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Produits phytosanitaires, santé humaine, environnement : où en sommes nous ?

C'est ainsi que se sont installées une crainte généralisée de manger, une méfiance des produits phytosanitaires, ainsi qu'une exigence, totalement légitime d'ailleurs, d'une information objective. Face à la suspicion vis-à-vis des pratiques agricoles, une mise au point et une information s'imposent d'autant plus que la consommation des fruits et légumes frais est unanimement recommandée par tous les scientifiques, médecins, nutritionnistes et diététiciens, aussi bien dans le cadre d'une alimentation équilibrée, que dans la prévention d'un grand nombre de pathologies.

Pourquoi utilise-t-on les pesticides ?

L'homme a depuis toujours ressenti le besoin de protéger ses récoltes contre les ravageurs naturels. Ceci n'est pas une innovation de l'agriculture intensive moderne : de tous temps l'homme a essentiellement utilisé des produits minéraux naturels mais qui se sont révélés d'une efficacité limitée. La suffisance alimentaire, recherchée par les pays industrialisés, a pu être obtenue grâce à une production dite conventionnelle, conséquence du développement de la chimie organique et de la découverte des pesticides de synthèse.

Depuis les années 80, la production agricole des fruits et légumes s'oriente vers un aspect plus qualitatif et sécuritaire : l'objectif étant la protection de la santé publique et de l'environnement, en phase avec les attentes du consommateur.

Les acteurs de la filière agro-alimentaire sont à présent d'accord pour abandonner la pratique des traitements aveugles et pour instaurer des interventions phytosanitaires plus rationnelles en tenant compte de l'ensemble des facteurs présents.

Cependant, il est important de garder à l'esprit que le retour aux méthodes traditionnelles ou naturelles n'est pas concevable si l'objet est de nourrir correctement toute la population mondiale. Ainsi sont nés les concepts d'agriculture raisonnée ou intégrée*.

Quelle est la réglementation ?

- La réglementation intervient au niveau de la chaîne de production agricole depuis la mise au point de nouvelles substances actives jusqu'à la surveillance de la qualité des denrées et du milieu. L'autorisation de mise sur le marché (A.M.M.) des produits phytosanitaires est délivrée par le Ministère de l'Agriculture après consultation d'une part de la Commission d'Etude des Toxiques et d'autre part du Comité d'Homologation.

La première examine les aspects relatifs à l'innocuité directe et indirecte des produits à l'égard de l'homme en tant que manipulateur de pesticides et consommateur d'aliments contenant éventuellement des résidus et de son environnement.

La deuxième étudie l'efficacité et l'innocuité du produit sur des végétaux traités et propose une décision d'autorisation de vente au ministère comprenant les usages précis, les doses d'emploi, les limites maximales de résidus (LMR) et les délais d'emploi avant récolte.

La procédure française d'A.M.M. des produits phytosanitaires, comparable à celle des produits pharmaceutiques à usage thérapeutique, est longue et coûteuse et vise à augmenter les exigences en matière de non toxicité et d'impact sur l'environnement .

- Les Services de Contrôles relèvent des Ministères des Finances, de l'Agriculture et de la Santé. Il s'agit des Directions Départementales de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes, des Services Vétérinaires Départementaux et des Directions Départementales de l'Action Sanitaire et Sociale. Les contrôleurs ont le pouvoir de retirer le produit suspect du marché et de demander le retrait de l'homologation.

De plus, des plans de surveillance des résidus de pesticides dans les fruits et légumes sont conduits par la Direction Générale de l'Alimentation et la Sous-Direction de la Protection des Végétaux du Ministère de l'Agriculture et de la Pêche.

L'objectif de ces plans est la connaissance et le suivi des niveaux de résidus de pesticides dans une filière et la modification des pratiques agricoles en cas de dépassement de LMR. Les résultats obtenus pour les fruits et légumes testés, après deux ans de surveillance sont satisfaisants : les dépassements de LMR sont peu nombreux. Ces dépassements sont liés au non respect des Bonnes Pratiques Agricoles.

L'application correcte des bonnes pratiques agricoles a permis de réduire de manière significative le nombre de lots non conformes.

Quels risques ? Quels bénéfices ?

L'évaluation des risques devrait être fondée sur des études épidémiologiques portant sur les groupes de population représentative des personnes exposées dans leur travail.

Ces données ne sont qu'exceptionnellement disponibles (intoxications ou contaminations professionnelles). Il est donc nécessaire de procéder d'une part à une évaluation basée sur une expérimentation animale et d'autre part à des calculs d'exposition.

L'expérimentation animale fournit entre autres les doses sans effets auxquelles sont appliqués des facteurs de sécurité modulables qui sont utilisés pour l'établissement des doses admissibles journalières (DJA) et la fixation de la LMR.

Les risques toxicologiques liés aux pesticides sont en partie la conséquence de leur dispersion dans l'environnement. C'est pourquoi des mesures agri-environnementales (MAE) sont de plus en plus intégrées dans la production des fruits et légumes. De nombreuses actions qualitatives ont été ainsi initiées dans les régions de production, le plus souvent matérialisées par des cahiers des charges régionaux ou d'entreprises et par des programmes de formation.

Si certains pesticides, administrés à fortes doses à l'animal, se sont révélés carcinogènes, il n'existe pas de preuve épidémiologique chez l'homme ou d'étude toxicologique permettant d'extrapoler cette relation. En revanche, plusieurs études montrent que les fruits et légumes sont de première importance dans la réduction du taux du cancer et du risque de maladies cardio-vasculaires et constituent une source indéniable de micronutriments, véritables pièges à radicaux libres. Par conséquent, les bénéfices liés à la consommation de fruits et légumes dépassent largement les risques induits par la présence éventuelle de résidus.

En conclusion, les déséquilibres dans les régimes alimentaires comptent environ pour un tiers dans le risque de cancer, et une faible consommation de fruits et de légumes se révèle être un facteur de risque majeur. Le monde scientifique et médical préconise une plus grande consommation des fruits et légumes, facteur d'amélioration et d'équilibre du régime alimentaire, de prévention du cancer ainsi que de nombreuses pathologies dégénératives.

Il est essentiel de conseiller une consommation quotidienne de fruits et légumes divers et variés et à chaque repas. Ces aliments contiennent un cocktail de substances bénéfiques actives qui interagissent entre elles et se complètent mutuellement quel qu'en soit le mode de production.

* Protection (ou lutte) raisonnée : emploi rationnel de produits agropharmaceutiques, se définissant notamment par le choix des produits, de la dose, de l'époque d'application et des techniques à mettre en œuvre. Protection intégrée : interventions décidées selon le même processus que pour la protection raisonnée mais faisant appel à plusieurs procédés de lutte judicieusement associés (biologiques, chimiques, biotechniques, culturaux …) et limitant au maximum l'utilisation des pesticides. (H. AUDEMARD ; INRA -ADALIA, 25, 1993)

Références bibliographiques

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Pascal G., La Recherche, 324, 53, 1999.

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Saïda Barnat

- Janvier 2000 - Source APRIFEL (Equation-Nutrition n°1)

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