nuance

Mise à jour sur la contraception : Contraceptifs oraux et risques de cancer du sein

Selon les chercheurs de la Mayo Clinic et de l'université du Minnesota, ce risque est nettement plus élevé chez les femmes américaines ayant utilisé des contraceptifs oraux avant 1975 et ayant eu une mère ou une sur elle-même atteinte d'un cancer du sein. Les limites de cette étude n'ont pas permis d'examiner la période postérieure à 1975 pour la même population. Les chercheurs ont conclu qu'il faudra d'autres travaux pour pouvoir évaluer cette période et le risque associé. Leurs résultats ont été publiés dans le numéro du 11 octobre 2000 du Journal of the American Medical Association.1

Dans la majorité des pays, cela fait plus qu'une décennie que les pilules fortement dosées ne sont plus utilisées. Dans le cas où elles seraient toujours disponibles, les femmes devraient leur préférer les pilules faiblement dosées, surtout si les antécédents familiaux indiquent une prédisposition au cancer du sein. Aucune étude n'a encore établi de risque cancéreux pour une population quelconque avec les pilules à faible dose.

Avant 1975, les pilules contraceptives combinées associant strogène et progestatif contenaient des doses relativement importantes d'strogène. Dans bien des pays, leur emploi a été abandonné après l'apparition de formulations faiblement dosées, mais on a continué à les utiliser dans certaines régions. Les pilules fortement dosées qu'avaient prises les femmes incluses dans l'étude renfermaient jusqu'à 150 µg d'un strogène du nom de mestranol. La plupart des pilules commercialisées depuis 1975 contiennent 50 µg ou moins d'un autre strogène, l'éthinylstradiol.

L'étude a permis de suivre 394 surs et filles, ainsi que 3.002 petites-filles et nièces de femmes diagnostiquées avec un cancer du sein entre 1944 et 1952. Elle a aussi inclu 2.754 femmes s'étant mariées dans les familles de patientes atteintes d'un cancer du sein. Les participantes ont été interrogées entre 1991 et 1996.

Chez les surs et les filles de patientes atteintes d'un cancer du sein ayant utilisé les pilules fortement dosées avant 1975 et ayant eu trois parents consanguins aussi atteints d'un cancer du sein, le risque était presque cinq fois plus élevé que chez celles n'ayant pas pris ce type de pilule. Et avec cinq parents consanguins atteints d'un cancer du sein, le risque était plus de onze fois supérieur. Ces résultats sont similaires à ceux de travaux précédents établissant un lien entre susceptibilité familiale au cancer du sein et risque accru d û aux pilules contraceptives pour ce type de cancer.2

C'est chez les surs ou les filles de patientes atteintes d'un cancer du sein que les risques les plus marqués ont été constatés. A l'inverse, chez les petites-filles et les nièces, comme chez les femmes devenues membres de la famille par alliance, le risque trouvé n'était pas significativement plus important même en cas d'utilisation avant 1975 de pilules fortement dosées. En d'autres termes, des antécédents familiaux de cancer du sein ne signifient pas toujours qu'il existe un risque accru. Il est cependant possible que les taux de cancer relevés chez les petites-filles n'aient pas reflété la réalité, parce que ces sujets étaient encore jeunes au moment de l'étude et le cancer du sein se développe normalement à un âge plus avancé.

Effets protecteurs

Effets protecteurs

D'autres études ont montré que les contraceptifs oraux offrent une protection contre le cancer de l'ovaire, un cancer souvent fatal qui, au stade précoce, est plus difficile à dépister que le cancer du sein. L'effet protecteur peut se prolonger jusqu'à 15 ans après la dernière prise de la pilule. Chez les femmes ayant utilisé des contraceptifs oraux combinés pendant 4 ans, le risque de cancer de l'ovaire est inférieur de 30 % à celui existant chez celles n'ayant jamais employé la pilule. Ce risque chute de 60 % en cas d'usage de la pilule sur une période de 5 à 11 ans, et de 80 % pour une période d'utilisation de 12 ans ou plus.3

Certaines femmes dont la famille compte des antécédents de cancer de l'ovaire recourent à la pilule pour bénéficier de son effet protecteur et réduire leur risque. On a aussi montré que la pilule peut protéger contre le cancer de l'endomètre (cancer de la muqueuse utérine).4

La pilule offre aussi d'autres avantages pour la santé. Elle diminue le risque de grossesse ectopique et elle pourrait protéger contre la fragilisation osseuse (ostéoporose) et contre l'endométriose.5

Certaines femmes, pourtant, ne devraient pas utiliser les contraceptifs oraux combinés. Ces derniers sont à proscrire chez les grandes fumeuses âgées de plus de 35 ans, chez les femmes ayant une hypertension artérielle, chez celles présentant des antécédents de thrombose veineuse profonde, de crise cardiaque ou d'attaque cérébrale, ou encore chez celles âgées de plus de 35 ans et souffrant de migraines aiguës avec symptômes neurologiques focaux (troubles de la vision par exemple). De plus, l'emploi de la pilule n'est pas recommandé aux femmes atteintes de certaines affections, telles qu'un cancer du sein, des tumeurs bénignes du foie, un cancer du foie ou une hépatite virale active.6

-- Ellen Devlin

Notes

Notes

  1. Grabrick DM, Hartmann LC, Cerhan JR, et al. Risk of breast cancer with oral contraceptive use in women with a family history of breast cancer. JAMA 2000; 284(14):1791-98.
  2. Collaborative Group on Hormonal Factors in Breast Cancer. Breast cancer and hormonal contraceptives: collaborative reanalysis of individual data on 53,297 women with breast cancer and 100,239 women without breast cancer from 54 epidemiological studies. Lancet 1996;347(9017); 1713-27; Rosenberg L, Palmer JR, Rao RS, et al. Case-control study of oral contraceptive use and risk of breast cancer. Am J Epidemiol 1996; 143(1):25-37.
  3. Petitti DB, Porterfield D. Worldwide variations in the lifetime probability of reproductive cancer in women: implications of best-case, worst-case and likely-case assumptions about the effect of oral contraceptive use. Contraception 1992;45(2):93-104; Narod SA, Risch H, Moslehi R, et al. Oral contraceptives and the risk of hereditary ovarian cancer, N Engl J Med 1998;339(7):424-28.
  4. Harlap S, Kost K, Forrest JD. Preventing Pregnancy, Protecting Health: a New Look at Birth Control Choices in the United States. New York and Washington: The Alan Guttmacher Institute, 1991; Grimes DA, Economy KE. Primary prevention of gynecologic cancers. Am J Obstet Gynecol 1995; 172(1):227-35.
  5. DeCherney A. Bone-sparing properties of oral contraceptives. Am J Obstet Gynecol 1996;74(1): 15-20; Fortney JA, Feldblum PJ, Talmage RV, et al. Bone mineral density and history of oral contraceptive use. J Reprod Med 1994;39(2):105-9; Guillebaud J. Contraception Today: A Pocket Book for General Practitioners, Third Edition. London: Martin Dunitz, 1997; Speroff L, Darney P. A Clinical Guide for Contraception. Baltimore: Williams & Williams, 1996.
  6. Organisation mondiale de la Santé. Pour un meilleur accès à des soins de qualité en matière de planification familiale : Critères de recevabilité médicale pour l'adoption et l'utilisation continue de méthodes contraceptives. Genève : Organisation mondiale de la Santé, 1996.



img img  

Descripteur MESH : Tumeurs du sein , Contraceptifs , Contraceptifs oraux , Contraception , Risque , Femmes , Maladie , Histoire , Santé , Ovaire , Famille , Foie , Parents , Population , Hypertension artérielle , Emploi , Contraceptifs oraux combinés , Mestranol , Ostéoporose , Soins , Thrombose , Thrombose veineuse , Troubles de la vision , Tumeurs , Organisation mondiale de la santé , New York , Muqueuse , Minnesota , Migraines , Méthodes , Adoption , Membres , Hépatite , Grossesse , Endométriose , Endomètre , Association

PUBLICITE