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Obésité : la feuille de route 2026–2030 veut renforcer repérage, filières et formation

Obésité : la feuille de route 2026–2030 veut renforcer repérage, filières et formation Présentée le 14 janvier 2026 et publiée le 15 janvier sur le site du Service d’information du Gouvernement, la nouvelle feuille de route consacrée à l’obésité fixe un cap à l’horizon 2030 : freiner la progression de la maladie, élargir l’accès à des soins de proximité au long cours, former davantage et mieux valoriser les prises en charge innovantes. Dans le détail, le document décline 4 objectifs, 3 axes et 8 mesures, elles-mêmes déclinées en 22 actions opérationnelles, avec un accent mis sur la structuration des filières, l’amélioration des données et la montée en compétences des acteurs de terrain.[1][2]

Une stratégie 2026–2030 qui assume l’obésité comme maladie chronique

La feuille de route s’inscrit dans une continuité revendiquée : après le Plan Obésité 2010–2013 puis une feuille de route 2019–2022, le ministère entend « franchir un nouveau cap » d’ici 2030 en renforçant la prévention secondaire et tertiaire, et en réduisant les inégalités d’accès à l’offre de soins.[1][2]

Le texte rappelle aussi un point clinique qui pèse sur l’organisation des parcours :

« L’obésité quant à elle est une maladie complexe chronique ».

Dans l’éditorial signé par Stéphanie Rist, la feuille de route est présentée comme « un cadre vivant » appelé à évoluer « au plus près des besoins et des réalités de terrain », avec l’objectif de garantir « un accès précoce, équitable et soutenable » aux soins et à l’accompagnement.

Un cap chiffré : quatre objectifs, trois axes, et la gradation comme boussole

Le document fixe quatre objectifs à l’échéance 2030 :

« Contribuer à infléchir la courbe d’évolution de la population en situation d’obésité et à améliorer la santé des personnes en situation d’obésité » ;
« Augmenter la file active d’accès à des soins personnalisés, en proximité et sur le long cours » ;
« Développer le nombre d’intervenants sensibilisés et augmenter le nombre de professionnels formés » ;
« Capitaliser sur les parcours et les prises en charge innovantes en couvrant les différents niveaux de prise en charge graduée ».[2]

Pour atteindre ces objectifs, trois axes structurent l’action publique : repérer et orienter plus tôt, renforcer la structuration des filières avec l’appui des centres spécialisés de l’obésité (CSO), et « outiller » les professionnels de santé ainsi que les autres intervenants.[2]

Ce choix de la gradation n’est pas isolé. La Haute Autorité de santé (HAS) formalise, dans son Guide du parcours de soins : surpoids et obésité de l’adulte, une prise en charge « personnalisée et graduée » selon les niveaux de recours, du premier recours à l’expertise spécialisée, en intégrant aussi les acteurs du champ social et médico-social, l’activité physique adaptée et la santé au travail.[3]

Huit mesures et vingt-deux actions : repérage, données, filières et accès effectif

Repérage précoce : PMI, école, santé au travail

Le premier axe associe repérage et orientation. Parmi les actions explicitement listées figurent la « sensibilisation » des PMI au repérage et à l’orientation des enfants de 0 à 6 ans, l’organisation du repérage en milieu scolaire et, côté adultes, un travail annoncé avec les services de santé au travail pour faciliter l’adressage dans un parcours de soins.[2]

Données : combler les angles morts et améliorer le codage

Le document souligne un déficit structurel de traçabilité : certaines données de prévalence « ne sont pas actuellement disponibles faute de traçage systématique dans le Système national des Données de Santé (SNDS) ».[2] Dans cette logique, une mesure vise à « expertiser les conditions de recueil et de traitement des données », avec un focus sur la numérisation anonymisée à des fins d’analyses épidémiologiques.

Autre chantier concret : disposer de données en population générale et « améliorer le codage PMSI (niveaux de sévérité, notamment) » afin de mieux piloter l’offre, de caractériser la complexité des situations et, in fine, de mesurer les impacts.

Filières et CSO : consolider l’architecture territoriale

Le deuxième axe poursuit la structuration des filières Obésité et prévoit d’accompagner leur organisation régionale, en s’appuyant sur les CSO. Le ministère met en avant des avancées déjà actées en 2025, dont « reconnaissances supplémentaires de CSO portant leur nombre à 42 ».[2] L’enjeu opérationnel est de rendre lisible l’orientation entre niveaux de recours, d’organiser les articulations entre adulte, pédiatrie et chirurgie, et de soutenir les démarches pluridisciplinaires (dont les réunions de concertation pluridisciplinaires).[2]

Accès aux soins : transport, SMR Nutrition et situations très complexes

La feuille de route cible aussi un angle mort souvent rapporté par les équipes : l’accès effectif aux soins pour les situations « très complexes », du fait de la corpulence et/ou d’un état grabataire. Deux actions sont explicitement mentionnées : « améliorer les conditions d’accès à un transport adapté » et « développer l’offre SMR Nutrition, pour adulte et pour enfant ».

Médicaments et innovations : l’encadrement comme condition de crédibilité

La feuille de route ne se limite pas à la réorganisation des parcours. Elle assume un volet relatif aux innovations, dans un contexte marqué par l’essor des médicaments anti-obésité. Le document mentionne une « prise de position sur l’accompagnement des prescriptions de traitements médicamenteux de lutte contre l’obésité », en rappelant que des bénéfices sont « acquis » tout en appelant à la vigilance face à des risques, notamment « nutritionnels » et de « mésusage ».

Dans le même temps, l’élargissement de la prescription en ville constitue un tournant organisationnel. Le Monde rappelle que, depuis le 23 juin 2025, les médecins généralistes peuvent prescrire Wegovy et Mounjaro, auparavant réservés aux spécialistes, sur fond de débats autour du coût, du non-remboursement et de la nécessité d’un accompagnement rigoureux (activité physique, suivi diététique, prévention de la reprise pondérale à l’arrêt).[6]

Pour les soignants, la question n’est pas seulement pharmaceutique : elle renvoie à la place de ces traitements dans un parcours gradué, et à la capacité des filières à sécuriser l’usage. À ce titre, un décryptage publié le 11 décembre 2025 revient sur le cadre de remboursement du tirzépatide (Mounjaro) dans l’obésité sévère et sur le positionnement de « seconde intention » discuté par la HAS, soulignant la tension entre promesse thérapeutique et organisation des recours.[7]

Formation : du DES EDN à la formation continue, un chantier affiché

Le troisième axe vise la formation et l’outillage des professionnels. La feuille de route documente un constat de capacité : « 2 à 3 000 professionnels de santés sont formés en DES EDN », tout en notant que ces formations se tournent « peu vers la nutrition » ; elle rappelle aussi la disparition du DESC de nutrition et mentionne « environ 500 professionnels de santé en plus des DES EDN » ayant reçu cette formation complémentaire.

Au-delà de la formation initiale, plusieurs actions portent sur la formation continue et sur l’évolution de certains cursus, notamment ceux des diététiciens, afin d’aligner compétences, pratiques et organisation des parcours sur le terrain.

Mesurer l’impact face à une prévalence élevée et des indicateurs hétérogènes

La feuille de route s’inscrit dans un paysage épidémiologique déjà documenté mais parfois difficile à comparer selon les méthodes. Santé publique France rappelle, via les Baromètres de 1996 à 2017, une progression historique de l’obésité déclarée en France, avec des hausses marquées au fil du temps (données déclaratives).[4]

Des estimations récentes convergent vers une charge élevée : selon la Ligue contre l’obésité, l’étude OFÉO (2024) estime que 48,8 % de la population française est en surpoids ou en obésité, et qu’« près de 18 % » des adultes sont en situation d’obésité, soit environ 6 millions de personnes.[5]

Dans ce contexte, l’ambition de mieux piloter par la donnée, d’élargir la file active de soins et de réduire les inégalités territoriales se heurtera à une double exigence : clarifier des indicateurs comparables (déclaratif vs mesuré, populations couvertes) et assurer, sur chaque territoire, une offre réellement accessible, du premier recours aux structures expertes.[1][2][3]

Références

1) Service d’information du Gouvernement (info.gouv.fr), Obésité : de nouveaux objectifs pour améliorer la prise en charge d’ici à 2030, 15/01/2026. https://www.info.gouv.fr/actualite/obesite-de-nouveaux-objectifs-pour-ameliorer-la-prise-en-charge-d-ici-2030

2) Ministère de la Santé et de l’Accès aux soins (sante.gouv.fr), Prise en charge des personnes en situation d’obésité – Feuille de route 2026-2030 (PDF), janvier 2026 (mise en ligne mi-janvier 2026). https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/fdr_obesite.pdf

3) Haute Autorité de santé (HAS), Guide du parcours de soins : surpoids et obésité de l’adulte, mise à jour février 2024. https://www.has-sante.fr/jcms/p_3408871/fr/guide-du-parcours-de-soins-surpoids-et-obesite-de-l-adulte

4) Santé publique France, Évolution de la corpulence déclarée dans les Baromètres de Santé publique France de 1996 à 2017, Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) n°15, 10/09/2024. https://beh.santepubliquefrance.fr/beh/2024/15/2024_15_1.html

5) Caducee.net, Les chiffres de l’obésité en France, dernière modification 19/08/2025. https://www.obesitefrance.fr/lobesite-cest-quoi/les-chiffres-de-lobesite-en-france

6) Le Monde, Wegovy, Mounjaro… : les médicaments antiobésité arrivent chez les médecins généralistes, 22/08/2025. https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/08/22/wegovy-mounjaro-les-medicaments-antiobesite-debarquent-chez-les-medecins-generalistes_6633343_3224.html

7) Caducee.net, Obésité sévère : Mounjaro remboursé après échec nutritionnel et prescription spécialisée – décryptage de l’avis HAS, 11/12/2025. https://www.caducee.net/actualite-medicale/16721/obesite-severe-mounjaro-rembourse-apres-echec-nutritionnel-et-prescription-specialisee-decryptage-de-l-avis-has.html

8) Caducee.net, Wegovy : l’équilibre fragile entre espoir thérapeutique, mésusage et dérive économique, 18/10/2024. https://www.caducee.net/actualite-medicale/16451/wegovy-l-equilibre-fragile-entre-espoir-therapeutique-mesusage-et-derive-economique.html

9) Caducee.net, Prise en charge de l’obésité : l’innovation en Force, 05/03/2024. https://www.caducee.net/actualite-medicale/16307/prise-en-charge-de-l-obesite-l-innovation-en-force.html

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