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Intégrer les services pour MST dans la planification familiale

Bon nombre de programmes de planification familiale offrent aujourd'hui diverses activités de prévention des MST. Il pourrait s'agir d'une éducation sur les signes et les symptômes de ces maladies, ou sur l'influence du choix d'une méthode de contraception sur la prévention des MST. D'autres activités pourraient inclure des séances de counseling destiné aux femmes pour leur apprendre à mieux communiquer avec leur partenaire et à discuter avec lui de questions sexuelles, ou encore d'une éducation des couples en matière de comportement sexuel et de risque de transmission des MST.

Les dispensaires de planification familiale forment aussi leurs personnels pour qu'ils puissent comprendre les facteurs sociaux, économiques et culturels affectant les décisions des femmes en matière de santé de la reproduction.

Pour le docteur Sunanda Ray, ancien chercheur attaché à l'école de médecine de l'université du Zimbabwe, "le sida est une réelle menace pour la famille. Si c'est une attitude responsable de vouloir planifier les familles, c'est aussi une attitude responsable de vouloir les protéger, et cette protection inclut la prévention contre toute forme de maladie. Il est important d'associer la planification familiale et la prévention des maladies dans les programmes de santé de la reproduction."

Eduquer les femmes sur les risques qu'elles courent, ainsi que sur les moyens de protection dont elles disposent, et leur apprendre à exprimer leurs besoins et leurs préoccupations sont des efforts essentiels à la réduction des infections dues aux MST et au sida, mais aussi de grossesse non désirée. Comme une grande part de l'information dispensée est aussi utile aux femmes pour contrôler leur fécondité, il semble logique aux spécialistes de regrouper les services de MST et des services de planification familiale.

"Tous ces aspects sont liés les uns aux autres", déclare le docteur Florence Tadiar de la Women's Health Care Foundation (WHCF) aux Philippines, dont les dispensaires ont offert, dès leur ouverture dans les années 1980, à la fois des services de planification familiale et des services pour MST. "Il faut avoir une vision globale de la femme et lui apprendre à protéger non seulement sa santé, mais aussi celle de ses enfants et de son mari."

Dans le monde entier, de nombreux programmes de santé cherchent à intégrer les services pour MST à ceux de la planification familiale avec comme objectifs l'éducation des femmes ; leur habilitation, afin de leur permettre de mieux communiquer avec leur partenaire ; et l'amélioration de leur santé reproductive. Trois programmes en cours en Asie, en Amérique latine et en Afrique illustrent les progrès de cette intégration.

Répondre aux besoins

Au Népal, la Chitwan Static Clinic a offert depuis 12 ans des services de planification familiale et de protection maternelle et infantile. En février 1996, ce dispensaire a débuté des services pour MST, dû en partie à la constatation par les agents de santé d'un nombre croissant de clientes souffrant d'infections de l'appareil reproducteur.

Dans le cadre d'un programme novateur, le dispensaire népalais offre les services de diagnostique et de traitement des MST en se basant sur leurs syndromes. Il a aussi entrepris un programme de prévention des MST au sein même des communautés. Au cours des 10 premiers mois, le dispensaire a ainsi pu traiter 416 femmes et 95 hommes atteints de MST et organiser des programmes éducatifs pour nombre d'autres personnes. Les services de MST du dispensaire de Chitwan sont gérés par la FPAN (Family Planning Association of Nepal) et soutenus par le Projet AIDSCAP de prévention et de lutte contre le sida de FHI.

"L'intégration des services de MST dans ceux de la planification familiale donne aux jeunes femmes népalaises une occasion d'utiliser ces services de santé pour les questions considérées ici comme délicates", écrivent Joy Pollock et Asha Basnyat du bureau népalais d'AIDSCAP. "Avant l'introduction de ces services, les femmes ne voulaient pas se rendre dans les hôpitaux publics ou dans les centres de traitement des MST soit par souci de confidentialité, soit par ignorance [c'est-à-dire, l'incapacité à reconnaître leurs symptômes]. Et les services obtenus auprès de prestataires privés peuvent être très chers."

Le dispensaire a constaté une augmentation considérable de la demande pour ces services, due surtout au bouche à oreille, et il attire maintenant les femmes des villages lointains.

Bien qu'aucune analyse rigoureuse n'ait été effectuée, les équipes de la FPAN et d'AIDSCAP estiment qu'en éduquant les femmes en matière de santé reproductive le programme contribue à les habiliter. Quand les femmes participent aux séances sur les MST, "c'est comme une révélation, elles découvrent que les symptômes de ces affections ne sont pas une fatalité de la condition féminine et qu'elles peuvent en être soulagées", indique Kari Hartwig du bureau régional d'AIDSCAP pour l'Asie situé à Bangkok.

Avec l'introduction des services de MST, le dispensaire de Chitwan a décidé d'ouvrir le dimanche et de prolonger ses horaires les jours ouvrables. Son personnel estime que ces changements facilitent la fréquentation du centre par les femmes à haut risque, comme les prostituées, qui peuvent ainsi venir à des heures peu utilisées par les clientes des services de planification familiale. Le programme a rencontré un tel succès que la FPAN est en train d'ouvrir deux nouveaux bureaux offrant des services de planification familiale et de MST.

Un effort éducatif en matière de prévention des MST, soulignant l'importance d'un changement de comportement et d'une meilleure communication entre partenaires, marque les activités de la planification familiale. Les "Journées sur le Dépo-Provera" illustrent cette influence. Ces journées permettent aux couples de venir se renseigner sur la méthode contraceptive injectable et les femmes le souhaitant peuvent aussi recevoir la méthode. Ces jours-là, le dispensaire est habituellement bondé de visiteurs. Et "c'est une excellente occasion de projeter un téléfilm sur le thème du VIH et du sida aux maris attendant leur femme", déclare le docteur Bijaya Neupane, qui dirige le dispensaire.

En complément des services prodigués dans ses locaux, le dispensaire a aussi mis en place un programme de pairs-éducateurs, afin de renseigner les femmes lors des visites à domicile sur les risques et les symptômes des MST et de leur distribuer des préservatifs masculins. En collaboration avec les professionnels de la santé communautaire qui concentrent leurs efforts sur l'éducation, la FPAN a formé des pairs-éducatrices à orienter les femmes pouvant nécessiter un traitement médical au dispensaire de Chitwan. En septembre 1996, 35 des 68 personnes traitées pour symptômes de MST avaient été dirigées par ces agents de santé communautaire.

Avant l'introduction des services de MST, le dispensaire de la FPAN proposait des préservatifs masculins comme moyen contraceptif. "Le programme était centré sur la planification familiale au sens traditionnel. Le préservatif était recommandé comme moyen de contraception et non comme moyen de prévention contre les MST", indique un rapport du docteur Bijaya Neupane. Aujourd'hui, la FPAN offre à ses clientes et à leur partenaire un counseling sur l'emploi des préservatifs comme méthode de prévention, non seulement d'une grossesse non désirée, mais aussi des MSTet du sida.

Pour pouvoir faire face à la demande accrue anticipée par l'offre des nouveaux services, la FPAN a recruté du personnel supplémentaire, dont une infirmière, un aide-soignant et un éducateur de santé. Le dispensaire a aussi formé les autres membres de son équipe (infirmières de planification familiale, personnel chargé du counseling, laborantins, aides-soignants et responsables sur le terrain) pour qu'ils soient capables de prodiguer des services de MST. C'est maintenant la même équipe qui éduque les clientes en matière de MST et qui forme le personnel sur le sujet de l'importance de la prévention des MST pour la santé familiale. Les experts recommandent que les directeurs impliquent leurs équipes lors du développement de nouveaux services et qu'ils leur apportent une formation continue.

Un des problèmes rencontrés par la FPAN est le fait que les femmes démunies n'ont pas les moyens d'acheter les médicaments nécessaires au traitement des MST. Si le dispensaire peut distribuer gratuitement de larges quantités de préservatifs masculins pour la prévention des MST, elle n'a cependant pas de ressources suffisantes pour pouvoir offrir les médicaments nécessaires à leur traitement. Le personnel du dispensaire espère trouver sur place des sources complémentaires capables d'acheter les médicaments dont ces clientes ont besoin.

Network, Hiver 1997, Volume 17, Numéro 2 .
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© Copyright 1999, Family Health International (FHI)


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