Les vitamines
Les vitamines occupent une place singulière dans le discours sanitaire : omniprésentes dans la prévention, souvent invoquées dans le champ du bien-être, elles relèvent pourtant d’une physiologie précise et de situations cliniques bien identifiées. Loin des promesses tous azimuts, leur intérêt se lit d’abord à l’aune des besoins réels, des terrains à risque et de la qualité des données disponibles. Derrière ce terme générique se trouvent treize micronutriments indispensables, dont les rôles s’étendent du métabolisme énergétique à l’hématopoïèse, de la vision à la coagulation, de la minéralisation osseuse au fonctionnement neurologique. En 2025, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) a réactualisé les références nutritionnelles françaises, offrant un cadre plus lisible pour les professionnels de santé comme pour l’information du public.[1][2]
À retenir (lecture rapide)
– Les vitamines se répartissent entre composés liposolubles, stockés plus durablement, et hydrosolubles, aux réserves plus limitées.[1][3]
– Une alimentation variée couvre le plus souvent les besoins, mais certaines périodes de vie ou situations cliniques justifient une vigilance renforcée.[1][4]
– Les enjeux les plus concrets en pratique concernent surtout les vitamines D, B9, B12, K et, dans certains contextes, les vitamines B1 et C.[1][5][6]
– Les compléments alimentaires ne relèvent pas d’une logique de bénéfice automatique et peuvent exposer à des effets indésirables ou à des surdosages.[7][8]
Une famille de micronutriments aux fonctions très différenciées
Les vitamines ne fournissent pas d’énergie, mais elles rendent possible une part essentielle du fonctionnement cellulaire. La distinction classique entre vitamines liposolubles et hydrosolubles reste la plus utile pour comprendre leur devenir biologique. Les premières — A, D, E et K — sont absorbées avec les graisses alimentaires et peuvent être stockées plus durablement ; les secondes — vitamine C et vitamines du groupe B — circulent et s’éliminent plus facilement, ce qui rend leurs apports réguliers plus décisifs.[1][3]
Dans le détail, la vitamine A participe à la vision, au maintien des épithéliums et à la réponse immunitaire.[3] La vitamine D, dont la fiche dédiée précise la synthèse cutanée et l’activation métabolique, intervient surtout dans l’homéostasie phosphocalcique et la santé osseuse.[5] La vitamine E agit principalement comme antioxydant lipidique, tandis que la vitamine K demeure d’abord associée à la coagulation, avec un intérêt supplémentaire, mais plus discuté, pour le tissu osseux.[6]
Du côté des vitamines hydrosolubles, la logique est plus enzymatique et métabolique. La vitamine B1 est étroitement liée au métabolisme des glucides et à la fonction neurologique ; la vitamine B2 participe à de nombreux systèmes enzymatiques ; la vitamine C intervient notamment dans la synthèse du collagène, la défense antioxydante et l’absorption du fer non héminique.[1][9][10]
Des apports à envisager selon l’âge, le terrain et le contexte clinique
La lecture contemporaine des vitamines ne consiste plus à empiler des valeurs théoriques, mais à raisonner par profils de risque. L’ANSES a publié en février 2025 des références nutritionnelles couvrant les nourrissons, les enfants, les adolescents, les adultes, les femmes enceintes et allaitantes ainsi que les personnes âgées.[1][2] Ces repères permettent d’éviter deux écueils symétriques : sous-estimer les déficits réellement pertinents et surinterpréter des écarts mineurs chez des sujets sans facteur de risque.
Chez l’adulte en bonne santé, l’alimentation suffit dans la majorité des cas à couvrir les besoins vitaminiques. Les sources sont bien identifiées : fruits et légumes pour la vitamine C et les folates, produits céréaliers, viandes et oléagineux pour plusieurs vitamines du groupe B, poissons gras et jaune d’œuf pour une part de la vitamine D, légumes verts feuillus pour la vitamine K, produits animaux et caroténoïdes végétaux pour la vitamine A.[1][3][11]
Certaines périodes imposent toutefois un regard plus serré. Autour de la grossesse, la vitamine B9 occupe une place à part. L’ANSES rappelle qu’un apport de 600 µg par jour est nécessaire et qu’une supplémentation en acide folique doit débuter au moins quatre semaines avant la conception et se poursuivre jusqu’à douze semaines d’aménorrhée afin de réduire le risque de malformations du tube neural.[4] Cette hiérarchie des priorités distingue nettement la B9 d’autres vitamines plus souvent mises en avant dans le débat public, mais moins déterminantes dans cette fenêtre périconceptionnelle. Elle rappelle, en pratique, qu’une politique de prévention efficace repose moins sur l’accumulation de messages généraux que sur le ciblage des moments où un apport change réellement le pronostic.
La vitamine D reste, elle aussi, au centre des préoccupations cliniques. L’ANSES retient chez l’adulte un apport satisfaisant de 15 µg par jour, soit 600 UI.[1] Chez l’enfant, la question ne se résume pas à l’exposition solaire ou à une simple logique de confort nutritionnel : l’agence sanitaire a rappelé en 2025 qu’il convenait de recourir aux médicaments et non aux compléments alimentaires pour prévenir le risque de surdosage, en raison de plusieurs signalements d’intoxications chez des nourrissons.[5]
Des carences devenues plus ciblées, mais toujours cliniquement significatives
Dans les pays à hauts revenus, les grands tableaux carentiels historiques sont moins fréquents qu’autrefois, sans avoir disparu. La raréfaction de ces formes sévères ne doit pas masquer la persistance de vulnérabilités bien documentées. La carence en vitamine C, par exemple, reste rare sous sa forme scorbutique classique, mais des apports insuffisants peuvent encore s’observer dans des contextes de dénutrition, de précarité ou de restrictions alimentaires majeures.[1][10]
La vitamine B1 constitue un autre exemple de déficit devenu moins fréquent, mais redoutable lorsqu’il n’est pas identifié. Les tableaux de béribéri, de polynévrite ou de syndrome de Wernicke-Korsakoff surviennent surtout sur des terrains à risque, notamment alcoolisme chronique, dénutrition ou malabsorption.[9] La carence en vitamine B12, qui touche plus volontiers les personnes végétaliennes, les sujets âgés ou les patients présentant des troubles d’absorption, conserve également une portée hématologique et neurologique majeure.[1]
Pour la vitamine K, la carence clinique est inhabituelle chez l’adulte sain, mais le nouveau-né demeure une population à risque spécifique, justifiant la prévention néonatale du saignement par déficit en vitamine K.[6] Quant à la vitamine A, son intérêt de santé publique varie fortement selon les contextes géographiques : en France, le déficit sévère est rare, alors qu’à l’échelle mondiale il continue d’alimenter un fardeau sanitaire marqué, notamment chez l’enfant, avec un retentissement sur la vision et la mortalité infectieuse.[12]
Supplémentation : sortir du réflexe systématique
L’essor du marché des compléments alimentaires a largement diffusé l’idée qu’une vitamine serait, par nature, toujours bénéfique. Les données disponibles invitent à une lecture plus resserrée, plus clinique aussi, qui distingue les usages fondés sur des indications identifiées des consommations de convenance. La nutrivigilance coordonnée par l’ANSES recense des effets indésirables associés à des produits contenant vitamines, minéraux, extraits végétaux ou autres substances à visée nutritionnelle.[7] Les complications décrites vont de troubles digestifs ou cutanés à des atteintes plus sérieuses, selon les doses, les associations et le terrain du patient.
Ce point appelle une distinction nette entre supplémentation ciblée et consommation de routine. La première relève d’indications identifiées, comme la vitamine B9 en période périconceptionnelle ou la vitamine D chez certains nourrissons et enfants selon les recommandations de prise en charge.[4][5] La seconde procède souvent d’une promesse vague — fatigue, immunité, tonus — dont le niveau de preuve n’est ni homogène ni toujours convaincant en population générale. Ameli rappelle d’ailleurs que les compléments alimentaires peuvent contenir des vitamines et minéraux à des doses non dénuées d’interactions ou d’effets indésirables.[8]
La prudence s’impose d’autant plus pour les vitamines liposolubles, dont l’accumulation expose davantage au risque d’excès. La question ne consiste donc pas seulement à savoir si une vitamine est utile, mais à déterminer dans quelle indication, à quelle dose, pendant quelle durée et avec quel suivi.
Une approche pratique fondée sur l’alimentation et la hiérarchisation des besoins
Pour les professionnels de santé comme pour le grand public, la grille de lecture la plus robuste demeure simple : privilégier une alimentation variée, repérer les terrains à risque, cibler les supplémentations et éviter les extrapolations. Autrement dit, replacer les vitamines dans une logique de discernement plutôt que dans une rhétorique de surenchère.
Dans cette perspective, les ressources de synthèse disponibles dans les fiches techniques de nutrition peuvent être utilement complétées par les pages consacrées à la vitamine A, à la vitamine D, à la vitamine K, à la vitamine B1, à la vitamine B2 et à la vitamine C, qui permettent d’entrer plus finement dans les fonctions, les sources, les carences et les usages cliniques de chaque micronutriment.[3][5][6][9][10]
Références
1. ANSES, Les références nutritionnelles en vitamines et minéraux, 21 février 2025.
3. Caducee.net, La vitamine A.
5. Caducee.net, La vitamine D.
6. Caducee.net, Vitamine K : fonctions, apports, carences et usages cliniques.
7. ANSES, Tout savoir sur le dispositif de nutrivigilance.
8. ameli.fr, Les compléments alimentaires.
9. Caducee.net, Vitamine B1 : une vitamine discrète, un déficit aux conséquences majeures, 2025.
10. Caducee.net, La vitamine C ou Acide L-ascorbique.
11. ameli.fr, Vitamines et minéraux, 21 juin 2024.
12. OMS, Vitamin A deficiency.
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