caprins, est faible : elle concerne environ un animal sur mille en 2003. En ce qui concerne les 18 isolats inoculés dans le cadre du réseau de typage de souches, les résultats disponibles à ce jour ne montrent aucune similitude avec l’ESB. La confirmation d’un cas chez les chèvres serait un indice supplémentaire appelant l’attention sur la plausibilité du risque chez les petits ruminants, dont la nécessité de la prise en compte a été soulignée depuis plusieurs années (cf. question 8 rappel des avis de l’Afssa) Certains ovins présentent une résistance génétique élevée à la majorité des souches de tremblante connue, ainsi qu’à la souche d’ESB. Des programmes de sélection génétique sont en cours pour augmenter la proportion d’animaux résistants dans le cheptel.

6. Quel serait l’impact de la présence avérée de souches sur la sécurité sanitaire de la viande issue des petits ruminants ? et sur la sécurité sanitaire du lait et des produits laitiers issus des petits ruminants ?

Viande : Les données scientifiques disponibles montrent que l’agent infectieux de l’ESB diffuse de manière plus large dans l’organisme des petits ruminants expérimentalement infectés que chez les bovins : ainsi, après infection expérimentale à forte dose, l’infectivité a été mise en évidence dans le sang et dans les tissus lymphoïdes des petits ruminants. Par conséquent, le retrait de certains organes concentrant l’agent infectieux (MRS) s’avère insuffisant pour rendre une carcasse salubre : si un animal était infecté d’ESB, sa viande devrait être considérée comme porteuse d’infectivité, (en particulier via le sang et les ganglions).

Pour protéger le consommateur, il convient donc de pouvoir retirer de la chaîne alimentaire les animaux dont on ne peut démontrer, qu’ils ne soient pas infectés. Pour ce qui concerne les caprins, le dépistage de chaque carcasse est la mesure la plus s ûre pour éliminer un animal suspect d’être infectieux. A moyen terme, l’appartenance d’un animal à un troupeau certifié comme indemne de toute encéphalopathie spongiforme pourrait être une garantie évitant le recours à un dépistage individuel compliqué à mettre en œuvre. Ceci suppose cependant que les animaux puissent être identifiés et tracés et que des données suffisantes soient obtenues sur les caractéristiques des troupeaux à l’égard de leur statut vis à vis des encéphalopathies spongiformes.

Ces mesures sont d’application difficile et doivent être évaluées par les experts de l’Afssa, dans la perspective de fournir une échelle de risque prenant en compte notamment :

- la fréquence des ESST dans les populations animales cibles - l’avancée des programmes de sélection chez les ovins, - le caractère insuffisamment protecteur du retrait isolé des MRS - l’utilisation et les performances des deux tests de dépistage en abattoir - les données actualisées sur les doses infectieuses chez les primates rapportées

au niveau d’infectivité des tissus

Lait :

A ce jour, l’infectivité du lait n’a pas été démontrée. Cependant, la présence d’infectivité dans le sang rend possible son passage dans le lait. C’est pourquoi, il n’est pas possible d’exclure, de manière aussi affirmée que pour le lait de vache, que le lait d’une chèvre ou d’une brebis atteinte d’ESB ne soit pas porteur d’infectivité. Dans l’avis de l’Afssa du 18 février 2002, une estimation théorique du risque d’infectivité du lait a été réalisée, à partir de plusieurs hypothèses sur le titre infectieux dans les différents organes. Depuis lors, des travaux expérimentaux ont été réalisés dans plusieurs laboratoires pour permettre d’apporter une réponse plus précise à cette question. L’ensemble des résultats disponibles seront soumis aux experts dans des délais brefs pour pouvoir procéder à une évaluation actualisée de ce risque.

7. Pourquoi avoir communiqué des résultats à ce stade?

Les résultats obtenus dans le cadre du réseau de typage de souches ne sont pas des résultats définitifs. Ils n’ont d’ailleurs pas été publiés dans une revue scientifique. Les travaux expérimentaux se poursuivent. La convergence des différents résultats obtenus sur une souche repérée depuis l’origine comme suspecte et la nature des similitudes observées ont conduit les scientifiques à estimer de leur devoir de signaler des résultats intermédiaires aux autorités sanitaires nationales.

C’est ce qui a été fait dans les termes suivants :

« Lors de la réunion du 20 octobre 2004 du réseau de typage de souches d’encéphalopathies spongiforme transmissibles chez les petits ruminants ont été discutés les résultats obtenus sur l’isolat de chèvre référencé CH636. Les caractéristiques biochimique de la protéine prion pathologique de cet animal - obtenues en 2003 directement à partir du cerveau – étaient similaires à celles de l’agent de l’ESB. Cette similitude devait être précisée par l’examen des résultats obtenus après inoculation de souris conventionnelles ou transgéniques (surexprimant les gènes de la PrPmurine, ovine ou bovine) avec cet isolat. Ces résultats sont désormais partiellement disponibles. Ils confortent la similitude de cet agent avec celui de l’ESB sur la plupart des critères actuellement disponibles. Des résultats complémentaires sont attendues au cours des trois prochains mois, qui devraient permettre de confirmer ou d’infirmer cette suspicion. »

Cette information peut être en effet utile aux autorités sanitaires dans l’appréciation qu’elles portent sur l’adéquation des mesures en vigueur au regard de la protection du consommateur et compte tenu des avis scientifiques dont elles disposent.

De leur côté, les pouvoirs publics ont estimé que ces informations devaient, dès ce stade, être portées à la connaissance de la Commission européenne et du laboratoire communautaire de référence et rendues publiques.

Les scientifiques, pour leur part, ont à plusieurs reprises souligné, dans des avis rendus publics que le fait que des souches d’ESB circulent dans le cheptel des petits ruminants était plausible. Dans ces mêmes avis, des recommandations ont été formulées sur l’intérêt de différentes mesures au regard du degré de sécurité pour le consommateur que les autorités sanitaires se fixeraient comme objectif et du degré d’anticipation du risque pour la filière animale. L’information rendue publique ce jour ne modifie pas fondamentalement l’analyse faite jusqu’à présent. Dans les avis de l’Afssa, en effet, l’intérêt de renforcer la prévention n’était pas conditionné à la mise en évidence effective d’un cas d’ESB, mais répondait au souci d’anticiper au mieux les conséquences d’une information de cette nature.

8. Rappel des principaux avis de l’Afssa sur ESST et petits ruminants :

L’ensemble de ces avis est disponible sur le site Internet www.afssa.fr

  • 14 février 2001: Actualisation de la liste des matériaux à risque spécifié chez les ovins et les caprins (Principale recommandation : retrait de l’ensemble de l’intestin. Mesure prise au niveau communautaire en 2003 de retrait d’une partie de l’intestin (iléon).
  • 8 novembre 2001: Avis concernant l'évaluation des effets de la technique du délimonage appliquée aux intestins d'ovins au regard du risque d'encéphalopathies spongiformes subaiguës transmissibles.
  • 8 novembre 2001 : Avis concernant des mesures de police sanitaire relatives à la tremblante des ovins et caprins.
  • 18 février 2002: analyse des risques liées aux ESST dans les filières petits ruminants, des forces et faiblesses du dispositif actuel et des possibilités d’évolution.
  • 15 mai 2002 : Avis concernant le choix entre les tests de dépistage des ESST chez les petits ruminants.
  • 4 novembre 2002 : Avis concernant les mesures de police sanitaire relatives à la tremblante des ovins et caprins.
  • 19 mai 2003. Avis concernant le dépistage rapide des ESST chez les petits ruminants.
  • 6 octobre 2003. Note à l'attention du directeur général de l'alimentation relative à la découverte d'un nouveau type de tremblante en Norvège.
  • 12 novembre 2003 : Note relative à la demande d'appui scientifique et technique sur l'utilisation des tests de dépistage rapide permettant de discriminer la tremblante et l'ESB dans le cadre des mesures de police sanitaire de la tremblante des petits ruminants
  • 16 avril 2004: Avis concernant les possibilités d'évolution des mesures de police sanitaire relative à la tremblante caprine.
  • 9 juin 2004 : Avis concernant la mise en évidence de résultats positifs aux tests de dépistage de la tremblante chez les ovins de génotype ARR/ARR

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