Cholestérol : le lien avec les maladies cardio-vasculaires à nouveau mis en doute

illustrationLe 18 octobre dernier Arte diffusait un reportage intitulé "Cholestérol : le grand bluff" dans lequel une quinzaine de spécialistes mettent en doute le lien entre cholestérol et maladies cardio-vasculaires. Ce supposé lien serait le fruit d'études scientifiques biaisées résultant d'actions de lobbying mises en œuvre par l'industrie agroalimentaire dès les années 50 puis par l'industrie pharmaceutique depuis les années 90 avec l'aide de médecins et de revues scientifiques "sponsorisés" et donc sous influence

Pour ces experts, les vrais facteurs de risque sont plus à chercher dans le mode de vie occidental (tabagisme, obésité, sédentarité et l'hypertension qui en découle) que dans le taux de cholestérol lui même dont le niveau, même relativement élevé, peut, le plus souvent, répondre à des besoins physiologiques réels sans générer de surmortalité.

Ainsi pour le cardiologue Michel de Lorgeril, les besoins en cholestérol sont variables selon le sexe, le métabolisme de base, la saison, ... si bien que pour lui l'idée même de réduire a minima le taux de cholestérol de surcroit de façon indifférenciée est médicalement infondée. Il écarte également tout lien de causalité entre un taux élevé de cholestérol et les plaques d'athéromes en préférant expliquer qu'au contraire un taux élevé de cholestérol résulte de la dégradation de celle ci.

A contrario pour protéger ses intérêts économiques, le marché du sucre, des graisses trans et des statines (20.5 milliards par an en 2011), les industriels auraient tissé des liens étroits à coup de millions de dollars avec de nombreux scientifiques pour qu'ils produisent dans des revues à comité de lecture des études de médecine factuelle (EBM) aux conclusions tronquées par la censure de toutes informations statistiques qui n'iraient dans le sens convenu dès le départ.

Ce serait ainsi que d'après le Dr Dominique DUPAGNE, médecin généraliste, le physiologiste américain Ancel Keys, aurait le premier attribué à la surconsommation de graisses saturées l'épidémie d'accidents cardio-vasculaires survenue dans les années 1950.

Le Dr Ambramson, médecin généraliste et chercheur à l'université d'Harvard, met en avant les conflits d'intérêts des experts qui recommandent les seuils de cholestérol à ne pas dépasser et les industriels qui produisent les statines et ajoute qu'il a été calculé que si l'essai clinique est mis en œuvre par un laboratoire privé il a 5 fois plus de chances de générer des résultats positifs que s'il avait été géré par un établissement public.

Face à cette charge peu nuancée et à son succès d'audimat (1.4 millions de téléspectateurs revendiqué par Arte) la société Française de cardiologie a tenu a réagir dans un communiqué publié le 21 octobre 2016 , intitulé Cholestérol et maladies cardiovasculaires : le point de vue scientifique de la Société Française de Cardiologie, dans lequel elle rappelle sa version de l'histoire et défend les statines dont l'efficacité en médecine préventive est la plus élevée de tous les médicaments.

"Nier le bénéfice des statines et leur impact sur l’espérance de vie, c'est à la fois malhonnête (en niant les faits scientifiques) et dangereux (pour les patients qui de bonne foi arrêteront leur traitement). Nier les progrès thérapeutiques, porter la suspicion sur les médecins, c’est aussi ignorer l’amélioration incontestable du pronostic cardiovasculaire dans notre pays, la France, avec, pour exemple, une chute spectaculaire de 68 % en 15 ans de la mortalité hospitalière après infarctus du myocarde et une baisse de 56% en 28 ans de la mortalité cardiovasculaire."

Il est étonnant de constater à l'aide d'une rapide vérification dans Google que ce communiqué a déjà été publié en 2013 par le Pr Jean Ferrieres du CHU DE TOULOUSE probablement suite au scandale provoqué en 2012 et 2013 par la publication de deux ouvrages à succès : Le Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux et La vérité sur le cholestérol. On est en droit de s'interroger sur la pertinence d'un tel copier/coller de la part de la Société Française de Cardiologie.

La position des autorité des tutelles reste inchangée depuis 2013. Pour la HAS, suite à une méta analyse qu'elle a menée sur plus de 91 études ayant inclus 170 000 patients, les statines ont leur place dans la prise en charge de certains patients car elles sont corrélées à une réduction de la mortalité d'environ 10% et une diminution du risque d'infarctus du myocarde, notamment. Autant elle souligne les bénéfices indiscutables de la prise des statines après un premier accident vasculaire autant elle pointe du doigt la surconsommation de statines dans la population générale en raison des risques de plus en plus évidents d'effets secondaires potentiellement graves.

Descripteur MESH : Cholestérol , Hypercholestérolémie , Industrie , Médecins , Fruit , Industrie pharmaceutique , Cardiologie , Patients , Mortalité , Vie , Risque , Myocarde , Médecine , Infarctus du myocarde , Infarctus , Mortalité hospitalière , Accidents , Tabagisme , Statistiques , Sexe , Causalité , Pronostic , Population , Dominique , Obésité , Essai clinique , Facteurs de risque , Métabolisme , France , Médecine préventive , Médecine factuelle , Histoire , Maladies cardiovasculaires , Lecture , Hypertension artérielle

1 réaction(s) à l'article Cholestérol : le lien avec les maladies cardio-vasculaires à nouveau mis en doute

  • MyPassion

    JEAN DOREMIEUX| lundi 31 octobre 2016- REPONDRE

    Il faut distinguer les hypercholestérolémies familiales où il faut prescrire des statines en attendant des méthodes d'épuration et les cas ordinaires où les experts non influencés s'opposent à détruire une molécule naturelle dont les variations vers le haut sont de peu d'importance.

Pratique médicale: Les +