Médicaments non utilisés : PERIMED replace le gaspillage au cœur du bon usage

Médicaments non utilisés : PERIMED replace le gaspillage au cœur du bon usage L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), l’Assurance Maladie et Cyclamed publient les résultats de PERIMED, première analyse statistique consacrée aux médicaments non utilisés rapportés en pharmacie. Derrière les 7 675 tonnes collectées en 2024, l’étude éclaire un angle mort du bon usage du médicament : boîtes encore valides, conditionnements parfois décalés, prescriptions d’anticipation, difficultés d’observance et marges de progrès pour les prescripteurs comme pour les pharmaciens.[1][3]

À retenir (lecture rapide)

• En 2024, 7 675 tonnes de médicaments non utilisés ont été rapportées en pharmacie.

• PERIMED analyse 2 944 contenants de MNU, soit 32 789 unités réellement collectées.

• Quatre classes thérapeutiques concentrent 80 % des unités étudiées dans l’échantillon.

• Environ 40 % des unités n’étaient pas périmées au moment de l’analyse.

• Les leviers portent sur la prescription, la dispensation, l’observance et les conditionnements.

PERIMED éclaire le stock invisible des armoires à pharmacie

Les médicaments non utilisés, ou MNU, ont longtemps été abordés comme un sujet de tri domestique. Avec PERIMED, acronyme d’étude des médicaments PERImés et du gaspillage MEDicamenteux, l’ANSM, l’Assurance Maladie et Cyclamed déplacent le regard. Il ne s’agit plus seulement de rappeler aux patients de rapporter leurs boîtes en pharmacie, mais de comprendre ce que ces retours disent de la chaîne du médicament.

L’étude a été conduite entre avril et juillet 2025, à partir de cartons reconstitués selon la méthodologie de caractérisation de Cyclamed. Au total, 32 840 unités ont été collectées, dont 32 789 unités de MNU. L’analyse porte sur 2 944 contenants de MNU, représentant 85,26 kg d’échantillons. Parmi eux, 2 845 contenants correspondaient à des spécialités pharmaceutiques, avec 1 123 médicaments différents retrouvés.[2]

La distinction entre unité et contenant mérite d’être posée d’emblée. Dans le rapport, le contenant désigne le conditionnement analysé : blister, flacon, sachet, tube ou boîte. Il ne tient pas compte de la quantité restante. L’unité, elle, renvoie à la quantité effectivement collectée : comprimés ou gélules pour les formes solides, volume ou masse pour certaines formes liquides ou semi-solides.[2]

Cette précision évite un contresens. PERIMED peut raisonner sur les contenants pour décrire les conditionnements rapportés, et sur les unités pour mesurer ce qui reste réellement dans ces conditionnements. Les principaux résultats ne reposent donc pas toujours sur le même dénominateur.

L’étude ne mesure pas tout le stock dormant des foyers français. Elle décrit les médicaments effectivement rapportés en officine, avec les limites propres à ce type d’observation. Certains patients conservent longtemps leurs traitements, d’autres ne les rapportent pas, et un délai peut exister entre l’arrêt d’un médicament et son dépôt dans le circuit Cyclamed. Les auteurs rappellent aussi que l’échantillon de 85,26 kg ne représente qu’une fraction du gisement national, estimé par Cyclamed à 9 960 tonnes en 2024.[2]

Les retours se concentrent sur des traitements de pratique quotidienne

Le premier enseignement de PERIMED tient à la répartition des médicaments non utilisés par grandes classes thérapeutiques. En unités, 80 % des MNU analysés appartiennent à quatre ensembles : les médicaments du système respiratoire avec 25 %, ceux du système digestif et du métabolisme avec 21 %, ceux du système nerveux avec 21 %, puis ceux du système cardiovasculaire avec 13 %.[1][2]

Le gaspillage médicamenteux ne concerne donc pas seulement des traitements rares ou marginaux. Il se loge d’abord dans des médicaments de pratique courante, prescrits ou délivrés dans des situations très fréquentes : traitements respiratoires, antalgiques, laxatifs, médicaments digestifs, produits cardiovasculaires ou psychotropes.

Une seconde lecture, plus fine, classe les retours par familles thérapeutiques. L’extrapolation nationale du rapport aboutit à un gisement estimé à 281,2 millions de contenants. Dans ce classement par classes anatomiques, thérapeutiques et chimiques (ATC) de niveau 2, les analgésiques arrivent en tête avec 38,6 millions de contenants, devant les laxatifs avec 20,4 millions, puis les antibactériens à usage systémique avec 17,3 millions.[2]

Les deux lectures ne se superposent pas exactement. Les quatre grandes classes majoritaires décrivent une cartographie large par système ou domaine thérapeutique. Le classement des analgésiques, laxatifs et antibactériens correspond, lui, à des regroupements plus précis. Les antibiotiques ne figurent donc pas dans les quatre grandes classes dominantes en unités ; ils ressortent néanmoins fortement lorsqu’on observe certains groupes thérapeutiques en nombre de contenants.

Cette nuance est utile pour les professionnels. Un petit excès de volume délivré, une ordonnance renouvelée sans interrogation sur le stock déjà présent au domicile, ou un traitement prescrit “si besoin” mais jamais utilisé peuvent paraître anecdotiques au cabinet ou au comptoir. À l’échelle nationale, l’accumulation devient massive. C’est là que la pertinence des prescriptions de médicaments courants rejoint directement l’enjeu environnemental.[6]

Les médicaments non périmés appellent une lecture nuancée

Le chiffre le plus sensible concerne la péremption. Dans PERIMED, environ 60 % des unités observées étaient périmées au moment de l’analyse, contre 40 % non périmées.[2] Cette donnée ne signifie pas que ces médicaments pourraient être réutilisés tels quels dans le circuit courant. Elle indique qu’une part substantielle des produits rapportés n’avait pas atteint sa date limite lorsqu’elle est entrée dans la filière de destruction.

La nuance est déterminante. Un médicament non périmé peut avoir été arrêté pour une raison pleinement justifiée : effet indésirable, inefficacité, adaptation thérapeutique, hospitalisation, amélioration rapide ou changement de stratégie. PERIMED observe des produits rapportés ; l’étude ne permet pas de relier chaque boîte à son indication, à son prescripteur, à sa durée réelle d’usage ni à la cause exacte de son abandon.

Le signal reste toutefois notable. Les médicaments à prescription médicale obligatoire (PMO) représentent 69 % des unités de MNU, contre 18 % pour les médicaments à prescription médicale facultative (PMF). Les PMO sont aussi plus souvent non périmés : 44 % des unités de PMO contre 31 % des unités de PMF.[2]

Cette différence peut traduire plusieurs phénomènes. Elle interroge l’adéquation entre prescription, dispensation et usage réel. Mais elle peut aussi refléter une bonne adhésion aux consignes de retour : les patients rapportent plus vite les médicaments prescrits lorsqu’ils ne sont plus nécessaires, au lieu de les conserver durablement dans leur armoire à pharmacie. Le non-périmé n’est donc pas, à lui seul, la preuve d’une prescription évitable.

Le coût du gaspillage médicamenteux reste une estimation

L’analyse économique de PERIMED estime à 516,8 millions d’euros le montant annuel pris en charge par l’Assurance Maladie obligatoire pour des médicaments finalement non utilisés. Sur ce total, 278,2 millions d’euros correspondent à des médicaments non périmés.[2]

Ces montants doivent être lus comme des ordres de grandeur. La méthode part de l’échantillon analysé, calcule un montant remboursable et un montant remboursé pour les médicaments concernés, puis extrapole ces résultats au gisement national estimé par Cyclamed. Le rapport détaille notamment un passage par le poids des MNU remboursables dans l’échantillon, estimé à 68,5 kg, puis par le poids des MNU remboursables dans le gisement national, estimé à 7 997 880 kg.[2]

Cette extrapolation donne de la consistance au débat public. Elle ne doit pas être confondue avec une mesure comptable exhaustive, ni avec un gisement d’économies directement récupérable. Le rapport ne fournit pas, dans sa synthèse publiée, d’intervalle de confiance permettant de mesurer finement l’incertitude autour de ces montants.

La comparaison avec la Cour des comptes demande la même prudence. Dans son rapport de septembre 2025 sur le bon usage des produits de santé, la Cour évaluait la valeur annuelle des médicaments non utilisés entre 561 M€ et 1,735 Md€, selon les hypothèses retenues sur la présence de médicaments coûteux dans les MNU.[4]

Ces deux chiffrages ne sont pas directement comparables. PERIMED s’appuie sur des médicaments remboursables retrouvés dans un échantillon, puis projetés au gisement national. La Cour des comptes propose une évaluation globale à partir des tonnages collectés, très dépendante de l’hypothèse retenue sur les médicaments onéreux. Leur rapprochement confirme l’ampleur économique du sujet, mais il ne forme pas une fourchette unique.

La Cour ajoutait qu’à partir d’études néerlandaise et britannique, 40 % à 50 % de ces déchets seulement seraient “évitables”, soit un potentiel de réduction estimé entre 224 M€ et 867 M€.[4] Cette précision évite une lecture trop rapide : les 278,2 millions d’euros associés aux médicaments non périmés dans PERIMED ne constituent pas, par eux-mêmes, une économie certaine.

Prescrire et délivrer mieux sans désigner de coupable

PERIMED ne cherche pas un responsable unique. Le rapport décrit un phénomène multifactoriel, nourri par les caractéristiques des spécialités, les pratiques de prescription, les modalités de dispensation, les comportements de stockage et les aléas du parcours de soins.[2] Un médicament non utilisé peut être la trace d’un gaspillage évitable ; il peut aussi être le résultat d’une prise en charge réévaluée au bon moment.

Plusieurs leviers apparaissent néanmoins très concrets. Côté prescripteurs, le rapport invite à limiter les prescriptions d’anticipation, à interroger les patients sur leur observance, à vérifier les causes de non-observance et à privilégier les posologies ou conditionnements adaptés lorsqu’ils existent.[2] Cette approche rejoint la consultation de déprescription prévue pour les patients hyperpolymédiqués, introduite dans la convention médicale 2024-2029 à partir de 2026.[7]

Côté officine, la marge d’action est tout aussi tangible. Le rapport PERIMED écrit :

Les pharmaciens ont un rôle actif dans la vérification des besoins réels des patients avant de délivrer la totalité d’une ordonnance.[2]

La phrase ouvre un champ pratique : questionner un renouvellement, repérer des boîtes intactes déjà présentes au domicile, alerter sur un empilement de traitements ou orienter vers un bilan partagé de médication lorsque le profil du patient le justifie.

Les infirmiers peuvent également jouer un rôle d’alerte, en particulier au domicile des patients âgés, fragiles ou polymédiqués. Une armoire saturée, des doublons, des traitements arrêtés mais conservés ou des boîtes jamais ouvertes constituent des signaux faibles. Encore faut-il que l’information circule vers le médecin traitant et le pharmacien. L’enjeu rejoint ici l’appui infirmier dans la déprescription et le suivi des traitements, dans une logique de coordination plutôt que de simple rappel de consignes.[8]

Conditionnements et durée de conservation deviennent des leviers de bon usage

L’un des apports de PERIMED est de sortir le débat du seul comportement individuel. Les patients peuvent stocker, oublier ou rapporter tardivement leurs médicaments. Mais l’organisation du marché, la taille des boîtes et les durées de conservation participent aussi au gaspillage médicamenteux.

Le rapport cite des conditionnements parfois trop grands par rapport à la durée réelle du traitement, notamment lors d’une constipation passagère, d’une douleur aiguë après chirurgie ou d’une infection oculaire. Il relève aussi que certains antibiotiques à usage systémique présentent des tailles de conditionnement inadéquates au regard des schémas d’administration recommandés, ce qui explique l’encouragement à la dispensation à l’unité pour cette gamme thérapeutique.[2]

La durée de conservation constitue un autre levier. En novembre 2025, l’ANSM a lancé une phase pilote intitulée “Longue vie aux médicaments”, destinée aux industriels souhaitant déposer une demande de modification d’autorisation de mise sur le marché (AMM) afin d’allonger la durée de conservation de certaines spécialités. L’agence rappelle que la majorité des médicaments autorisés en France ont une durée de conservation de 2 à 3 ans, tandis que moins de 10 % atteignent 5 ans.[5]

Cette piste ne remplace pas le travail sur la prescription ou la dispensation. Elle le complète. Allonger une durée de conservation n’a de sens que si la stabilité, l’efficacité et la sécurité sont garanties. Adapter les conditionnements n’a de portée que si le volume délivré correspond au besoin réel. La sobriété médicamenteuse ne consiste donc pas à prescrire moins par principe, mais à prescrire, délivrer et utiliser plus justement.

PERIMED ouvre un chantier de bon usage du médicament

PERIMED apporte une donnée nouvelle, mais elle doit être lue avec méthode. L’étude observe des médicaments rapportés, pas les raisons certaines de leur non-usage. Elle ne permet pas de dire, boîte par boîte, si le traitement a été inutile, mal prescrit, mal compris, interrompu à bon escient ou simplement devenu sans objet après évolution de l’état clinique.

Sa portée est ailleurs. Les médicaments non utilisés rendent visibles des frictions dans la chaîne du médicament : volumes parfois trop larges, renouvellements insuffisamment questionnés, observance fragile, changements thérapeutiques mal accompagnés, conditionnements perfectibles et stocks domestiques invisibles.

Pour les professionnels de santé, l’enseignement est direct. Le bon usage du médicament ne s’arrête ni à l’ordonnance, ni à la délivrance, ni même à l’observance déclarée. Il suppose de vérifier ce qui reste, ce qui n’a pas été pris, ce qui a été arrêté et ce qui dort encore au domicile. PERIMED ne clôt pas le débat sur les médicaments non utilisés. Elle fournit une base pour le traiter à la racine.

Références

[1] ANSM, Médicaments non utilisés : l’ANSM et l’Assurance Maladie publient les résultats de l’étude Perimed et identifient des leviers pour agir contre le gaspillage, 24 juin 2026.

[2] ANSM, Cyclamed, Caisse nationale de l’Assurance Maladie, PERIMED 2025 : étude des médicaments périmés et du gaspillage médicamenteux, rapport, juin 2026.

[3] Assurance Maladie, Médicaments non utilisés : l’ANSM et l’Assurance Maladie publient les résultats de l’étude Perimed, 24 juin 2026.

[4] Cour des comptes, Le bon usage des produits de santé, 5 septembre 2025.

[5] ANSM, Allonger la durée de conservation des médicaments dans un objectif de réduction du gaspillage et de la pollution, publiée le 21 novembre 2025, mise à jour le 27 mars 2026.

[6] Caducee.net, Prescriptions en ville et à l’hôpital : le rapport IGAS-IGF cible les médicaments onéreux, 16 juin 2026.

[7] Caducee.net, Convention médicale 2024-2029 : la grande redistribution des forfaits et des actes au 1er janvier 2026, 19 décembre 2025.

[8] Caducee.net, Dé-prescription : le patient doit être acteur de ses traitements, l’infirmière peut l’aider, 12 février 2018.

Descripteur MESH : Maladie , Pharmacie , Santé , Sécurité , Pharmaciens , Mort , Patients , Lecture , Thérapeutique , Laxatifs , Antibactériens , Rôle , Classement , Analgésiques , Mars , Infirmiers , Assurance , Assurance maladie , Précis , Logique , Vie , Travail , Enseignement , France , Économie , Soins , Métabolisme , Tête , Signaux , Confiance , Comportement , Hospitalisation , Comprimés , Déchets , Constipation , Douleur , Infection , Système nerveux , Système cardiovasculaire , Système digestif

Médicaments: Les +