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Cancers liés aux infections : un cancer sur huit dans le monde, des leviers concrets en France

Cancers liés aux infections : un cancer sur huit dans le monde, des leviers concrets en France En 2024, 2,3 millions de nouveaux cancers, soit 12 % du total mondial, étaient attribuables à des infections selon le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). HPV, Helicobacter pylori, hépatites B et C : derrière cette estimation mondiale, plusieurs leviers relèvent déjà de la pratique courante en France. Vacciner, dépister les lésions précancéreuses, rechercher certaines infections et les traiter permet de prévenir une part de ces cancers, sans justifier pour autant un dépistage généralisé de tous les agents infectieux.

À retenir (lecture rapide)

  • En 2024, 2,3 millions de cancers, soit 12 % du total mondial, étaient attribuables à douze agents infectieux.[1]
  • H. pylori et les HPV dominaient, avec environ 760 000 et 750 000 cancers attribuables.[1]
  • En France, les HPV sont associés à environ 7 000 nouveaux cancers chaque année.[5]
  • Pour H. pylori, la HAS recommande deux dépistages ciblés chez l’asymptomatique, mais aucun dépistage généralisé.[9]

Une estimation mondiale, pas 2,3 millions de diagnostics individuels

L’étude, publiée en ligne le 28 septembre 2026 dans The Lancet Oncology, s’appuie sur les données d’incidence de GLOBOCAN 2024. Les auteurs estiment, pour chaque association infection-cancer retenue, une fraction attribuable dans la population, puis calculent le nombre de cas et les taux d’incidence standardisés sur l’âge.[1]

Douze agents infectieux classés cancérogènes de groupe 1 par le CIRC sont pris en compte : Helicobacter pylori, les papillomavirus humains (HPV), les virus des hépatites B et C, le virus d’Epstein-Barr (EBV), le virus associé au sarcome de Kaposi, Schistosoma haematobium, HTLV-1, Opisthorchis viverrini, Clonorchis sinensis, le polyomavirus des cellules de Merkel et le VIH.[1]

Le terme « attribuable » est donc essentiel. Il ne signifie pas que 2,3 millions de cancers ont reçu individuellement un diagnostic étiologique infectieux. Il décrit un fardeau estimé à l’échelle des populations.

La comparaison avec l’estimation précédente doit également rester prudente. Pour 2018, le CIRC évaluait à 2,2 millions le nombre de cancers attribuables à des infections, soit 13 % de tous les nouveaux cancers, contre 12 % en 2024.[4] Entre les deux analyses, deux agents supplémentaires et seize associations infection-cancer nouvelles ou élargies ont été intégrés, notamment pour le VIH, le polyomavirus de Merkel, l’EBV et les virus des hépatites B et C.[3] Le passage de 2,2 à 2,3 millions de cas ne traduit donc pas, à lui seul, une hausse équivalente du risque.

H. pylori et HPV en tête des cancers liés aux infections

H. pylori arrive au premier rang mondial avec environ 760 000 cancers attribuables en 2024, devant les HPV avec 750 000 cas. Suivent le virus de l’hépatite B, avec 360 000 cas, l’EBV avec 260 000 et le virus de l’hépatite C avec 160 000.[1][2]

Ces chiffres sont publiés sous forme arrondie. Leur addition ne permet pas de calculer par différence la charge exacte imputable aux sept autres agents ; le CIRC indique seulement que les cinq premiers concentrent presque tous les cancers attribuables aux infections.[2]

La répartition varie fortement selon les régions. L’Asie orientale concentre environ 990 000 cas, soit 42 % du total mondial. Le taux d’incidence standardisé y atteint 31,9 pour 100 000 habitants, contre 22,7 au niveau mondial, et dépasse également cette moyenne en Afrique subsaharienne, en Europe centrale et orientale et en Asie du Sud-Est.[1]

Cette géographie interdit de transposer le classement mondial à la France. Prévalence des infections, couverture vaccinale, accès aux tests et aux traitements, âge des populations et organisation des soins modifient fortement le poids de chaque agent.

HPV en France : vaccination et dépistage restent complémentaires

En France, les infections à HPV sont associées à environ 7 000 nouveaux cancers par an, dont plus de 5 000 chez les femmes et plus de 2 000 chez les hommes.[5]

La vaccination est recommandée chez les filles et les garçons de 11 à 14 ans, avec deux doses espacées de 6 à 13 mois. Pour les personnes non vaccinées dans cette tranche d’âge, le rattrapage est recommandé de 15 à 26 ans révolus, selon un schéma à trois injections à zéro, deux et six mois.[5][7] En ville, le vaccin est pris en charge à 65 % par l’Assurance Maladie ; les campagnes organisées au collège bénéficient d’une prise en charge intégrale.[5] Médecins, sages-femmes, infirmiers et pharmaciens peuvent intervenir dans la vaccination selon leurs compétences.[5]

La couverture reste toutefois éloignée de l’objectif national. En 2025, 61,6 % des filles de 15 ans et 46,0 % des garçons du même âge avaient reçu au moins une dose ; la stratégie décennale de lutte contre les cancers vise 80 % à l’horizon 2030.[6] Ces écarts alimentent directement la question des occasions manquées de vaccination à l’adolescence.

La vaccination ne remplace pas le dépistage du cancer du col de l’utérus. En population générale, celui-ci repose sur la cytologie entre 25 et 29 ans, puis sur le test HPV à haut risque entre 30 et 65 ans selon les intervalles recommandés.[8] L’enjeu est donc d’articuler vaccination HPV et dépistage cervical, sans opposer les deux stratégies.

Pour les professionnels, la marge d’action tient autant au repérage du statut vaccinal qu’à la proposition du rattrapage et au maintien du dépistage. Le chiffre mondial du CIRC se traduit ici par des occasions de prévention très concrètes.

H. pylori : prévenir le cancer gastrique sans dépistage généralisé

Le poids de H. pylori dans l’étude ne signifie pas qu’un dépistage généralisé soit indiqué en France. La recommandation française spécifique disponible sur le site de la Haute Autorité de santé (HAS) a été validée en avril 2010. Elle déconseille le dépistage systématique de la population générale asymptomatique.[9]

Elle prévoit en revanche deux situations de dépistage ciblé chez une personne asymptomatique : un antécédent familial au premier degré de cancer gastrique, en prévention de ce cancer, et la nécessité d’un traitement prolongé par anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), en prévention de l’ulcère gastroduodénal.[9] La première indication relie directement recherche de l’infection et prévention oncologique.

L’ancienneté du texte français mérite d’être soulignée. En 2010, la HAS jugeait les preuves insuffisantes pour soutenir une stratégie de dépistage et d’éradication de H. pylori en population générale dans un pays à faible incidence de cancer gastrique.[9] Le CIRC, dans une perspective mondiale seize ans plus tard, range au contraire la recherche et le traitement de H. pylori parmi les interventions établies mais encore insuffisamment utilisées pour prévenir des cancers.[1]

Il n’y a pas nécessairement contradiction : le CIRC décrit le potentiel préventif du contrôle de l’infection à l’échelle mondiale, tandis que la HAS évaluait l’intérêt d’un programme de dépistage généralisé dans le contexte français. L’écart souligne surtout que le cadrage français spécifique au dépistage de l’asymptomatique repose toujours sur une recommandation ancienne.

Lorsque l’éradication est indiquée, son efficacité doit être contrôlée. Les fiches HAS actualisées en mai 2025 recommandent un test respiratoire à l’urée marquée, à jeun, au moins quatre semaines après la fin des antibiotiques et deux semaines après l’arrêt des inhibiteurs de la pompe à protons.[10]

Hépatites B et C : réduire le risque en contrôlant l’infection

Les virus des hépatites B et C représentent ensemble plus d’un demi-million de cancers attribuables dans l’estimation mondiale.[1] Le CIRC cite la vaccination contre le VHB ainsi que la recherche et le traitement des hépatites B et C parmi les moyens disponibles pour prévenir une partie de cette charge.[1]

En France, les recommandations élaborées par le Conseil national du sida et des hépatites virales et l’ANRS-MIE, puis labellisées par la HAS, ont été actualisées en janvier 2024.[11] Pour le VHC, le diagnostic associe la détection des anticorps anti-VHC à la recherche de l’ARN viral. Les antiviraux à action directe pangénotypiques permettent une réponse virologique soutenue chez environ 98 % des patients ; la guérison virologique réduit les complications hépatiques et les décès liés au VHC.[11]

Pour le VHB, un vaccin efficace existe, mais les traitements de l’infection chronique permettent surtout une virosuppression, sans véritable guérison virologique. L’infection chronique reste associée au risque de cirrhose et de carcinome hépatocellulaire.[11]

Le VIH figure lui aussi parmi les douze agents étudiés. Sans extrapoler son mécanisme au-delà des sources disponibles, le CIRC inclut explicitement sa prévention, son diagnostic et sa prise en charge parmi les interventions susceptibles de réduire la charge des cancers liés aux infections.[1][3]

Des moyens de prévention disponibles, mais encore sous-utilisés

Le message du CIRC est volontariste : la plupart des cancers liés aux infections pourraient être prévenus par des interventions déjà connues, qu’il s’agisse de vaccination, de recherche et traitement des infections ou de dépistage de lésions précancéreuses.[2][3] Il s’agit d’un potentiel de prévention, pas de 2,3 millions de cancers immédiatement évitables.

La situation française en donne deux illustrations différentes. Pour les HPV, les professionnels disposent d’un vaccin, de compétences vaccinales élargies et d’un programme organisé de dépistage cervical, mais la couverture reste inférieure à l’objectif national.[5][6][8] Pour H. pylori, la recommandation française spécifique au dépistage de l’asymptomatique remonte à 2010, alors que les données internationales et les stratégies de prévention ont continué d’évoluer.[9]

L’enjeu ne tient donc pas seulement à l’arrivée de nouveaux outils. Il concerne aussi l’usage de ceux qui existent déjà : vacciner au bon moment, repérer les indications de recherche d’une infection, traiter lorsqu’il le faut et maintenir les dépistages recommandés. Pour une partie des cancers liés aux infections, la prévention se joue bien avant l’oncologie.

Références

  1. Rumgay H, Georges D, Huang Y, et al., Global burden of cancer attributable to infections in 2024: a worldwide incidence analysis, The Lancet Oncology, publication en ligne le 28 septembre 2026.
  2. CIRC/IARC, Global burden of cancer attributable to infections in 2024: One in eight cancers worldwide linked to infections, 29 septembre 2026.
  3. CIRC/IARC, Global burden of cancer attributable to infections in 2024: Questions and Answers, septembre 2026.
  4. CIRC/IARC, Global burden of cancer attributable to infections in 2018: a worldwide incidence analysis, 17 décembre 2019.
  5. Assurance Maladie, Infections à papillomavirus humains : se vacciner jeune pour une protection optimale, 26 août 2026.
  6. Santé publique France, Vaccination des enfants, adolescents et jeunes adultes en France. Bilan de la couverture vaccinale en 2025, 27 avril 2026.
  7. Assurance Maladie, Le vaccin contre les infections à papillomavirus humains est désormais pris en charge jusqu’à 26 ans, 19 décembre 2025.
  8. Assurance Maladie, Dépistage organisé du cancer du col de l’utérus, 21 avril 2026.
  9. Haute Autorité de santé, Dépistage de l’infection à Helicobacter pylori - Pertinence et populations concernées, validation avril 2010, mise en ligne le 20 août 2010.
  10. Haute Autorité de santé, Choix et durées d’antibiothérapies : traitement probabiliste de l’infection par Helicobacter pylori chez l’adulte, mise à jour le 13 mai 2025.
  11. Haute Autorité de santé, CNS et ANRS-MIE, Prise en charge des personnes infectées par les virus de l’hépatite B, C ou D, mise à jour le 19 janvier 2024.

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