Hospitalisations pour gestes auto-infligés : chez les adolescentes, une hausse moins vive mais persistante en 2025

Hospitalisations pour gestes auto-infligés : chez les adolescentes, une hausse moins vive mais persistante en 2025 En 2025, les hospitalisations en soins somatiques pour tentatives de suicide et automutilations continuent d’augmenter chez les adolescentes et les jeunes femmes, selon un jeu de données publié le 11 mai par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques. Plus de 84 000 personnes de 10 ans ou plus ont été hospitalisées au moins une fois pour un geste auto-infligé. La progression ralentit nettement par rapport aux années de rebond post-Covid, mais le niveau observé chez les filles de 10-19 ans reste le plus élevé de toutes les classes d’âge et de sexe.

À retenir (lecture rapide)

• En 2025, plus de 84 000 personnes de 10 ans ou plus ont été hospitalisées en soins somatiques.

• Chez les filles de 10-19 ans, le taux atteint 482 pour 100 000, en hausse de 4 %.

• La hausse ralentit, après 56 % en 2020-2021 et 16 % en 2023-2024.

• L’indicateur décrit un recours hospitalier, pas l’ensemble des tentatives ni des automutilations.

• La prévention de la récidive repose aussi sur la continuité du suivi après la sortie.

Une hausse nationale encore portée par les jeunes femmes

Le nouveau jeu de données de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) documente les hospitalisations liées à un geste auto-infligé, entendu comme « une tentative de suicide ou une automutilation non suicidaire ». Il couvre la période 2012-2025, par âge, sexe, effectifs, taux et type d’hospitalisation, en soins somatiques comme en psychiatrie.[1]

En 2025, dans les services de médecine, chirurgie ou obstétrique (MCO), un peu plus de 84 000 personnes âgées de 10 ans ou plus ont été hospitalisées au moins une fois pour un geste auto-infligé. Les femmes représentent 64 % de ces patients, une proportion stable depuis 2021. Rapporté à la population, le taux atteint 170 pour 100 000 femmes et 101 pour 100 000 hommes, soit une hausse globale de 2 % par rapport à 2024.[1]

Derrière cette moyenne nationale, le signal reste très inégalement réparti. La progression se concentre surtout chez les filles et les jeunes femmes de moins de 30 ans, dans le prolongement de la hausse des hospitalisations pour gestes auto-infligés chez les adolescentes déjà documentée par les données précédentes.[9]

Les adolescentes restent au centre du signal hospitalier

Chez les patientes âgées de 10 à 19 ans, le taux d’hospitalisation atteint 482 pour 100 000 en 2025. La DREES précise qu’il s’agit du niveau le plus élevé parmi toutes les classes d’âge et de sexe, avec un quasi-doublement par rapport à la moyenne 2012-2019.[1]

La dynamique doit néanmoins être lue avec nuance. La progression, très forte entre 2020 et 2021 ( 56 %), puis encore marquée entre 2023 et 2024 ( 16 %), se poursuit entre 2024 et 2025 dans une proportion plus limitée ( 4 %). La hausse n’a donc pas disparu, mais son rythme se tasse. Pour les professionnels de santé, ce ralentissement ne gomme pas le signal : il suggère plutôt un maintien à haut niveau, après plusieurs années de dégradation.[1]

Le phénomène ne concerne pas uniquement les filles. Pour la deuxième année consécutive, les taux progressent aussi chez les garçons et les jeunes hommes de moins de 30 ans : plus de 10 % chez les 10-19 ans et plus de 5 % chez les 20-29 ans. L’écart entre les sexes demeure toutefois marqué, les hospitalisations pour gestes auto-infligés restant plus fréquentes chez les jeunes femmes que chez les jeunes hommes.[1]

Dans les classes d’âge plus avancées, la trajectoire est différente. Chez les 30-59 ans, les baisses observées depuis 2012 s’infléchissent pour atteindre un plancher, avec 117 pour 100 000 chez les hommes et 129 pour 100 000 chez les femmes. Chez les 60 ans ou plus, le taux féminin continue de diminuer, à 72 pour 100 000, tandis que le taux masculin reste stable, à 59 pour 100 000.[1]

Un indicateur hospitalier à manier avec prudence

Les données DREES s’appuient sur les hospitalisations en soins somatiques comportant un code de lésion auto-infligée, selon les codes X60 à X84 de la Classification internationale des maladies, dixième révision (CIM-10). Elles ne recouvrent donc pas l’ensemble des conduites suicidaires observées par les familles, l’école, la médecine de ville, les urgences ou la psychiatrie.[1]

Le champ MCO exclut notamment les passages aux urgences non suivis d’hospitalisation, les séjours en psychiatrie, les soins de suite et de réadaptation ainsi que l’hospitalisation à domicile. En d’autres termes, l’indicateur mesure une partie du recours hospitalier, non la prévalence réelle des tentatives de suicide ni celle des automutilations.[1]

Le jeu de données DATA.DREES précise également que le diagnostic de geste ou de lésion auto-infligé couvre à la fois les tentatives de suicide et les blessures volontairement infligées à soi-même, sans toujours permettre de distinguer l’intention suicidaire de l’automutilation non suicidaire. Cette limite ne réduit pas l’intérêt du signal, mais elle en fixe clairement le périmètre : il s’agit d’un indicateur de recours aux soins, sensible à la fréquence des gestes, mais aussi aux pratiques de codage, d’adressage et d’hospitalisation.[2]

La page de présentation publiée par la DREES ne précise pas explicitement, dans son texte, si les données 2025 doivent être considérées comme provisoires ou consolidées. Cette absence de précision invite à ne pas surinterpréter isolément le 4 % observé entre 2024 et 2025, même si la tendance générale reste cohérente avec les bilans récents.[1]

Des séries récentes qui confirment la vigilance

Les données 2025 s’inscrivent dans une séquence déjà documentée par Santé publique France. En 2024, l’agence a recensé 97 302 hospitalisations pour geste auto-infligé, soit un taux standardisé de 142 hospitalisations pour 100 000 habitants, en hausse de 6 % par rapport à 2023. Chez les jeunes filles et jeunes femmes, les taux atteignaient 674 pour 100 000 chez les 11-17 ans et 424 pour 100 000 chez les 18-24 ans. L’auto-intoxication médicamenteuse constituait alors 77 % des séjours.[3]

Ces chiffres ne doivent pas être lus comme une série continue. La DREES met en avant des patients hospitalisés au moins une fois en 2025, tandis que Santé publique France décrit des séjours hospitaliers recensés en 2024. Les valeurs de 516 pour 100 000 chez les femmes de 15-19 ans en 2023, 674 pour 100 000 chez les 11-17 ans en 2024 et 482 pour 100 000 chez les 10-19 ans en 2025 renvoient à des classes d’âge, à des années et à des unités de comptage différentes. Elles ne permettent donc pas, à elles seules, de conclure à une baisse ou à une hausse d’une année sur l’autre.[1][3][4]

La surveillance des urgences renforce néanmoins l’attention portée à la santé mentale des adolescents. En 2024, Santé publique France faisait état de 77 041 passages aux urgences pour geste auto-infligé en France entière, hors Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) et Corse, soit 4,5 passages pour 1 000. Plus récemment, les passages aux urgences pour idées suicidaires chez les 11-17 ans demeuraient au-dessus des années précédentes malgré des variations mensuelles liées au calendrier scolaire.[3][10]

Le sixième rapport de l’Observatoire national du suicide (ONS), publié par la DREES en février 2025 et mis à jour en janvier 2026, replace cette dynamique dans une perspective plus longue. En 2023, 77 601 personnes de plus de 10 ans avaient été hospitalisées au moins une fois pour geste auto-infligé dans les établissements de soins somatiques, soit 128 pour 100 000. Chez les femmes de 15 à 19 ans, le taux atteignait 516 pour 100 000, en hausse de 46 % par rapport à 2017 et plus de quatre fois supérieur à celui des hommes du même âge.[4]

Les déterminants imposent une lecture multifactorielle

La tentation est grande d’attribuer la hausse des hospitalisations pour gestes auto-infligés à une cause unique : crise sanitaire, réseaux sociaux, isolement, difficultés scolaires, discriminations ou fragilités familiales. Les sources disponibles ne permettent pas une telle simplification. Elles décrivent plutôt une convergence de vulnérabilités, variable selon les âges, les sexes et les trajectoires individuelles.

Dans une étude publiée le 4 juin 2025 à partir de l’enquête EpiCov, la DREES relevait une progression des pensées suicidaires déclarées entre l’automne 2020 et l’automne 2022, de 2,8 % à 3,4 % chez les adultes. La hausse était plus marquée chez les femmes de 18 à 25 ans : près de 9 % déclaraient à l’automne 2022 avoir pensé à se suicider au cours des douze derniers mois, soit 2,4 points par rapport à 2020.[5]

Ce résultat ne doit pas être confondu avec le signal hospitalier observé chez les 10-19 ans. Il porte sur des pensées suicidaires auto-déclarées chez des adultes et jeunes adultes, tandis que les données DREES 2025 décrivent des hospitalisations pour gestes auto-infligés. Il apporte néanmoins un éclairage contextuel sur la dégradation de plusieurs indicateurs de santé mentale chez les jeunes femmes.[5]

Chez les enfants et adolescents, la même étude observait une augmentation des difficultés émotionnelles, tristesse ou anxiété, de 12 % à 16 % entre l’été 2021 et l’automne 2022. La DREES soulignait par ailleurs que les femmes de moins de 30 ans étaient plus exposées à certains facteurs associés à une santé mentale dégradée, notamment l’usage fréquent des réseaux sociaux, l’appartenance à une minorité sexuelle ou l’expérience de discriminations. Ces associations ne valent pas causalité, mais elles enrichissent l’entretien clinique et le raisonnement de santé publique.[5]

Le repérage clinique reste une responsabilité partagée

Pour les professionnels, l’enjeu dépasse la lecture statistique. Les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS), mises en ligne le 30 septembre 2021, s’adressent aux acteurs chargés de repérer, évaluer et orienter les enfants et adolescents présentant un risque suicidaire à court, moyen ou long terme. Elles couvrent l’identification du risque, l’évaluation de la crise suicidaire, l’orientation, la prise en charge aiguë, l’hospitalisation, le plan de sécurité, l’accompagnement de moyen et long terme ainsi que la sortie des urgences ou d’un séjour hospitalier.[6]

Ce cadre concerne directement les médecins généralistes, pédiatres, psychiatres, pédopsychiatres, urgentistes, infirmiers scolaires, psychologues et équipes médico-sociales. La souffrance psychique adolescente se présente rarement sous une forme unique. Elle peut s’exprimer par une plainte somatique, un retrait, une crise anxieuse, une rupture scolaire, une modification brutale du sommeil, une intoxication, une scarification ou une parole suicidaire plus ou moins explicite.

Chez les adultes comme dans les situations de premier recours, la question du silence autour du mal-être éclaire un angle mort du repérage. Les travaux récents sur l’expression trop rare du mal-être psychique rappellent que l’absence de demande spontanée ne signifie pas absence de souffrance. Pour les soignants de premier recours, le repérage suppose donc une écoute structurée, des questions directes formulées avec tact et une orientation rapide lorsque la sécurité du patient l’exige.[11]

La prévention du suicide se joue aussi après la sortie

La hausse des hospitalisations oblige à regarder l’aval du parcours. Une hospitalisation pour geste auto-infligé ne clôt pas la crise ; elle ouvre une période à haut risque, durant laquelle la continuité du lien devient déterminante. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, est accessible gratuitement 24h/24 et 7j/7 en France entière. Le site officiel précise qu’un professionnel du soin, spécifiquement formé à la prévention du suicide, répond aux personnes en détresse, à celles qui ont des pensées suicidaires ou à leur entourage.[8]

Le dispositif VigilanS apporte un autre repère opérationnel. Évalué par Santé publique France sur la période 2015-2017 dans les six premiers territoires d’expérimentation, il vise à maintenir le contact après une tentative de suicide. Les patients VigilanS ont été comparés à un groupe témoin non exposé, après appariement sur score de propension et analyse de survie par modèle de Cox ajustée sur plusieurs variables, dont le sexe, l’âge, le mode de tentative initiale, les antécédents, l’année d’inclusion et l’indice de déprivation sociale.[7]

Dans ce cadre méthodologique, Santé publique France conclut à une diminution de 38 % du risque de réitération suicidaire dans les douze mois suivant la tentative chez les patients inclus dans VigilanS, par comparaison avec les patients non exposés. Ce pourcentage ne doit donc pas être lu comme un simple calcul à partir d’effectifs bruts, mais comme une estimation ajustée issue de l’évaluation.[7]

En 2024, Santé publique France indiquait que 41 777 personnes étaient entrées dans le dispositif de recontact et de veille. Pour le 3114, l’agence rapporte 215 093 appels reçus entre juin et décembre 2024, période disponible dans les données publiées. Ces chiffres ne résument pas la prévention du suicide, mais ils montrent que l’organisation du suivi post-hospitalier constitue l’un des points d’appui du parcours de soins.[3]

Une alerte durable, sans lecture simpliste

Les données DREES ne disent pas tout. Elles ne mesurent ni les gestes non pris en charge, ni les consultations ambulatoires, ni les souffrances silencieuses, ni les situations repérées par les familles, l’école ou les professionnels de ville avant tout passage hospitalier. Elles ne distinguent pas non plus, dans chaque cas, l’intention suicidaire de l’automutilation non suicidaire.

Leur message principal reste néanmoins difficile à écarter. En 2025, les hospitalisations pour gestes auto-infligés continuent d’augmenter chez les adolescentes et les jeunes femmes, même si le rythme de progression se tasse. Pour les professionnels de santé, cette persistance transforme le signal en exigence pratique : mieux repérer, mieux orienter, mieux sécuriser la sortie et tenir le fil du suivi dans la durée.

Références

[1] DREES — La hausse des hospitalisations des adolescentes et jeunes femmes pour tentatives de suicide et automutilations se poursuit en 2025 — 11 mai 2026.

[2] DATA.DREES — Patients hospitalisés pour gestes auto-infligés — données 2012-2025, consulté le 16 juin 2026.

[3] Santé publique France — Conduites suicidaires en France. Bilan 2024 — 10 octobre 2025.

[4] DREES / Observatoire national du suicide — Suicide : mal-être croissant des jeunes femmes et fin de vie — 25 février 2025, mise à jour le 9 janvier 2026.

[5] DREES — Santé mentale : un état des lieux au regard de la situation financière, de l’orientation sexuelle et des discriminations subies — 4 juin 2025.

[6] HAS — Idées et conduites suicidaires chez l’enfant et l’adolescent : prévention, repérage, évaluation et prise en charge — 30 septembre 2021.

[7] Santé publique France — Évaluation d’efficacité de VigilanS de 2015 à 2017, dispositif de prévention de la réitération suicidaire — 5 juillet 2023, mise à jour le 9 mars 2026.

[8] 3114 — Numéro national de prévention du suicide — consulté le 16 juin 2026.

[9] Caducee.net — Hospitalisations pour automutilations et tentatives de suicide en forte hausse chez les adolescentes — 17 mai 2024.

[10] Caducee.net — Santé mentale des adolescents : idées suicidaires, l’accalmie d’avril en trompe-l’œil — 14 mai 2026.

[11] Caducee.net — Santé mentale : une personne sur deux n’évoque pas son mal-être, selon l’enquête CoviPrev — 30 mars 2026.

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