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Santé mentale et Covid-19 : l’académie de médecine tire la sonnette d’alarme

illustrationL’académie de médecine a souhaité alerter les autorités de tutelle et les médecins de premier recours sur les conséquences multiples de la pandémie de la COVID-19 sur la santé mentale des patients, mais aussi des soignants ainsi qu’en population générale. Si 20 % des patients Covid-19 présenteraient des séquelles psychiques post-infection, les soignants en première ligne face à la crise sanitaire sont d’autant plus à risques de troubles psychosociaux qu’ils sont peu enclins à solliciter les dispositifs de soutien. L’académie de médecine appelle les professionnels de santé à la plus grande vigilance sur les patients précaires et isolés, enjoint le gouvernement à améliorer l’offre de soins en psychiatrie, et encourage les réseaux associatifs de soutien et les pratiques sportives dans le respect des mesures barrières.

20 % des patients Covid-19 présenteraient des séquelles psychiques post-infection

 
Plusieurs enquêtes rapportent des effets négatifs mesurables de la pandémie Covid-19 sur la santé psychique des personnes, aussi bien en population générale qu’en pratique clinique. Ces effets sont observés chez des malades ayant présenté les symptômes de Covid-19. Au-delà de l’épisode infectieux, au moins 20 % d’entre eux portent des séquelles psychiques : trouble anxieux chronique, état de stress post-traumatique, pathologie dépressive [1]. Les perturbations neuro-inflammatoires provoquées par le virus pourraient en être l’un des déterminants. Elles pourraient également altérer plus tard la qualité du vieillissement cérébral.

En première ligne face à la pandémie, les soignants sont reconnus à risque de présenter des troubles psychiques [2], en particulier des troubles anxio-dépressifs et un état de stress post-traumatique, ce qui souligne la nécessité de prendre en compte cette dimension qui pourrait à terme dissuader les vocations [3].

Au mois de novembre, une enquête de Santé Publique France constate un taux de 20 % de symptômes dépressifs en population générale [4]. Ces données sont toujours difficiles à interpréter du fait de l’influence possible de variations saisonnières et de l’imperfection des instruments psychométriques utilisés. Il semble cependant avéré que les personnes inactives ou en situation financière précaire, les étudiants, les personnes avec antécédents de troubles psychiques ou porteuses de handicap sont particulièrement exposées au risque de trouble dépressif. 

La pandémie de la Covid-19 induit un ensemble d’évènements négatifs qui mettent en jeu les capacités de résilience collectives et individuelles autant qu’ils révèlent des vulnérabilités en particulier psychiques. Il importe que soient prises en compte les fragilités particulières inhérentes à certaines conditions de vie : isolement professionnel, social, affectif, situation de handicap [5]. Ce sont des facteurs puissants de mise à jour de vulnérabilités individuelles jusque-là méconnues conduisant à des décompensations aiguës ou durables.

À l’opposé, il ne faut pas considérer que toute expression d’une souffrance psychique relève d’un trouble psychiatrique avéré. Il convient ainsi de souligner qu’aucune enquête ne rapporte un accroissement du taux de tentatives de suicide ou de suicides [6], ce qui peut s’expliquer par le sentiment collectif d’appartenance à une communauté confrontée à un même ennemi, aujourd’hui le coronavirus. 

L’Académie nationale de médecine recommande :
– de faire la part entre inquiétude, tristesse, voire désarroi, tels que toute trajectoire de vie en connaît, notamment lors d’une pandémie virale, et la maladie dépressive identifiée par un examen médical justifiant la mise en œuvre d’un un traitement spécifique ;
– de porter une attention particulière aux situations de précarité et d’isolement capables de mettre à mal les capacités de résilience et de révéler les fragilités individuelles. Dans ce contexte, il est essentiel d’encourager les réseaux associatifs de soutien aux personnes ;
– dans le respect strict des règles sanitaires, d’encourager les activités sportives et le maintien des relations avec les proches, quel que soit leur âge (y compris les résidents en EHPAD et les personnes en situation de handicap) ;
– d’inciter les professionnels soignants de première ligne à une vigilance concernant l’état psychique de leurs patients, notamment au décours d’une infection par le coronavirus, afin d’identifier les perturbations justifiant une démarche diagnostique et thérapeutique ;
– d’améliorer l’organisation de l’offre de soins en psychiatrie en accroissant les capacités d’accueil et d’écoute capables de renforcer la résilience des personnes tout en veillant à la vulnérabilité particulière des patients ayant des antécédents de maladie psychique, ce qui requiert une prise en compte par les autorités administratives et un engagement des professionnels de la psychiatrie.

 

  1. Taquet M et coll., Bidirectional associations between Covid-19 and psychiatric disorder : retrospective cohort studies of 62.354 C0VID-19 cases in the USA, Lancet Psychiatry, 9 nov 2020 , https://doi.org/10.1016/S2215-0366(20)30462-4
  2. El Hage W et coll., Les professionnels de santé face à la pandémie de la maladie à corona virus (COVID-19) : quels risques pour leur santé mentale ? Encéphale, 2020, 46 (3), S73-S80
  3. Communiqué de l’Académie nationale de médecine « Suivi des soignants impliqués dans la prise en charge de la Covid-19 », 8 juin 2020
  4. Santé Publique France : COVID-19 : point épidémiologique du 1é novembre 2020
  5. gouv.fr, octobre 2020
  6. Leske S et coll., Real-time suicide mortality data from police reports in Queensland, Australia , during the Covid-19 pandemic : an interrupted time-series analysis , Lancet Psychiatry, 16 novembre 2020 https://doi.org/10.1016/S2215-0366(20)30435-1

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