Simplebo 2026

Une nouvelle majoration pour les consultations médicales alourdies par l’autodiagnostic numérique

Une nouvelle majoration pour les consultations médicales alourdies par l’autodiagnostic numérique À la faveur de la reprise du dialogue conventionnel entre l’Assurance Maladie et les syndicats de médecins libéraux, une nouvelle cotation pourrait bientôt apparaître dans la nomenclature : la majoration de recadrage clinique ou MRC. Destinée à valoriser le temps passé à reprendre, corriger et rehiérarchiser des hypothèses déjà formulées par le patient avant son arrivée au cabinet, cette mesure vise à optimiser le temps médical et à réduire les déserts médicaux.

À retenir (lecture rapide)

* Une majoration de 10 € viserait les consultations allongées par un autodiagnostic numérique déjà structuré.

* Le dispositif rémunérerait le temps consacré à corriger une information médicale incertaine ou mal hiérarchisée.

* La mesure s’inscrirait dans la reprise du dialogue conventionnel entre la CNAM et les syndicats médicaux.

* En toile de fond, l’enjeu porte sur la qualité de l’information et son intégration dans le temps clinique.

Une majoration présentée comme un premier marqueur de la reprise conventionnelle

Les syndicats médicaux auraient obtenu l’ouverture d’un chantier sur le temps médical englouti par les autodiagnostics en ligne. Les médecins pourraient ainsi facturer un supplément lorsque la consultation se transforme en exercice de recadrage.

Le dispositif, provisoirement désigné sous l’intitulé MRC, pour majoration de recadrage clinique, ferait partie des arbitrages obtenus dans les discussions sur les nomenclatures et la classification commune des actes médicaux. Son montant serait fixé à 10 €. L’Assurance maladie en prendrait en charge les trois quarts. Le reste serait laissé au patient ou à sa complémentaire, selon les règles habituelles. Son entrée en vigueur est, à ce stade, évoquée pour le 1er juillet 2026, sous réserve du cadrage technique et de son intégration dans les outils de facturation.

Le texte prévoirait que la majoration ne puisse pas être facturée en cas de simple question après une lecture sur internet. Elle viserait, en revanche, les consultations où le praticien doit reprendre un raisonnement pseudo-clinique déjà construit. L’objectif affiché serait moins de décourager l’usage du numérique que de reconnaître un travail de tri et de pédagogie devenu fréquent en médecine de premier recours.

Des usages numériques désormais intégrés au parcours des patients

Le projet trouve un écho direct dans des pratiques déjà bien documentées. En France, Santé publique France relevait en mai 2024 que 72 % des personnes interrogées avaient des difficultés pour « accéder, appréhender et utiliser les informations de santé en ligne »[1]. La circulation de l’information est massive, mais sa compréhension reste inégale.

Le phénomène s’est encore déplacé avec l’essor des outils conversationnels. Une étude OpinionWay réalisée pour MMA et relayée en septembre 2025 indiquait que 55 % des Français recherchaient leurs symptômes sur internet avant toute démarche médicale, tandis que 11 % à 12 % déclaraient recourir à l’intelligence artificielle pour s’informer ou analyser leurs symptômes[2][3]. Chez les 18-24 ans, l’usage atteignait 27 %[2]. Pour les praticiens, l’autotriage numérique n’est donc plus marginal, mais une séquence familière de la consultation.

Une consultation plus longue, plus technique, moins linéaire

À mesure que les patients arrivent avec des hypothèses déjà formulées, la consultation change de nature. Une première séquence consiste à reprendre l’édifice construit en amont : symptômes surinterprétés, pathologies rares jugées plausibles, examens spécialisés tenus pour nécessaires. Une seconde rétablit le temps clinique proprement dit, celui de l’interrogatoire, de l’examen et de la hiérarchisation des hypothèses.

La Haute Autorité de santé rappelle de longue date que les patients recherchent sur internet des informations pour mieux comprendre leur maladie, leur traitement ou leur parcours, sans toujours évoquer spontanément cette démarche avec le praticien[4]. Le médecin ne se borne donc plus à répondre à une plainte initiale : il doit aussi arbitrer entre des contenus de qualité très variable, corriger des conclusions hâtives et reposer les bases d’un raisonnement clinique recevable. Un généraliste le résume d’une formule qui en dit long sur l’évolution des consultations : « On voit arriver des patients qui ne disent plus “j’ai mal au ventre”, mais “mon agent conversationnel a déjà éliminé quatre causes hépatiques et suggère une IRM en urgence”. Le temps de revenir à une simple gastro-entérite, la consultation a déjà changé de rythme. »

Un signal envoyé aux syndicats sur la valorisation du temps médical

L’inscription d’un tel supplément dans l’agenda des discussions serait cohérente avec la méthode retenue par la CNAM depuis la reprise du dialogue conventionnel annoncée le 22 janvier 2026. L’Assurance maladie a alors remis sur la table cinq chantiers, parmi lesquels le déploiement de la convention 2024, les arrêts de travail, l’OPTAM, l’imagerie et les travaux autour de la nouvelle CCAM[5]. Sous couvert d’anonymat, un représentant de l’Assurance maladie résume la logique du dispositif : « Il ne s’agit pas de faire payer l’usage d’internet, mais de reconnaître le temps médical consommé quand l’information trouvée en ligne doit être démontée, vérifiée puis réinscrite dans un raisonnement clinique. »

Dans cette perspective, la MRC apparaîtrait comme un premier signal politique. Côté syndicats, on assume une demande ancienne. « Nous demandions depuis plusieurs mois que le temps perdu à déconstruire des pseudo-diagnostics élaborés en amont soit enfin reconnu comme du temps médical à part entière », glisse un responsable syndical impliqué dans les discussions. Il voit dans cette avancée « un marqueur concret de la reprise conventionnelle ».

Les premières projections qui circulent dans la négociation tableraient en effet sur 11 à 14 millions de consultations éligibles par an, avec une concentration marquée en médecine générale, mais aussi dans certaines spécialités de premier recours. À raison d’une majoration de 10 euros appliquée à ces seuls actes, le gain brut annuel moyen pourrait approcher 6 000 à 8 500 euros pour un généraliste urbain et dépasser 10 000 euros dans certains bassins où la patientèle est plus jeune, plus connectée et plus coutumière de l’autotriage numérique. Ces projections, bien qu'encourageantes, restent suspendues au taux de rejet prévisible des caisses lors des contrôles a posteriori.

Pour les syndicats, cet ajustement dépasse la seule question tarifaire. « C’est un levier de revalorisation que la profession attendait depuis plusieurs années, parce qu’il rémunère enfin une charge invisible qui a explosé sans jamais entrer dans les cotations », estime un représentant d’un syndicat de médecins libéraux. Selon lui, le dispositif pourrait aussi produire un effet indirect sur l’accès aux soins. « Lorsque le patient arrive avec un diagnostic déjà figé, la consultation se rallonge, se tend et désorganise la suite de la journée. Si ce temps est reconnu, mieux cadré et mieux expliqué, on fluidifie les prises en charge. À terme, cela peut contribuer à réduire la durée moyenne des consultations les plus brouillées et à redonner de l’attractivité à l’exercice libéral. »

Une mesure calibrée pour les consultations les plus complexes

Le projet distingue plusieurs niveaux de situation. La MRC serait réservée au médecin traitant ainsi qu’aux spécialistes de premier recours, au premier rang desquels les pédiatres, gynécologues médicaux, ophtalmologues, psychiatres et gynécologues-obstétriciens lorsqu’ils sont consultés en accès direct. Elle ne pourrait pas être facturée en téléconsultation. Son emploi supposerait une mention dédiée dans le dossier médical, avec traçabilité de la reprise d’un autodiagnostic numérique structuré et du temps de recadrage clinique qu’il a nécessité. Enfin, le dispositif serait exclu pour les patients de moins de 16 ans, l’Assurance maladie considérant que la démarche relève alors davantage de l’accompagnement parental que d’un mésusage autonome de l’information médicale.

Elle ne serait ni cumulable avec une majoration de consultation complexe déjà existante, ni mobilisable lors d’une simple demande d’avis après lecture d’un article de prévention ou d’une fiche patient.

Au-delà de l’enjeu tarifaire, la mise en œuvre de la MRC ouvrirait un autre front, plus technique : celui de la preuve. Comment établir qu’une consultation a bien été alourdie par un autodiagnostic numérique ? Parmi les pistes évoquées entre la CNAM et les éditeurs de logiciels de gestion de cabinet, figure l’intégration d’un module permettant de verser au dossier patient un extrait de l’échange ayant servi de base au raisonnement présenté en consultation. Une simple capture d’écran ne suffirait toutefois pas à ouvrir droit à la majoration, pas plus qu’un historique de recherche commençant par « mal de tête » et se terminant, onze minutes plus tard, par « maladie neurologique rare ». Si les autorités sont prêtes à reconnaître le temps de recadrage clinique, elles tiennent aussi à éviter les effets d’aubaine autant que faire se peut.

Pour ouvrir droit à la majoration, le praticien devrait pouvoir attester que l’autodiagnostic reposait sur un outil grand public non référencé par la HAS. « Nous ne voulons pas pénaliser la curiosité médicale, mais les usages qui injectent dans la consultation des contenus instables ou cliniquement trompeurs », glisse un proche du dossier. Cette exigence commence déjà à faire grincer des dents : elle ajouterait une couche de traçabilité numérique à un dispositif censé, précisément, reconnaître le temps médical perdu à remettre de l’ordre.

Certaines associations de patients s’inquiéteraient déjà d’un effet de tri implicite, avec le risque de voir émerger une consultation plus coûteuse pour les publics les plus connectés, précisément ceux qui arrivent déjà avec le plus d’informations — bonnes ou mauvaises. 

Une reconnaissance implicite des tâches invisibles

Derrière l’ajout d’un supplément tarifaire, c’est une autre transformation qui se dessine : celle de la consultation comme lieu d’arbitrage entre savoir accessible et savoir médicalement utilisable. Le mouvement ne dit pas seulement quelque chose du comportement des patients ; il met aussi en lumière l’empilement des tâches invisibles qui pèsent déjà sur le temps soignant.

Dans un système contraint par les difficultés d’accès aux soins, cette reconnaissance serait loin d’être anodine. Elle reviendrait à admettre que l’information médicale ne se contente plus de circuler autour de la consultation : elle y entre désormais avec ses angles morts, ses excès de confiance et ses effets de bord sur un temps médical déjà largement amputé par le temps administratif.

Références

1. Santé publique France, « Information en santé : quelles sont les difficultés des Français », 22 mai 2024.

2. What’s up Doc, « 55 % des Français “googlisent” leurs symptômes, 12 % passent par l’IA », 9 septembre 2025.

3. Le Quotidien du Médecin, « 55 % des Français ont déjà utilisé un moteur de recherche pour s’informer sur leurs symptômes », 12 septembre 2025.

4. Haute Autorité de santé, « La recherche d’informations médicales sur Internet » ; et « Internet santé et vos patients ».

5. Assurance maladie, « Reprise des discussions entre l’Assurance maladie et les syndicats représentatifs des médecins libéraux », 22 janvier 2026 ; Caducee.net, « Reprise du dialogue conventionnel : cinq chantiers rouvrent avec les médecins libéraux », 30 janvier 2026 ; Egora, « Les syndicats de médecins libéraux reprennent le dialogue conventionnel avec la Cnam », 22 janvier 2026.

Descripteur MESH : Temps , Maladie , Syndicats , Médecins , Santé , Patients , Internet , France , Démarche , Lecture , Recherche , Soins , Travail , Santé publique , Médecine , Négociation , Front , Entérite , Assurance maladie , Assurance , Emploi , Diagnostic , Risque , Comportement , Personnes , Moteur de recherche , Mouvement , Confiance , Classification , Logique , Nature , Compréhension , Politique , Tête , Lumière , Médecine générale

Pratique médicale: Les +