Les médecins généralistes consacrent 13 heures par semaine à effectuer des tâches non médicales

Les médecins généralistes consacrent 13 heures par semaine à effectuer des tâches non médicales Un interne en médecine générale a analysé dans sa thèse défendue au mois d’octobre dernier l’agenda professionnel de 121 médecins généralistes libéraux exerçant en Occitanie. Il a ainsi pu établir que sur 57 heures de travail hebdomadaire, plus de 13 heures étaient consacrées chaque semaine à la réalisation d’un ensemble de tâches non médicales dont le point commun est qu’elles peuvent toutes être déléguées à du personnel non médical. De quoi justifier le financement de 4000 postes d’assistants médicaux ?

57 heures de travail hebdomadaires

Jean-Baptiste Prunières vient de soutenir avec succès sa thèse de médecine générale après avoir été interne au CHU de Montpellier. Intitulée « Évaluation des tâches non médicales des médecins généralistes en Occitanie : étude transversale par autoquestionnaire », cette thèse porte un éclairage inédit sur la charge de travail non médical qui incombe aux médecins généralistes libéraux.

Si dans l’ensemble les 121 généralistes qui ont répondu à l’enquête déclarent un agenda compris entre 40 et 60 heures de travail hebdomadaire, la moyenne se positionne à hauteur de 57 heures, dont 786 minutes de taches non médicales, ce qui représente entre 22 et 33 % de leur activité professionnelle.

 « Outre leur caractère chronophage les jours d’activité clinique, ces tâches s’immiscent dans le temps libre et de loisirs »

13 heures de paperasse et d’entretien par semaine

Sans surprise, ce sont les taches liées à l’administration du dossier patient incluant la gestion des courriers, des comptes-rendus et des rendez-vous qui prennent un peu plus de la moitié de l’ensemble des taches non médicales avec 6 heures et 36 minutes par semaine.

Gestion de l’entrée à hôpital, adressage à un confère, transport sanitaire, la gestion du parcours de soins des patients représente le second poste dans ce budget temps avec 1 h 13 par semaine. Et lorsque les patients sont en situation de précarité sociale, ou que son parcours de soins est complexe, il faut rajouter 48 minutes hebdomadaires pour conseiller le patient dans ses droits et faire le lien avec les structures adaptées. « Le médecin joue le rôle d’assistante sociale alors que ces tâches pourraient être facilement déléguées », analyse Jean-Baptiste Prunières.

La comptabilité ne représente que 55 minutes par semaine dans l’agenda du généraliste, probablement en raison du recours aux services de cabinets d’experts comptables, soit autant que l’entretien courant du cabinet et ses 54 minutes pendant lesquelles le médecin assure la désinfection, le nettoyage et la gestion des déchets d’activités de soins à risque infectieux.

La gestion du matériel informatique et la sécurité des données prennent 47 minutes par semaine soit autant que la gestion du matériel médical (45 minutes).

Enfin même si cela peut leur paraître souvent plus long les relations avec les CPAM n’occupent que 30 minutes de la semaine des généralistes, tout comme le contrôle du tiers payant ou le fax d’ordonnances.

Comment optimiser le temps médical ?

Dans son étude, Jean-Baptiste Prunières constate des différences significatives selon que l’exercice libéral se fait de façon regroupée ou non. En effet, si le temps passé à effectuer des tâches non médicales par les médecins généralistes exerçant en cabinet de groupe est de 11 heures par semaine, il s’élève à plus de 15 heures par semaine lorsqu’ils exercent seuls.

Cette différence s’explique d’autant mieux que, seul, le médecin généraliste n’a souvent pas les moyens financiers d’avoir recours à des prestataires de services externes. Dans son étude, 25 % des médecins effectuent eux-mêmes l’entretien des locaux et 35 % saisissent les données de leur comptabilité. Voilà de quoi donner de l'eau au moulin de ceux qui réclament une hausse substantielle du tarif de la consultation pour augmenter le temps médical des médecins.

De façon plus surprenante, le recours à un secrétariat médical ne semble pas diminuer l’ampleur des tâches administratives qui incombent au médecin. L’auteur explique ce constat par le fait que les secrétaires sont souvent mutualisées entre plusieurs médecins et qu’elles sont responsables de l’accueil des patients et de la gestion des rendez-vous, ce qui ne constitue pas les taches les plus chronophages.

Si le gouvernement table sur une augmentation du temps médical de 15 % pour les médecins avec un assistant médical, l’auteur est plus dubitatif. Il considère qu’avec un assistant pour 3 ou 4 médecins, travaillant aux 35 heures, l’effet sera forcément dilué.

« Si on veut redonner du temps médical, il faudrait que ce soit des super secrétaires, à qui l’on puisse confier toutes les tâches administratives. Et au moins un assistant pour deux praticiens » confie Jean-Baptiste Prunières au site Egora.

La technologie peut aussi avoir un rôle à jouer et particulièrement l’usage de la reconnaissance vocale qui, forte des progrès réalisés en matière d’intelligence artificielle, est 4 fois plus rapide que la saisie de texte au clavier. Selon l’éditeur de logiciel Nuance, les médecins peuvent gagner jusqu’à 1 h 30 de temps médical par jour en optant pour la reconnaissance vocale.

 

Sur le sujet : La bataille des médecins contre le temps

 

 

Descripteur MESH : Médecins , Médecins généralistes , Travail , Médecine , Médecine générale , Temps , Soins , Patients , Rôle , Comptabilité , Gestion des déchets , Joue , Désinfection , Sécurité , Éclairage , Charge de travail , Informatique , Logiciel , Technologie , Gouvernement , Caractère , Risque , Transport sanitaire , Déchets , Eau

Actualités professionnelles: Les +