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Antioxydants et prévention : beaucoup de questions

Pas forcément… De nombreuses maladies dégénératives sont liées à des phénomènes d'oxydation, causés par des radicaux libres (oxygène singulet, radical superoxyde, anion peroxyde, radical hydroxyle). Ces "espèces oxygénées réactives" produites par la respiration cellulaire, sont également générées lors des réactions immunitaires et sous l'effet d'oxydants environnementaux, comme le tabac ou la pollution. Pourquoi les craindre ? Parce qu'elles s'attaquent aux composés vitaux des cellules (lipides, protéines, ADN).

Stress oxydant et cancer

Pour s'en protéger, l'organisme dispose de moyens de défense. Les uns sont d'origine endogène, comme des enzymes (catalase, glutathion réductase, superoxyde dismutase) ou des facteurs spécifiques (glutathion, acide urique, coenzyme Q10), d'autres sont apportés par l'alimentation (caroténoïdes, vitamines C et E, sélénium...).

Il existe, normalement, un équilibre dynamique entre la production de radicaux libres et leur neutralisation par les systèmes de protection. Ce bel équilibre est parfois dépassé. Insuffisance d'apports en antioxydants, déficience des enzymes protectrices, augmentation de la production de radicaux libres… et l'organisme se trouve dans un état de "stress oxydatif ", ouvrant la porte à de nombreuses pathologies : infections, cancers, diabète, maladies auto-immunes (polyarthrite rhumatoïde, spondylarthrite ankylosante), maladies respiratoires, pathologies oculaires (cataracte, dégénérescence maculaire liée à l'âge), maladie d'Alzheimer...

En toute logique, on peut supposer que les antioxydants pourraient exercer un effet protecteur. Si la consommation de fruits et de légumes frais réduit les risques de cancer de 30 à 50 %, est-ce le fait des antioxydants qu'ils contiennent, comme la vitamine C et les caroténoïdes ?

Au plan épidémiologique, il existe un lien certain entre l'apport en vitamine C et la moindre survenue de divers cancers : cavité buccale, œsophage, estomac et, dans une moindre mesure, colon et poumon. Mêmes constations pour le ß carotène et les cancers du poumon et de l'estomac. Idem pour d'autres caroténoïdes comme la carotène, le lycopène (relation inverse avec les cancers de la prostate, du poumon et de l'estomac) ou la lutéine.

Et si les antioxydants n'étaient pas les bons candidats ?

Tous ont un point commun : ils sont antioxydants. Mais une association n'est pas une "relation de cause à effet". Vitamine C et caroténoïdes peuvent très bien n'être que de simples marqueurs de la présence d'autres éléments protecteurs apportés par les fruits et les légumes.

Les trois grandes études de supplémentation en ß carotène (voir Equation Nutrition n°5 de mai 2000) n'ont d'ailleurs démontré aucun effet bénéfique. Mauvais caroténoïde ? Mauvaise dose ? Durée de supplémentation insuffisante ? Administration à un stade inadéquat de la cancérogenèse ?

Le débat est largement ouvert.

On peut aussi se demander si, en définitive, les antioxydants sont réellement les bons candidats pour expliquer l'effet anticarcinogène des fruits et des légumes. Alors lesquels ?

Pourquoi pas les fibres : il existe une forte relation inverse entre l'apport en fibres et la survenue des cancers du colon ou du sein. Et les légumes en contiennent, des fibres !

Autres composés ? Les crucifères, par exemple, (chou, brocoli, chou-fleur, chou de Bruxelles) contiennent des composés soufrés capables d'induire la synthèse d'enzymes de détoxication et d'être, ainsi, anticarcinogènes.

Et le cœur dans tout ça ?

Passons aux maladies coronariennes. La consommation de fruits et de légumes pourrait réduire de 15 % leur survenue. En outre, il existe une relation inverse entre les niveaux d'apports en vitamine C et caroténoïdes et le risque coronarien. Malheureusement, la supplémentation en ß carotène ne protège pas plus de l'infarctus que du cancer… Alors ?

Et bien, encore une fois, les fruits et les légumes ne contiennent pas que des antioxydants et leurs effets cardio-protecteurs sont peut être liés à d'autres facteurs.

Pourquoi pas le potassium ? Il protège, c'est démontré, contre l'hypertension artérielle, qui est un facteur de risque majeur.

Autre candidat d'importance, l'acide folique, présent dans les légumes feuilles et les agrumes. Il réduit le risque cardio-vasculaire en luttant contre l'excès d'homocystéine dans le sang.

La piste du sélénium et de la vitamine E

Quid d'autres composés d'origine alimentaire, comme le sélénium ? Etudes de corrélation et expérimentations animales montrent qu'il peut protéger du cancer. L'étude des Professionnels de Santé a bel et bien retrouvé une forte relation inverse entre le statut en sélénium et le risque de cancer de la prostate (Yoshikawa K, J Natl Cancer Inst, 1998). A l'inverse du ß carotène, une supplémentation en sélénium ne semble pas dénuée d'intérêt : dans une récente étude contrôlée, 200 microgrammes de sélénium par jour ont réduit de 50 % la mortalité par cancer (Clark, JAMA, 1996).

En revanche, pour la vitamine E, les résultats sont moins probants même si cet antioxydant est inversement associé avec le risque d'adénome du colon. En fait, il semble que la vitamine E ne soit anticarcinogène qu'à des doses pharmacologiques (au moins 50 mg par jour). Coté cœur, la prise de cette vitamine est inversement corrélée au risque de maladie coronaire (en réduisant notamment l'oxydation des LDL). En outre, elle pourrait être utile aux diabétiques (diminution de l'hémoglobine glyquée et des triglycérides) et améliorerait les fonctions immunitaires chez les personnes âgées...

Mais là, ce n'est plus une question de fruits et de légumes (qui contiennent peu de vitamine E et de sélénium), mais bel et bien de supplémentation. Avec prudence, attendons les prochains résultats...

Sans oublier qu'une pilule par jour ne remplacera jamais l'extraordinaire diversité des fruits et légumes frais !

D'après : NJ Temple, Antioxidants and disease : more questions than answers, Nut Res. Vol 20, 3, 449-459, 2000

Dr Thierry Gibault

- Septembre 2000 - Source APRIFEL (Flash 2000 - Santé News)

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