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Des cabines de téléconsultations médicales chez Monoprix suscitent la polémique

illustrationLa chaine de Supermarché Monoprix vient de déployer dans deux de ses magasins, 2 espaces santé proposant un service de téléconsultation médicale depuis une cabine dédiée. Cette démarche a provoqué la colère du conseil de l’Ordre des médecins qui rappelle que la médecine n’est pas un commerce. Ce qui a fait réagir l’association des entreprises de télémédecine pour qui « le CNOM se trompe de diagnostic ».

Une consultation médicale entre le rayon habillement et fruits et légumes

« Ma santé au quotidien », tel est le concept dévoilé par Monoprix dans la presse et déployé dans deux magasins, un à Paris, porte de Châtillon et l’autre à Troyes dans l’Aube.

Il s’agit concrètement d’un espace de 40 m² qui comprend une offre de parapharmacie, des conseils, des objets connectés, un coin optique, et une cabine de téléconsultation équipée de montre, de balance et de tensiomètre connectés.

Au sein de la cabine, le patient peut accéder à un médecin généraliste avec un délai compris entre 7 et 15 minutes selon la société Tessa Pharma Express qui gère le service de consultation médicale. D’après l’enseigne de distribution, l’inscription du patient se fait sans avance de frais grâce à son numéro de sécurité sociale, ce qui semble a priori contradictoire avec les conditions réglementaires pour que la téléconsultation soit prise en charge par l’assurance maladie. En effet par principe, le médecin téléconsultant doit connaitre le patient pour que la téléconsultation soit remboursée. Les exceptions à ce principe sont clairement définies sur le site ameli.fr.

Un parcours de soins optique pour avoir des lunettes en 72 heures « avec tiers payant disponible »

Sym Optic peut également recevoir ses clients sur place et propose des tests de vue gratuits en 10 minutes chrono, une ordonnance en 48 heures « en téléconsultation asynchrone » et l’essayage et la vente de lunettes.

« Toutes les lunettes entrent dans les plafonds du 100 % santé et sont donc remboursées par la sécurité sociale et la mutuelle avec un reste à charge zéro et le tiers payant disponible » vante le dossier de presse.

La communication de l’enseigne met en avant un espace santé centré sur les besoins des clients (l’activité physique, le sommeil, l’apaisement, la relaxation, le diagnostic, la nutrition, la féminité, la beauté holistique, la sexualité, le bien vieillir, les enfants ou encore les animaux) avec des conseils fournis par des docteurs en pharmacie ou des « chatbots ».

Des promotions seront naturellement mises en avant en commençant par « une offre de médecine ayurvédique […] pour booster l’immunité et la vitalité ».

En partenariat avec le Dr Michel Cymes

« J’ai à cœur de porter des messages de prévention positive, de sensibiliser les Français aux bons gestes du quotidien pour leur santé. Manger équilibré, pratiquer une activité physique, s’assurer de son bien-être physique et psychologique sont autant de clés pour se sentir bien dans son corps et bien dans sa tête.

Ce partenariat entre Dr.Good ! et Monoprix est l’occasion de donner encore plus d’écho à mes messages de prévention ainsi qu’à ceux des experts de la team Dr.Good ! », déclare Michel Cymes.

« Monoprix a toujours été une entreprise pionnière. Nous le sommes à nouveau en proposant une nouvelle vision de l’espace santé en magasin. Cette innovation, que nous allons progressivement déployer, s’appuie sur une analyse approfondie pour comprendre la manière dont les tendances sociétales évoluent et la façon dont les objets connectés peuvent révolutionner le rapport de chacun à sa propre santé. Rendre accessibles en magasin la technologie, l’expertise et le conseil, c’est une immense fierté pour nous », déclare Jean-Paul MOCHET, Président du Groupe Monoprix.

« Au même titre que l’on vend des pommes bio et des vêtements, il est important pour nous d’adresser ces nouveaux besoins de prendre soin de soi, a détaillé Maguelone Paré, la directrice du concept et de l’innovation chez Monoprix, pour RTL

« La Santé n’est pas un commerce » martèle l’Ordre des médecins

Le CNOM n’a pas tardé à réagir face à la communication de l’enseigne de distribution.

« L’Ordre des médecins rappelle avec fermeté que la médecine ne doit pas être pratiquée comme un commerce et que la téléconsultation doit être inscrite dans le parcours de soins coordonnés…

Il ne peut être accepté qu’un médecin prenne en charge un patient sans possibilité de procéder à un examen clinique chaque fois que cela est souhaitable ; sans aucun ancrage territorial ni aucune connaissance du tissu sanitaire et médico-social ; sans se préoccuper de son parcours de soins et sans apporter une garantie que la continuité des soins pourra être assurée. La prise en charge de patients exclusivement en téléconsultation porte atteinte aux exigences déontologiques de qualité, de sécurité et de continuité des soins.

Les cabines de téléconsultation ouvertes dans l’enceinte de supermarchés semblent, dans la promotion qui en a été faite par voie de presse, contrevenir à ces obligations et être portées par des opérateurs de télémédecine, hors parcours de soins. Le Conseil national de l’Ordre des médecins, qui a régulièrement appelé à une régulation des offres de télémédecine par des sociétés intermédiaires à vocation commerciale, souligne une nouvelle fois que celles-ci ne sauraient s’affranchir du contrat social français.»

L’ordre appelle le Gouvernement à réagir avec fermeté pour défendre les principes régissant l’organisation des soins en France, et pour protéger l’acte médical au service des patients.

Les entreprises de télémédecine montent au créneau

Pour l’association des entreprises de télémédecine (LET), l’organisation rassemblant les entreprises de télémédecine en France, le CNOM se trompe de diagnostic.

« Le LET appelle à ne pas se tromper de diagnostic. L’association rappelle que 10 millions de patients n’ont aujourd’hui pas de médecin traitant désigné et sont donc exclus d’un parcours de soin basé sur le médecin traitant, sans oublier les millions de Français vivant dans un désert médical. L’assurance maladie n’est ainsi pas en mesure de respecter sa promesse universelle. » Explique-t-elle dans un communiqué publié le 22 avril.

« La télémédecine, sans résoudre tous les problèmes de l’offre de soins actuellement insuffisante en France, permet d’apporter un premier niveau de solution pour les patients de notre pays.

Au-delà du sujet de la télémédecine, la crise sanitaire a révélé les faiblesses/failles de notre système de santé et la nécessité de le rendre plus performant et capable de répondre au besoin des patients, dont un accès équitable et facilité aux soins. Ces besoins doivent être pris en compte avec l’effort de tous, grâce à la prise en compte des nouveaux usages et l’élaboration concertée de nouveaux parcours de soins plus en adéquation avec notre époque. »

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