Désinformation en santé : le rapport 2026 et la riposte de l’État, mode d’emploi pour les soignants

Désinformation en santé : le rapport 2026 et la riposte de l’État, mode d’emploi pour les soignants Remis le 12 janvier 2026 à la ministre de la Santé, le rapport « Information en santé » propose une feuille de route ambitieuse pour endiguer les infox médicales. Pour les soignants, le défi quotidien consiste à démêler le vrai du faux au milieu d’un flux continu de contenus, parfois très convaincants.

Entre Info-Score volontaire, observatoire adossé à Santé.fr, infovigilance et volet sanctions, les auteurs plaident pour une réponse « systémique ». Le gouvernement reprend une partie de l’architecture, mais laisse de côté plusieurs leviers sensibles, au premier rang desquels la labellisation des sources et la protection renforcée des scientifiques.

Un diagnostic bâti sur 156 entretiens, et un constat de vulnérabilité collective

Rendu public via la Société française de pharmacologie et de thérapeutique (SFPT), le document rédigé par Mathieu Molimard, Dominique Costagliola et Hervé Maisonneuve s’appuie sur un matériau rare par son ampleur : 156 interviews, impliquant 270 personnes, menées entre fin août et fin novembre 2025, et représentant plus de 800 pages de comptes rendus.[1][2]

Le rapport situe explicitement l’infodémie dans le prolongement des crises récentes. La désinformation, écrivent les auteurs, est devenue « massive », au point de menacer l’existence même des systèmes de santé tels que nous les connaissons. L’onde de choc est décrite comme multiforme : retours de maladies réputées contrôlées, fragilisation de la prévention, défiance durable envers les institutions et polarisation du débat public.[2]

Au cœur du diagnostic, trois fragilités ressortent : une littératie scientifique insuffisante, une difficulté à apprécier la fiabilité des sources disponibles et un rapport à l’information bouleversé par le numérique. Les auteurs s’appuient notamment sur des travaux compilés par le Labo Société Numérique (ANCT) : « les réseaux sociaux constituent la principale source d’information pour la moitié des 15-30 ans (53 %) ».[7]

Neuf recommandations pour passer d’une riposte réactive à une organisation pérenne

La logique défendue par les rapporteurs tient en une idée : la réponse ne peut se réduire à des démentis ponctuels. Ils proposent une chaîne d’action structurée, qui combine éducation, information fiable, détection, régulation et recherche, avec un pilotage national explicite.

Un Info-Score santé, volontaire, sur le modèle du Nutri-Score

Parmi les mesures les plus visibles figure l’Info-Score Santé. Les auteurs le décrivent comme un outil d’évaluation de la qualité éditoriale des sources (traçabilité, validation scientifique, actualisation, correction des erreurs, liens d’intérêt). Ils insistent sur son périmètre : « l’Info-Score Santé n’est pas un outil de censure (…) et son affichage est sur la base du volontariat ».[2]

Le rapport propose une gradation de A (excellent) à E (défaillant) et détaille des critères, dont des pénalités en cas de publicité santé ou de financement industriel dominant (ex. « financement industriel > 20 % »).[2] Cette labellisation vise à offrir un repère lisible dans un écosystème saturé, sans se prononcer sur les opinions, mais sur la robustesse éditoriale des producteurs d’information.

Un observatoire comme point d’entrée de l’information fiable, adossé à Santé.fr

La recommandation structurante suivante consiste à créer un Observatoire de l’information en santé, présenté comme « point d’entrée public » de l’information fiable en France, coordonné par un comité de pilotage et appuyé sur un conseil scientifique.[2] Le rapport détaille l’outillage attendu : portail Santé.fr modernisé, annuaire d’experts, et même une IA générative conversationnelle fondée sur un corpus contrôlé, capable de fournir des réponses « toujours sourcées », avec des niveaux de langage différenciés grand public / professionnel.

Une infovigilance en trois temps : repérer, vérifier, informer

Le rapport décrit ensuite un dispositif d’infovigilance intégré à l’observatoire, dont la mission se décline en trois verbes : repérer (organisation de signalement et de détection), vérifier (qualification et analyse des contenus trompeurs), informer (réponse graduée, rapide et coordonnée).

Dans l’esprit des auteurs, l’enjeu n’est pas seulement de produire une correction, mais de la diffuser dans des formats adaptés aux réseaux et de la rendre utile à ceux qui sont en première ligne de la discussion avec les patients : médecins, pharmaciens, infirmiers, sages-femmes, mais aussi journalistes santé et institutions.[2]

Un volet sanctions pour « inverser le risque » et protéger ceux qui prennent la parole

Sur la question la plus inflammable, le rapport plaide pour « inverser le risque » : faire appliquer les textes existants par les autorités administratives, disciplinaires et judiciaires, communiquer sur les sanctions appliquées, contrôler les associations qui orchestrent des campagnes de harcèlement, renforcer la régulation des médias et protéger les scientifiques qui informent.[2]

« Il faut inverser le risque entre les scientifiques et les désinformateurs ».[5]

Recherche et Europe : faire de l’infodémiologie un objet scientifique à part entière

Enfin, les auteurs demandent de faire de l’infodémiologie (étude de l’information en santé et de son impact sur la santé publique) une priorité, via un PEPR (Programme et Équipement Prioritaire de Recherche), et de porter ce sujet au niveau européen, notamment sur la régulation des plateformes considérées comme des médias dotés d’une politique éditoriale.[2]

La stratégie gouvernementale en quatre axes : une reprise partielle, et des angles morts assumés

Le ministère annonce, le 12 janvier 2026, le lancement d’une stratégie nationale « engagée dès 2025 », construite avec une « expertise indépendante » et articulée en quatre axes : consultation citoyenne, observatoire, infovigilance et construction d’un socle de confiance (éducation, responsabilisation des plateformes, recherche).[3]

Le calendrier affiché est resserré sur le volet opérationnel : « À partir de la fin janvier, un dispositif opérationnel d’infovigilance permettra de détecter rapidement les fausses informations en santé (…) et de diffuser des réponses fiables et pédagogiques ».[3] Dans le même communiqué, la ministre résume l’objectif en quelques mots : « La désinformation en santé fragilise la prévention, la confiance et parfois même l’accès aux soins. »[3]

La couverture de Public Sénat souligne que cette riposte, présentée comme une « priorité stratégique de l’État », repose sur l’observatoire et l’infovigilance, sans prévoir de volet sanction à ce stade.[4] Le Quotidien du Médecin, de son côté, rapporte que plusieurs recommandations des experts ne sont « pas retenues », dont l’Info-Score, la ministre estimant qu’on « n’est pas prêt » pour une notation de ce type.[6]

Cette divergence n’est pas seulement politique : elle touche au cœur de la doctrine. Le rapport propose un triptyque « repères détection dissuasion » ; la stratégie gouvernementale met l’accent sur « repères détection » et renvoie la dissuasion à l’existant, sans annoncer de renforcement immédiat.[2][3][4]

Ce que cela change pour les professionnels de santé : repères, relais et protection

Sur le terrain, la promesse la plus concrète est celle d’une réponse plus rapide, plus diffusable et mieux outillée. Le ministère indique que l’infovigilance s’appuiera sur un « réseau d’alliés – experts, journalistes, institutions, créateurs de contenus » et proposera des réponses de référence via Santé.fr, ainsi que des formats adaptés aux plateformes.[3] Le rapport, lui, pousse plus loin l’intégration des professionnels, en envisageant une IA conversationnelle sur un corpus contrôlé, avec des niveaux de langage dont un niveau « professionnel ».[2]

Reste une question, largement partagée dans les entretiens menés en 2025 : la capacité à tenir la durée quand l’exposition aux attaques devient personnelle. Les auteurs disent avoir entendu une demande de « soutien » face au cyberharcèlement et aux menaces, et recommandent explicitement de protéger les scientifiques et soignants qui informent.[2] Sur ce point, plusieurs observateurs notent que la stratégie gouvernementale, telle qu’annoncée en janvier 2026, ne détaille pas de mécanisme de protection supplémentaire.[4][6]

Vers une politique publique coordonnée contre la désinformation médicale et l’appel au vote d’une loi « Booba » pour encadrer la désinformation médicale permettent de replacer ces arbitrages dans la durée.

Une mise en œuvre à surveiller : gouvernance, transparence, et crédibilité des outils

Le rapport insiste sur la confiance comme condition de l’efficacité : critères publics, transparence des liens d’intérêt, correction des erreurs, traçabilité des sources, et séparation claire entre production de contenus fiables et débat d’opinions.[2] La stratégie gouvernementale met, elle aussi, en avant « l’écoute », la « transparence » et la « science ».[3]

La différence, désormais, se jouera moins sur les intitulés que sur la gouvernance et l’acceptabilité : qui pilote l’observatoire, avec quels garde-fous, quels moyens et quelle articulation avec les agences (HAS, Haute Autorité de santé ; ANSM, Agence nationale de sécurité du médicament ; Santé publique France ; ANSES ; INCA), les ARS (agences régionales de santé) et les sociétés savantes ?[2][3] À court terme, l’échéance de « fin janvier » pour l’infovigilance fournira un premier test de crédibilité : la riposte sera jugée sur sa rapidité, sa précision, sa capacité à s’implanter dans les usages… et sur sa résistance aux controverses qu’elle ne manquera pas de susciter.[3][4]

Références

1. SFPT — « Rapport sur la désinformation en santé 2026 » (lien vers le PDF), 12 janvier 2026. https://sfpt-fr.org/infos,-actions-du-groupe/2271-rapport-sur-la-desinformation-en-sante-2026

2. Molimard M., Costagliola D., Maisonneuve H. — « Information en santé : bilan des forces et des faiblesses, recommandations pour une stratégie nationale d’information et de lutte contre la désinformation en santé » (PDF), remis le 12 janvier 2026. https://sfpt-fr.org/images/documents/Communication/RapportinformationFR_12janvier2026.pdf

3. Ministère de la Santé, de la Famille, de l’Autonomie et des Personnes handicapées — « Lancement de la stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé », publié le 12.01.26. https://sante.gouv.fr/actualites-presse/presse/communiques-de-presse/article/lancement-de-la-strategie-nationale-de-lutte-contre-la-desinformation-en-sante

4. Public Sénat — « Désinformation en santé : l’exécutif dévoile une stratégie nationale de riposte », 13 janvier 2026. https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/desinformation-en-sante-lexecutif-devoile-une-strategie-nationale-de-riposte

5. Le Point — « “Il faut inverser le risque entre les scientifiques et les désinformateurs” », 12 janvier 2026. https://www.lepoint.fr/sante/il-faut-inverser-le-risque-entre-les-scientifiques-et-les-desinformateurs-WTHH5JTJNBEHJLPLBMG6LY3CJE/

6. Le Quotidien du Médecin — « Désinformation en santé : la ministre annonce une stratégie pour la riposte », 13 janvier 2026. https://www.lequotidiendumedecin.fr/actu-medicale/sante-publique/desinformation-en-sante-la-ministre-annonce-une-strategie-pour-la-riposte

7. Labo Société Numérique (ANCT) — « Comment les jeunes s’informent sur l’actualité ? Enquêtes sur leurs pratiques informationnelles », 23 juin 2025. https://labo.societenumerique.gouv.fr/fr/articles/dossier-comment-les-jeunes-sinforment-sur-lactualité-enquêtes-sur-leurs-pratiques-informationnelles/

8. Caducee.net — « Désinformation médicale : vers une politique publique coordonnée », 22 avril 2025. https://www.caducee.net/actualite-medicale/16578/desinformation-medicale-vers-une-politique-publique-coordonnee.html

9. Caducee.net — « Les professionnels de santé appellent au vote d’une loi “Booba” pour endiguer la désinformation médicale », 30 janvier 2024. https://www.caducee.net/actualite-medicale/16294/les-professionnels-de-sante-appellent-au-vote-d-une-loi-booba-pour-endiguer-la-desinformation-medicale.html

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