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Dépistage systématique de l'hépatite C : 972 F par cas dépisté chez les toxicomanes.

Le dépistage de l’hépatite C par les médecins généralistes français pourrait être coût-efficace pour les toxicomanes par voie intraveineuse et dans une moindre mesure chez les personnes transfusées avant 1990, indique une étude présentée à l’ICAAC par des médecins et chercheurs lyonnais.

Le Pr Jacques Fabry (Université Claude-Bernard, Lyon) et ses collaborateurs sont parvenus à cette conclusion au terme d’une étude menée en médecine générale. Il s’agit de la première étude de dépistage systématique jamais réalisée en France dans un tel contexte.

En effet, les travaux antérieurs n’ont porté que sur des populations ciblées telles que les femmes enceintes, les assurés sociaux de centres de santé, les donneurs de sang, les patients hémodialysés, les malades admis dans des services d’urgence, hébergés en institution psychiatrique, ou hospitalisés dans des services de médecine interne ou de maladies infectieuses.

Cette étude a été conduite par des médecins généralistes volontaires sur une période de six mois, à raison de 6 jours chacun. Elle a fait appel à 271 praticiens qui ont demandé à leurs patients tout-venant, âgés de 18 à 69 ans et dont l’état clinique ne nécessitait pas de soins urgents, de compléter un questionnaire relatif aux facteurs de risque supposés et de bien vouloir se soumettre à un test diagnostique ELISA en plus d’un dosage sanguin des transaminases (ALAT).

Au total, 11.805 patients ont été inclus dans l’étude, dont 101 (0,9%) avaient déjà une sérologie virale C positive. Le questionnaire a été rempli par 85% des patients. Soixante pour cent de l’ensemble des sujets ont eu un test ELISA dont 55% chez les toxicomanes.

Globalement, la prévalence du VHC dans ce vaste échantillon de patients était de 1,9%, un chiffre conforme à ce que l’on estime être aujourd’hui la prévalence au niveau national au travers d’enquêtes séroépidémiologiques menées dans certaines sous-populations

L’analyse par régression logistique des données recueillies par les investigateurs lyonnais révèle l’existence de trois groupes à risque significatifs : les toxicomanes par voie intraveineuse, les personnes transfusées avant 1990, et celles qui présentent un taux élevé de transaminases.

L’étude a montré que les drogués par voie IV ont représenté 33% des sujets VHC+ dépistés. L’ensemble formé par les toxicomanes et les personnes ayant reçu des produits sanguins avant 1990 comptait, lui, pour 60% des cas dépistés. Enfin, les drogués par voie IV, les personnes ayant reçu des produits sanguins et les sujets ayant transaminases élevées représentaient 73% des sujets trouvés séropositifs pour le VHC.

Les autres patients (27% de l’échantillon) constituent un groupe très disparate, comprenant aussi bien des sujets ayant eu une endoscopie, subi une intervention chirurgicale, ou effectué une séjour dans un pays tropical.

Un coût de 9.000 F par cas dépisté chez les ex-tranfusés

Cette étude a permis, en rapportant le coût global des sérologies effectuées au nombre de patients trouvés séropositifs pour le VHC, de préciser le coût par cas dépisté dans chacune des trois catégories identifiées de patients à risque.

Le coût par cas dépisté chez les toxicomanes a ainsi été évalué à 972 Francs et à 18.500 Francs chez les seuls transfusés avant 1990. Il a été estimé à près de 9.000 Francs lorsque le dépistage sytématique intéresse à la fois les toxicomanes et les transfusés et à 40.000 Francs par cas dépisté lorsque le dépistage concerne les trois catégories identifiées (patients toxicomanes et/ou ex-transfusés et/ou avec ALAT élevées).

“Il apparaît donc que les toxicomanes pourraient représenter la catégorie de patients la plus susceptible de bénéficier d’un dépistage sérologique systématique de l’hépatite C. Au vu du coût par cas dépisté chez les transfusés, il semble que le rapport coût-bénéfice soit malgré tout encore satisfaisant dans cette catégorie de patients”, commente le Dr Frédéric Sahajian (Université Claude-Bernard, Lyon), coauteur de la communication présentée à l’ICAAC.

A cette analyse sur les mérites respectifs d’un éventuel dépistage systématique dans ces catégories de sujets à risque devrait évidemment s’ajouter une indispensable réflexion médico-économique sur la prise en charge thérapeutique en cas de sérologie virale C positive.

Prochaine campagne de dépistage dans le Rhône

“Suite à cette étude, une action d’évaluation des aspects opérationnels d’une campagne de dépistage de l’hépatite C a été décidée. Elle devrait débuter d’ici le début de l’an 2000 dans le département du Rhône”, confie-t-on à l’ADHEC (Association pour l’étude du dépistage de l’hépatite C).

A l’origine de l’étude, cette association présidée par le Pr Maurice Sepetjan regroupe le pôle de référence VHC de Lyon (Pr Christian Trépo), le laboratoire de santé publique et d’épidémiologie, la C.P.C.A.M de Lyon, le service médical de l’assurance maladie, ainsi que des médecins généralistes et des biologistes.

Nul doute que les autorités sanitaires ne manqueront pas d’analyser de près les résultats de cette action sur le terrain qui devra exiger une très large participation des médecins généralistes pour avoir une chance de dégager des conclusions valides, éventuellement transposables au territoire national.

Source : 39th ICAAC (Interscience Conference on Antimicrobial Agents and Chemotherapy), San Francisco, un congrès de l’American Society for Microbiology. 26-29 septembre 1999 .

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