Épidémie d’Ebola Bundibugyo en RDC et en Ouganda : les raisons de l’alerte de l’OMS
À retenir (lecture rapide)
• Au 16 mai, l’OMS recensait 8 cas confirmés, 246 suspects et 80 décès suspects en Ituri.
• Les CDC rapportaient 10 cas confirmés, 336 suspects et 88 décès en RDC au 17 mai.
• Aucun vaccin ni traitement spécifique approuvé ne cible actuellement le virus Ebola Bundibugyo.
• L’Ituri cumule mobilité minière, insécurité, transmission nosocomiale suspectée et proximité avec l’Ouganda.
• Le risque reste très faible en Europe, mais élevé pour les pays frontaliers de la RDC.
Une alerte sanitaire partie d’Ituri et devenue internationale
L’alerte n’est pas née d’un seul foyer immédiatement identifié. Le 5 mai 2026, l’OMS a été informée d’une maladie inconnue à forte mortalité dans la zone de santé de Mongbwalu, en Ituri, avec des décès rapportés parmi des professionnels de santé. Le 14 mai, l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) de Kinshasa a analysé 13 prélèvements sanguins venus de la zone de santé de Rwampara ; huit ont été confirmés positifs le 15 mai pour la maladie à virus Bundibugyo, une forme d’Ebola.[2]
Le même jour, le ministère congolais de la Santé a déclaré officiellement une nouvelle flambée d’Ebola dans les zones de santé de Rwampara, Mongbwalu et Bunia. Selon le point de l’OMS, le premier cas suspect actuellement connu était un soignant, dont les symptômes — fièvre, hémorragies, vomissements et malaise intense — avaient débuté le 24 avril 2026, avant un décès dans un centre médical de Bunia.[2] Cette chronologie suggère une circulation antérieure à la confirmation biologique, dans un territoire déjà confronté à des résurgences d’Ebola en République démocratique du Congo.[9]
Au 16 mai 2026, l’OMS rapportait huit cas confirmés en laboratoire, 246 cas suspects et 80 décès suspects dans au moins trois zones de santé d’Ituri : Bunia, Rwampara et Mongbwalu.[1] Deux cas confirmés avaient également été signalés à Kampala, en Ouganda, chez des personnes ayant voyagé depuis la RDC ; l’un des deux patients était décédé et les deux situations ne présentaient pas de lien apparent entre elles.[1] Un cas un temps signalé à Kinshasa, chez une personne revenant d’Ituri, a finalement été testé négatif par l’INRB et n’est donc pas considéré comme confirmé.[1]
Mise à jour du 18 mai. La page de situation des Centers for Disease Control and Prevention (CDC), consultée le 18 mai, rapportait 10 cas confirmés, 336 cas suspects et 88 décès en RDC au 17 mai, ainsi que deux cas confirmés, dont un décès, en Ouganda.[7] Les CDC précisent que ces nombres sont susceptibles d’évoluer. Dans l’attente d’un nouveau point consolidé de l’OMS, le bilan du 16 mai demeure le socle le plus robuste, tout en laissant apparaître une accélération des signalements.
Ebola Bundibugyo : une souche rare sans vaccin spécifique
La flambée actuelle est due au virus Ebola Bundibugyo, distinct de la souche Zaïre, mieux connue et historiquement plus souvent associée aux grandes épidémies. L’enjeu n’est pas seulement taxonomique. L’OMS rappelle qu’il n’existe actuellement ni vaccin homologué ni traitement spécifique contre le virus Bundibugyo, même si une prise en charge précoce et intensive peut sauver des vies.[2] Les CDC formulent le même constat : aucun vaccin n’est disponible contre Bundibugyo, et le traitement repose sur les soins de support.[7]
Cette absence de contre-mesure spécifique modifie la réponse sanitaire. Là où la vaccination en anneau a pu jouer un rôle dans certaines flambées dues au virus Ebola-Zaïre, le contrôle de Bundibugyo dépend davantage de la surveillance clinique, du diagnostic virologique, de l’isolement, du suivi des contacts et de la sécurité des soins. Les deux flambées antérieures documentées de maladie à virus Bundibugyo, signalées en Ouganda puis en RDC, ont présenté des létalités estimées par l’OMS entre 30 % et 50 %.[2]
Sur le plan clinique, la maladie à virus Ebola[10] reste difficile à distinguer, au début, d’autres fièvres fréquentes en zone tropicale. L’incubation de la maladie à virus Bundibugyo varie de 2 à 21 jours, et les premiers symptômes — fièvre, fatigue, myalgies, céphalées, mal de gorge — manquent de spécificité.[2] Cette présentation initiale peu caractéristique peut retarder l’isolement, surtout lorsque la confirmation biologique dépend d’un circuit de prélèvement et d’analyse déjà fragilisé par les contraintes de terrain.
Le diagnostic, verrou décisif de la riposte
La confirmation biologique occupe une place centrale dans cette flambée. Les premiers prélèvements analysés à Bunia avec un test Ebola standard étaient négatifs ; les échantillons transmis à l’INRB ont ensuite été confirmés par réaction de polymérisation en chaîne (PCR), avant que le séquençage génomique n’identifie l’espèce Bundibugyo.[2] Cette séquence illustre un enjeu opérationnel majeur : la rapidité de la riposte dépend de tests adaptés, de circuits d’acheminement sûrs et de laboratoires capables de caractériser précisément le virus.
L’OMS insiste d’ailleurs sur cette exigence dans ses recommandations de voyage et de contrôle. Un cas confirmé ne doit pas voyager tant que deux tests diagnostiques spécifiques du virus Bundibugyo, réalisés à au moins 48 heures d’intervalle, ne sont pas revenus négatifs.[1] Dans une région où les routes, la sécurité et les capacités hospitalières peuvent limiter l’accès aux structures de référence, chaque délai supplémentaire pèse sur l’identification des chaînes de transmission.
Ce verrou diagnostique a aussi une conséquence clinique. Tant que le statut virologique n’est pas établi, les soignants doivent raisonner en termes de risque, organiser le tri, limiter les contacts non protégés et sécuriser les prélèvements. La réponse se joue alors dans une zone grise : agir assez tôt pour éviter l’amplification nosocomiale, sans multiplier les isolements inutiles ni rompre la confiance avec les communautés.
L’Ituri concentre les vulnérabilités épidémiques
La géographie de l’épidémie pèse lourd dans l’évaluation du risque. Selon l’OMS, l’événement aurait débuté dans la zone de santé de Mongbwalu, un secteur minier à forte circulation humaine, avant des déplacements de patients vers Rwampara et Bunia pour obtenir des soins.[2] L’Ituri est aussi un carrefour commercial et migratoire proche de l’Ouganda et du Soudan du Sud, ce qui accroît le risque d’exportation régionale si le dépistage aux points d’entrée, le partage d’information et la coordination transfrontalière ne sont pas renforcés.[2]
Africa CDC décrit la même combinaison de fragilités : contexte urbain ou semi-urbain à Bunia et Rwampara, mobilité liée aux mines à Mongbwalu, insécurité, lacunes dans l’identification des contacts, difficultés de prévention et de contrôle de l’infection et proximité des zones touchées avec l’Ouganda et le Soudan du Sud.[4] Aucun de ces facteurs ne suffit, seul, à annoncer une propagation incontrôlée. Leur accumulation, en revanche, rend chaque retard plus coûteux.
Le suivi des contacts illustre cette tension. Au 15 mai, 65 contacts avaient été listés, dont 15 considérés à haut risque ; l’OMS indiquait toutefois que ce suivi restait faible en raison de l’insécurité et des restrictions de mouvement, plusieurs contacts listés étant devenus symptomatiques puis décédés avant d’avoir pu être isolés.[2] Dans une zone où les déplacements sont nombreux et parfois informels, la surveillance doit donc atteindre rapidement les lieux de soins, les familles, les communautés et les circuits funéraires.
Les soignants exposés au risque de transmission nosocomiale
Le signal le plus sensible pour les équipes médicales tient aux décès de soignants. L’OMS rapporte au moins quatre décès de professionnels de santé dans un contexte clinique évocateur de fièvre hémorragique virale, ce qui soulève la possibilité d’une transmission associée aux soins et de failles dans les mesures de prévention et de contrôle de l’infection.[1]
Cette donnée change la hiérarchie des urgences. Avant même d’élargir les capacités hospitalières, les structures de soins doivent sécuriser le tri, l’orientation des patients, l’isolement, la protection des personnels, la gestion des déchets, le transport des prélèvements et les procédures funéraires. L’OMS recommande une cartographie systématique des établissements de santé, le renforcement du tri, des interventions ciblées de prévention et de contrôle de l’infection, ainsi qu’une supervision continue des pratiques.[1]
Médecins sans frontières (MSF), qui prépare une réponse de grande ampleur en Ituri, a indiqué avoir reçu les 9 et 10 mai des alertes concernant une hausse des décès liés à une suspicion de fièvre hémorragique virale à Mongbwalu. L’organisation rapporte que son évaluation a retrouvé 55 décès depuis le début d’avril dans cette zone, avant l’identification de cas à Bunia et Rwampara.[6] Trish Newport, responsable des programmes d’urgence de MSF, juge la situation « extremely concerning », en raison du nombre de cas et de décès, de la diffusion à plusieurs zones de santé et du passage de la frontière.[6]
Une réponse régionale sous forte pression
Les mesures de riposte se déploient désormais sur plusieurs fronts. En RDC, les autorités ont engagé des équipes de réponse rapide, renforcé la surveillance des cas suspects et probables, organisé le transport des échantillons vers l’INRB, évalué la prévention de l’infection dans des établissements clés et identifié des capacités d’isolement à Bunia, Rwampara et Mongbwalu.[2] L’OMS indique également avoir acheminé cinq tonnes de fournitures, incluant du matériel de prévention et de contrôle de l’infection, des équipements de transport d’échantillons, du matériel de prise en charge et des tentes.[3]
En Ouganda, les autorités ont activé des mesures nationales et locales, incluant surveillance accrue, dépistage aux frontières, équipes de réponse rapide, isolement de contacts à haut risque et quarantaine des contacts identifiés.[2] Selon l’Associated Press, la RDC prévoit aussi d’ouvrir trois centres de traitement en Ituri afin d’élargir ses capacités de prise en charge, dans un contexte où les hôpitaux de la région sont déjà sous tension.[8]
La coordination régionale est devenue un axe central. Africa CDC a convoqué une réunion de haut niveau avec les autorités de RDC, d’Ouganda et du Soudan du Sud, aux côtés de l’OMS, de l’UNICEF, de l’African Medicines Agency, des CDC américains et d’autres partenaires. Les priorités annoncées couvrent la surveillance transfrontalière, la gestion des alertes, le laboratoire, le séquençage, la prise en charge, la communication sur les risques, les enterrements sécurisés et dignes, la logistique et la mobilisation des ressources.[4]
Un risque très faible en Europe, mais élevé aux frontières régionales
Pour l’Europe, l’évaluation reste rassurante à ce stade. Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) considère que la probabilité d’infection des personnes vivant dans l’Union européenne ou l’Espace économique européen est actuellement très faible, compte tenu d’une probabilité très basse d’importation et de transmission secondaire en Europe.[5] Pour les personnes résidant ou se rendant en Ituri, le risque est en revanche jugé faible, et non très faible, selon l’ECDC.[5]
Cette appréciation ne doit pas masquer l’enjeu régional. L’OMS estime que les pays frontaliers de la RDC sont exposés à un risque élevé de propagation, en raison des mobilités de population, du commerce, des déplacements et de l’incertitude sur les chaînes de transmission.[1] L’agence recommande le dépistage transfrontalier et aux grands axes intérieurs, l’interdiction de voyage pour les cas et contacts sauf évacuation médicale encadrée, ainsi qu’un suivi quotidien des contacts pendant 21 jours après l’exposition.[1]
En revanche, l’OMS déconseille les fermetures de frontières et les restrictions générales aux voyages et au commerce, jugeant ces mesures non fondées scientifiquement et susceptibles de déplacer les flux vers des passages informels non surveillés.[1] C’est l’un des points les plus délicats de cette flambée : contenir sans bloquer, surveiller sans rompre les circuits indispensables aux soins et à la réponse humanitaire.
Des chiffres évolutifs à interpréter avec méthode
L’épidémie d’Ebola Bundibugyo se trouve dans une phase où les signalements progressent plus vite que les confirmations biologiques. L’OMS documente un bilan consolidé au 16 mai, tandis que les CDC rapportent, au 17 mai, des nombres supérieurs mais encore susceptibles d’être révisés.[1][7] Cette différence ne traduit pas nécessairement une contradiction : elle reflète l’écart entre cas confirmés, cas suspects, décès communautaires et signaux en cours de qualification.
Cette prudence n’est pas un détail méthodologique. Dans une fièvre hémorragique virale, la distinction entre cas suspect, cas probable, cas confirmé et décès communautaire peut modifier l’interprétation de la dynamique épidémique. Elle conditionne aussi la taille réelle des chaînes de transmission, le nombre de contacts à suivre et les besoins en équipes mobiles, laboratoires, équipements de protection individuelle (EPI) et unités d’isolement.
Pour les professionnels de santé, la flambée actuelle rappelle une constante des infections émergentes liées au virus Ebola : la réponse se joue d’abord dans les premiers gestes, les premiers prélèvements, les premiers isolements et la confiance obtenue auprès des communautés.[11] L’absence de contre-mesure spécifique homologuée contre Bundibugyo rend cette séquence encore plus exigeante. La riposte s’apparente désormais à une course contre la montre : isoler vite, confirmer sans délai, protéger les soignants et maintenir l’adhésion communautaire sans briser les circulations nécessaires aux soins.
Références
[1] OMS, Epidemic of Ebola Disease caused by Bundibugyo virus in the Democratic Republic of the Congo and Uganda determined a public health emergency of international concern, 17 mai 2026.
[2] OMS, Ebola disease caused by Bundibugyo virus, Democratic Republic of the Congo & Uganda, 16 mai 2026.
[3] OMS Afrique, Democratic Republic of the Congo confirms new Ebola outbreak, WHO scales up support, 15 mai 2026.
[4] Africa CDC, Africa CDC Calls for Urgent Regional Coordination Following Ebola Virus Disease Outbreak in Ituri Province, DRC, and Imported Ebola Bundibugyo Case Reported by Uganda, 15 mai 2026.
[5] ECDC, WHO declares Ebola outbreak in the Democratic Republic of the Congo a Public Health Emergency of International Concern: ECDC continues monitoring, 17 mai 2026.
[6] MSF, MSF preparing large-scale response to Ebola outbreak in Ituri province, 16 mai 2026.
[7] CDC, Ebola Disease: Current Situation, consulté le 18 mai 2026.
[8] Associated Press, Congo announces 3 Ebola treatment centers in country’s east, 18 mai 2026.
[9] Caducee.net, Résurgence d’Ebola en République démocratique du Congo, 24 août 2022.
[10] Caducee.net, Maladie à virus Ebola ou fièvre hémorragique africaine, date non indiquée.
[11] Caducee.net, L’Emergence du virus EBOLA chez l’homme : un long processus pas totalement élucidé, 19 mai 2015.
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