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Les problèmes de santé mentale, en augmentation en 2020, impactent fortement l’activité des généralistes

illustrationLa DREES publie deux nouvelles études éclairant la santé mentale de la population française et les motifs de consultations de généralistes en 2020 et 2021 :– Une première étude s’intéresse à la santé mentale en 2020. Elle analyse l’évolution des syndromes dépressifs dans la population entre mai et novembre 2020, présente des indicateurs de comportements suicidaires et pointe les sous-groupes les plus à risques tels que les jeunes et plus particulièrement les jeunes femmes (DREES, Etudes & Résultats, 1210) ;– Une deuxième étude se focalise sur le suivi de l’activité des médecins généralistes (DREES, Etudes & Résultats, 1209). Elle montre qu’au printemps 2021, bien que l’augmentation des demandes de soins liés aux questions de santé mentale se stabilise par rapport à 2020, l’activité des généralistes dédiée à la santé mentale demeure supérieure à ce qu’elle était avant la crise sanitaire.


Les taux de syndromes dépressifs baissent entre mai et novembre 2020 pour retrouver des niveaux proches de ceux de 2019, sauf chez les jeunes

Après une hausse en mai 2020, la prévalence des syndromes dépressifs de la population âgée de 15 ans ou plus retrouve en novembre 2020 son niveau de 2019. Cette diminution des syndromes dépressifs entre mai et novembre 2020 est portée par une forte baisse des syndromes dépressifs mineurs, possiblement conjoncturels à la situation de mai 2020 qui correspond à la fin du premier confinement. Les taux de syndromes majeurs, plus graves, demeurent plus élevés en novembre 2020 par rapport à 2019, du fait de taux élevés chez les 15 – 34 ans et tout particulièrement chez les jeunes femmes. Ainsi, en novembre 2020, les femmes âgées de 15 à 24 ans sont deux fois plus nombreuses qu’en 2019 à présenter un syndrome dépressif (24 % en nov. 2020 contre 11 % en 2019) et trois fois plus nombreuses à présenter un syndrome dépressif majeur (13 % en nov. 2020 contre 4 % en 2019).

Une personne sur cinq a présenté un syndrome dépressif en mai ou en novembre 2020 dont une sur vingt qui présentait un tel syndrome en mai et en novembre. Les jeunes femmes de 15 à 24 ans sont plus concernées par la persistance d’un syndrome dépressif que le reste de la population puisque plus d’une sur dix a présenté un tel mal-être sur les deux périodes, mai et novembre 2020.

À caractéristiques sociales et économiques équivalentes, les femmes, les personnes présentant des difficultés économiques, notamment en lien avec la situation sanitaire, celles dont la santé est dégradée ou qui ont subi des symptômes de la covid-19 sont plus à risque de présenter des syndromes dépressifs en novembre 2020. C’est également le cas des personnes subissant des agressions verbales ou physiques de la part de leur conjoint, celles ne faisant pas confiance au gouvernement pour régler la crise et celles estimant que leur génération est injustement sacrifiée dans la gestion de celle-ci. Les fumeurs et les personnes consommant de l’alcool quotidiennement ont également une probabilité plus forte de présenter un syndrome dépressif.


Des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois déclarés par 3 % de la population générale

En novembre 2020, 5 % des personnes âgées de 15 à 24 ans déclarent « avoir pensé à se suicider » au cours des douze derniers mois. La fréquence de ces pensées suicidaires dans la population diminue au fil des âges pour concerner 1 % des personnes âgées de 65 ans ou plus. 4 % de la population déclare avoir fait une tentative de suicide au cours de sa vie et, pour 0,2 %, celle-ci a eu lieu dans les 12 derniers mois.


Ces pensées suicidaires concernent tout particulièrement les personnes confrontées à une situation difficile ou dégradée par la crise sanitaire, les personnes présentant des symptômes de la Covid-19, celles porteuses d’un handicap ou déclarant une mauvaise santé, les étudiants et les chômeurs ainsi que les consommateurs réguliers de cannabis.

Baisse de la consommation d’alcool quotidienne, faible prévalence de consommation régulière de cannabis mais hausse de la prise de psychotropes

8 % de la population âgée de quinze ans ou plus consomme quotidiennement de l’alcool en novembre 2020, 4 % des femmes et 12 % des hommes, des proportions en légère baisse par rapport à mai 2020 où cela concernait plus de 9 % des personnes interrogées, une baisse qui concerne plus particulièrement les personnes âgées de 15 à 65 ans.


Par rapport aux données de référence, la consommation régulière de cannabis, déclarée par 1 % des personnes âgées de 15 ans ou plus en novembre 2020, parait faible. Des recherches à venir devront explorer si cela correspond à une diminution structurelle de la consommation ou plus conjoncturelle à l’année 2020.


En mai 2020, 10 % des répondants déclaraient consommer des médicaments « en lien avec des problèmes d’anxiété, de sommeil ou de dépression », une proportion qui augmente à 12 % en novembre et qui concerne principalement les femmes et les personnes âgées de 15 à 34 ans.

Printemps 2021 : hausse des demandes de soins liées à la santé mentale par rapport à avant l’épidémie de Covid-19

Depuis le début de la crise sanitaire en France, on constate également une forte augmentation de l’usage de médicaments antidépresseurs, anxiolytiques et hypnotiques à partir de l’utilisation des données de remboursement de l’Assurance maladie. Entre janvier et avril 2021, le nombre de patients prenant ce type de traitement pour la première fois depuis un an est plus élevé de 15 % à 26 % pour ces trois classes de médicaments par rapport à l’attendu estimé en fonction des consommations des années précédentes (Weill, et al., 2021).

De la même façon, les consultations chez les médecins généralistes pour ce motif sont en hausse depuis le début de l’épidémie de Covid-19. En avril-juillet 2021, les demandes de soins pour stress, troubles anxieux ou dépressifs restent plus soutenues qu’avant l’épidémie de Covid-19 : 72 % des médecins généralistes estiment que ces demandes sont plus fréquentes qu’à l’ordinaire.

Comme cela a été observé fin 2020, les médecins jeunes déclarent plus souvent réaliser plus de consultations pour les motifs liés à la santé mentale (84 % des médecins de moins de 50 ans constatent une hausse de ces consultations, contre 71 % des 50-59 ans et 64 % des 60 ans ou plus). Cela pourrait peut-être s’expliquer par la composition de la patientèle des médecins : les médecins plus jeunes reçoivent en moyenne des patients plus jeunes, pour lesquels la santé mentale s’est plus souvent dégradée depuis le début de l’épidémie de Covid-19.


Sources et méthodes

L’étude sur la santé mentale de la population française lors du premier confinement se base sur les résultats des enquêtes EpiCov et EHIS.
L’enquête EpiCoV a été élaborée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), en collaboration avec Santé publique France et l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) dans le contexte de la pandémie de Covid-19. Son objectif est d’estimer la dynamique de l’épidémie à un niveau national et départemental ainsi que d’étudier les répercussions du confinement et de l’épidémie sur les conditions de vie et la santé. 135 000 personnes âgées de 15 ans ou plus y ont répondu. Trois volets d’EpiCov ont eu lieu à ce jour, en mai et novembre 2020 et en juillet 2021, les données de ce dernier volet sont en cours d’analyse.
L’enquête de santé européenne EHIS est réalisée tous les six ans environ dans tous les pays de l’Union européenne.

Le quatrième Panel d’observation des pratiques et des conditions d’exercice en médecine générale est une enquête menée en France entière, hors Mayotte, par la Direction de la recherche des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), les Observatoires régionaux de la santé (ORS) et les Unions régionales des professions de santé-médecins libéraux (URPS-ML) des régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Pays de la Loire, auprès de 3 300 médecins généralistes libéraux, installés au 1er janvier 2018, ayant au moins 200 patients dont ils sont le médecin traitant et sans mode d’exercice particulier exclusif (comme homéopathe ou acupuncteur).
Cette vague d’enquête a été menée par internet entre le 23 avril et le 16 juillet 2021, après quatre autres interrogations sur la crise sanitaire menées en 2020. Plus de 1 550 médecins y ont répondu.

Les demandes de soins liés à la santé mentale restent plus fréquentes au printemps 2021

Une dégradation de la santé mentale chez les jeunes en 2020

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