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Démographie et activité des professionnels de santé : point de situation sur les principales évolutions récentes

L’Assurance Maladie publie dans deux publications récentes (Point Stat n°40, Carnets Statistiques n°110) une analyse détaillée de l’évolution récente de la démographie et de l’activité des 255 000 professionnels de santé libéraux. Ces données sont particulièrement utiles pour mieux réguler les évolutions futures du système de soins : installation des professionnels de santé dans les régions « déficitaires », coordination des soins entre professionnels, etc…

4 grandes tendances se dégagent à moyen terme : un accroissement des effectifs des professionnels de santé marqué par la permanence de fortes disparités régionales , une augmentation soutenue des honoraires perçus qui s’explique en partie par une activité en croissance.

1. Le nombre de professionnels de santé a fortement augmenté depuis les années 1980

Le nombre d’omnipraticiens s’est accru de 38 % depuis 1980 et le nombre de spécialistes de 67 %, dans le même temps la population n’a globalement augmenté que de 11 %*.

Cependant, la croissance du nombre de médecins s’est beaucoup réduite depuis 1997, avec même quelques années de très légère diminution.

Les plus fortes augmentations sur les 12 dernières années (carnets stats n°110) concernent les spécialités isolées en 1987 et 1989 (chirurgie orthopédique, endocrinologie, anatomo-cytopathologie) et donc en montée en charge. Viennent ensuite l’urologie, la neurologie, la néphrologie et la radiologie. Certaines professions ont connu a contrario une stagnation, voire un recul de leurs effectifs : la neuropsychiatrie (mais cette spécialité est fermée), la médecine interne, la stomatologie, la médecine physique et de réadaptation fonctionnelle, la pédiatrie.

Après trois ans de légère régression, l’effectif des dentistes croît de nouveau. Les autres professionnels de santé (auxiliaires médicaux, sages femmes) sont plus nombreux chaque année.

Le nombre global de professionnels de santé en France a encore augmenté en 2003 ( 0,8 % hors laboratoires). (point stat 40)

Le nombre de médecins diminue très légèrement à 113 865, soit 362 médecins de moins qu’en 2002. Le nombre de dentistes augmente faiblement ( 0,3 % à 36 681 soit 102 dentistes de plus qu’en 2002). Mais on compte 2 195 auxiliaires médicaux de plus qu’en 2002 ( 2,2%).

Le nombre de laboratoires continue de diminuer en 2003 mais il s’agit probablement davantage de concentration qu’une réelle baisse de l’offre.

* notons que la part des personnes âgées de 65 ans ou plus, dont les besoins de soins sont les plus importants, est passée depuis 1980 de 14 % à 16,4 % de la population

La féminisation du corps médical se poursuit ( 3,1 % par an depuis 1990 pour les omnipraticiens,

1,6 % pour les spécialistes). Aujourd’hui, 27 % des médecins sont des femmes (25 % des généralistes, 30 % des spécialistes). Certaines spécialités sont plus féminisées (les endocrinologues, les dermatologues et les gynécologues sont plus d’une fois sur 2 des femmes en 2002) ; d’autres le sont très peu (les spécialités chirurgicales). (carnets stats n°110 p12) Les dentistes et les masseurs-kinésithérapeutes sont à environ 70 % des hommes. Les infirmières, les orthophonistes, les orthoptistes et les sages-femmes sont majoritairement des femmes. (carnets stats p 77 et suivantes) Les femmes ont des honoraires un peu moins élevés que les hommes car elle exercent dans des spécialités moins techniques et ont une activité moindre mais qui augmente néanmoins au même rythme.

2. Mais les inégalités régionales sont toujours aussi marquées :

En 2002, on observe toujours des disparités départementales de densité allant de 1 à 2 pour les omnipraticiens, voire 1 à 7 pour les spécialistes (carnet stat n°110 p 137 et 138) et les infirmiers (p 104). D’une manière générale, les professionnels de santé s’installent plutôt dans les départements du sud de la France et la région Rhône-Alpes. Les médecins installés en secteur 2 sont plus représentés dans trois régions sur 22 : Ile-de-France, Rhône-Alpes - PACA. Les régions à faible densité médicale sont aussi celles où les honoraires sont les plus élevés. Les médecins et principalement les omnipraticiens y ont une clientèle plus nombreuse.

Les premiers résultats de l'année 2003 (point stat N° 40) ne laissent apparaître aucune évolution dans cette répartition géographique inégale. Ils confirment également la relation inverse qui existe entre densité médicale et honoraires perçus par un médecin : dans l'ensemble plus l'offre de soins est importante, moins les honoraires perçus en moyenne par chaque praticien sont élevés.

3. La croissance des honoraires individuels a été constante depuis 1990

Sur la période 1990-2002, le total des honoraires individuels moyens des médecins a progressé en moyenne de 3,4 % par an (1,7 % en € constants) pour les omnipraticiens comme pour les spécialistes, avec une amplitude allant de 2 % par an pour les neuropsychiatres à

4,7 % pour les ophtalmologues) carnet stat n°110 p 63.

Les honoraires individuels totaux des autres professions de santé ont également enregistré une augmentation (sur la période 1995-2002) : masseurs kinésithérapeutes ( 2,9 % par an) orthophonistes ( 3,3 % par an), orthoptistes ( 3,4 % par an), infirmières ( 3,8 % par an), chirurgiens-dentistes ( 4,2 % par an), sages-femmes ( 4,8 % par an), laboratoires d’analyse médicale ( 5 %) carnet stat n°110 p77 à 133.

Les honoraires individuels continuent d’augmenter en 2003 : 4,2 % pour l’ensemble des professionnels de santé (hors laboratoires) ; 6,3 % pour les omnipraticiens à 122 500 euros,

  • 3,9 % pour les spécialistes à 212 000 euros, 5,2 % pour les dentistes à 200 700 euros et
  • 4,8 % pour les auxiliaires médicaux à 63 000 euros. Parmi les spécialistes, la hiérarchie des honoraires reste inchangée les plus élevés sont toujours ceux des radiologues et radiothérapeutes (510 000 €), les honoraires moyens des chirurgiens sont proches de la moyenne des spécialistes (214 285 €) Point stat n°40.

Des dépassements d’honoraires très contrastés selon la spécialité et le secteur conventionnel

L’augmentation très ponctuelle en 2002 des montants des dépassements des omnipraticiens n’est pas reconduite en 2003 : les dépassements des omnipraticiens du secteur 1 retrouve la tendance constatée jusqu’en 2001 et baisse donc de –27 % par rapport à 2002.

Les dépassements d’honoraires des spécialistes du secteur 1 augmentent toujours fortement mais la part (2,6 %) de ces dépassements reste encore faible dans le montant total de leurs honoraires (à l’exception des stomatologues qui ont un droit à dépassements sur les prothèses dentaires). Cependant, cette part passe de moins de 1 % à presque 6 % pour les gynécologues obstétriciens et à 4 % pour les ophtalmologues en quatre ans ; les dépassements des spécialistes du secteur 2 ou secteur 1 avec DP représentent 31 % des leurs honoraires et restent globalement stables sur la période.

Rappelons qu’en 2002, un patient d’un médecin du secteur 2 aura payé en moyenne des honoraires supérieurs de 32 % à ceux des médecins du secteur 1 avec des différences notables entre les gynécologues ( 71 %), les ophtalmologues ( 78 %), les ORL ( 38 %), trois spécialités où la moitié des médecins peut pratiquer des honoraires libres ; et les cardiologues ( 13 %), les radiologues ( 11 %), spécialités à plus de 80 % en secteur 1(carnet stat n°110 p 75).

4. Les professionnels de santé ont une activité croissante :

- Le nombre de consultations réalisées par les omnipraticiens a augmenté de 3 % en moyenne par an depuis 1990 et de 1,8 % pour les spécialistes (carnets stats n°110 p 38). Les actes techniques (actes de diagnostic, chirurgicaux) sont essentiellement réalisés par les spécialistes (86 % des actes techniques en 2002). La croissance de ces actes est de 1,7 % par an entre 1990 et 2002, mais elle a tendance à augmenter : 6,6 % entre 2001 et 2002. Une partie de cette croissance s’explique par des mesures d’amélioration de la rémunération de certains actes techniques des dernières années (création d’une majoration des soins d’urgence pour les pédiatres, nouvelle cotation de l’assistance à la naissance, mise en place d’une majoration pour plâtre et suture, nouvelle cotation des accouchements) carnets stat n°110 p 40 à 51.

Au-delà des effets de revalorisation tarifaire ou de nomenclature, le vieillissement de la population et l’amélioration des techniques interventionnelles expliquent la hausse de l’activité technique des médecins.

En 2002, un médecin effectue en moyenne 21 actes par jour ouvré, un omnipraticien fera en moyenne presque 22 actes essentiellement des consultations tandis qu’un chirurgien accomplira un peu plus de 10 actes mais partagés entre consultations et actes techniques et un radiologue 52 actes essentiellement techniques. Un omnipraticien a eu en moyenne annuelle environ 1 500 patients, alors qu’un spécialiste a traité 2 300 patients en 2002, un radiologue 5500. Le nombre d’actes par patient par an est logiquement plus élevé pour un omnipraticien que pour un spécialiste (3,5 contre 2,2) puisqu’il voit les patients plus régulièrement. (carnets stat p 65 à 76).

Notons que l’activité des autres professionnels de santé augmente également sur longue et courte période : dentistes 3,4 % en moyenne annuelle entre 1995 et 2002, laboratoires 5%, masseurs-kinésithérapeutes 2,8 % et infirmiers 2,4 %. (carnets stat p 77 à 133).

Retrouvez les données complètes citées dans cette synthèse sur Ameli.fr, espace connaître l’Assurance Maladie/actualité statistique/autres publications (pour les données 2003, point stat n° 40, pour les données de 1990 à 2002, carnets statistiques n° 110).

Les médecins référents en 2003 (cf point Stat n°40)

6 501 omnipraticiens sont médecins référents en 2003 (5 879 généralistes et 172 médecins à mode d’exercice particulier), ils sont en augmentation de 7,6% par an depuis 2000. 1 080 000 patients ont choisi d'avoir un médecin référent ( 28% depuis 2000). Les généralistes référents ont une clientèle dont la taille est très proche de la moyenne (1 540 contre 1 559) ; en moyenne leurs patients abonnés représentent 13% de leur clientèle totale (200 personnes).

Leur activité est très proche de leurs confrères (5 202 consultations et visites contre 5 134). En revanche deux points les caractérisent par rapport à leurs confrères généralistes : ils font légèrement moins de visites (774 par an contre 819 pour un médecin non référent) et surtout ils prescrivent moins de médicaments (272 830 € par an contre 291 790 € pour les non référents, soit une différence de près de 20 000 €).

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