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Un caroténoïde chasse l'autre

D'où l'intérêt croissant pour les antioxydants qui pourraient jouer un rôle préventif majeur sur ces pathologies. Les caroténoïdes font régulièrement l'objet de publications, aux conclusions parfois contradictoires. Preuve que leurs effets sont sans doute plus complexes qu'on ne le pensait…

4 actions majeures

Les caroténoïdes ?

Ce sont des pigments jaunes-orangés, présents dans les fruits et les légumes. Sur les 600 connus, on en retrouve une quarantaine dans notre assiette et une petite quinzaine a été identifiée dans le sang et les tissus.

Les plus étudiés à l'heure actuelle

: des carotènes, comme le bêta carotène ou le lycopène, et des pigments xanthophyles, comme la zéaxanthine et la lutéine. Si, comme le montre un nombre imposant d'études épidémiologiques, une consom-mation élevée de caroténoïdes réduit l'incidence de grandes pathologies, les mécanismes intimes de cette protection sont loin d'être élucidés.

Outre leur effet antioxydant

, désormais bien connu, on évoque une activité pro-vitaminique A (le bêta carotène est un précurseur de la vitamine A), la modulation de l'activité des lipo-oxygénases (des enzymes pro inflammatoires et immuno-modulatrices) et l'activation de l'expression de gènes, comme celui de la connexine 43, une protéine impliquée dans la communication cellulaire.

Mais on se demande également si, indépendamment de tout effet propre, les caroténoïdes ne seraient pas de simples marqueurs de la présence d'autres facteurs protecteurs présents dans les fruits et les légumes…

Une biodisponibilité variable

L'action antioxydante des caroténoïdes repose sur leur capacité à piéger l'oxygène singulet

(le lycopène est, à ce titre, l'un des plus puissants) et à neutraliser les radicaux peroxyls (selon un mode d'action sacrificiel). Leur type et leur concentration varient selon les fruits et les légumes : abricot, melon, carotte, potiron et patate douce sont riches en alpha et ß carotène; pomelos, tomate et pastèque en lycopène ; mangue, papaye, prune et orange, en lutéine et zéaxanthine ; les végétaux verts comme les haricots, les brocolis, les choux et choux de Bruxelles, le kiwi, la laitue, les petits pois et les épinards sont des sources de lutéine, de zéaxanthine d'alpha et de ß carotène. Le degré de maturité, les conditions de récolte et de stockage interviennent également.

Autre élément crucial,

leur biodisponibilité est fonction de nombreux facteurs

:

forme sous laquelle le fruit ou le légume est consommé (entier ou mixé), localisation du caroténoïde dans la structure du végétal, présence de fibres, comme la pectine, qui interfèrent avec son absorption intestinale. La biodisponibilité du lycopène est ainsi plus élevée dans la sauce tomate que dans les tomates fraîches et son assimilation est meilleure quand le jus de tomate est pasteurisé que quand il ne l'est pas.

D'une manière générale, le broyage et la cuisson des végétaux améliorent la biodisponibilité des caroténoïdes, qui sont peu sensibles à la chaleur.

Des preuves expérimentales

In vitro, l'effet antioxydant des caroténoïdes est bien documenté.

Ainsi, le ß carotène est moins antioxydant que la vitamine E. L'effet anti radicalaire dépend de la position et de l'orientation du caroténoïde au sein de la membrane cellulaire. Point essentiel : sous forte pression d'oxygène et à haute concentration, le ß carotène perd son effet protecteur et agit comme un pro-oxydant. Mélanger les caroténoïdes entre eux ou les associer à d'autres antioxydants comme la vitamine E, augmente nettement leur action antioxydante, par un phénomène de synergie, essentiel en nutrition préventive.

Les modèles animaux ne sont malheureusement pas très adaptés à l'étude in vivo des caroténoïdes, car les rongeurs les absorbent mal. Même si un bon nombre de caroténoïdes ont démontré des propriétés anti-athérogènes et anti carcinogènes chez la souris et le lapin, il est difficile d'extrapoler ces résultats à l'homme.

Etudes de supplémentation : un constat d'échec

D'où la nécessité d'études cliniques

. L'épidémiologie, d'observation et prospective, montre une relation inverse entre divers cancers (surtout aéro-digestifs) et des apports alimentaires, ou des taux sanguins, élevés de caroténoïdes. Idem pour les maladies cardio vasculaires.

Suite à ces constatations,

4 grandes études d'intervention ont été menées pour tester l'effet protecteur du ß carotène.

1994 en Finlande: l'étude

ABTC

analyse l'effet protecteur du ß carotène (20 mg/j) et/ou de la vitamine E (80 mg/j) sur le cancer du poumon chez des fumeurs. Les résultats sont reçus comme un coup de tonnerre : en 5 à 8 ans, le risque relatif de décès augmente de 8% et le risque d'angine de poitrine est majoré dans le groupe supplémenté.

La déception se confirme 2 ans plus tard, avec l'étude

CARET

aux Etats Unis, qui tempère elle aussi les premiers enthousiasmes. Population choisie : des femmes et des hommes à haut risque de cancer du poumon (grands fumeurs ou asbestose professionnelle). L'intervention ? Un supplément quotidien de 30 mg de ß carotène associé à de la vitamine A (25 000 UI) comparé à un placebo. Second coup de tonnerre : 17% d'augmentation du risque relatif de décès par cancer du poumon dans le groupe testé !

Vient ensuite la

Physician Health Study

(PHS) : 50 mg de ß carotène par jour pendant 12 ans chez des médecins hommes, dont certains grands fumeurs. Résultats neutres, cette fois-ci : effet zéro sur l'incidence des cancers, des maladies cardio-vasculaires ou sur la mortalité.

Citons la seule étude encourageante,

Chinoise

celle-ci, au Lixian, dont la population présente un taux remar-quablement élevé de cancer gastro-oesophagien et des carences micronutri-tionnelles diverses. Après 5 ans de supplémentation (15 mg de ß carotène, 30 mg d'a tocophérol, 50 mg de Sélénium), la mortalité par cancer a été réduite de 9% et celle par cancer de l'estomac de 21 %.

Que conclure des ces résultats contrastés ?

Mauvaises doses ? Mauvaise durée ? Mauvais moment pour supplémenter ? Tout est possible… En tout cas, il ressort que l'effet bénéfique du ß carotène ne survient qu'à doses physiologiques ou alimentaires, alors qu'il est plutôt délétère à doses pharmacologiques. Quand on l'apporte en excès, son accumulation, ou celle de ses métabolites, pourrait peut être expliquer son effet pro-carcinogène.

Le lycopène tiendra-t-il ses promesses ?

Pour cette raison sans doute, un autre caroténoïde,

le lycopène, est en train de voler la vedette au ß carotène.

Ainsi, la consommation de tomates crues, par le biais d'un bon statut en lycopène, nous protégerait des cancers oro-digestifs, en particulier de l'estomac, et du cancer de la prostate. Cet effet bénéfique sur le cancer a également été confirmé sur le risque d'infarctus, par une grande étude multicentrique, l'étude

EURAMIC

: le seul caroténoïde dont l'effet protecteur persiste de manière indépendante, après prise en compte des autres facteurs de risque cardio-vasculaire, est le lycopène. Quand on sait qu'il est consommé en quantité aussi abondante que le ß carotène, on comprend l'intérêt qu'il suscite aujourd'hui. Tiendra-t-il ses promesses ? L'avenir le dira. En attendant, les tomates ont de beaux jours devant elles !

D'après : ß carotene and other carotenoids as antioxydants, Journal of the American College of Nutrition, Vol. 18, N°5, 426-433, 1999.

Dr Thierry Gibault - Avril 2000 - Source APRIFEL (Flash 2000 - Santé News)

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