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Obésité et précarité: mieux comprendre les liens pour tenter d'enrayer le cercle vicieux

L'obésité est en constante augmentation en France depuis 30 ans à tel point qu'on parle d'épidémie: 8 à 10% des adultes (jusqu'à 17% dans les milieux défavorisés) et 10 à 12% des enfants sont concernés. S'il est exact de dire que l'obésité est toujours le résultat d'une inadéquation entre les apports énergétiques (ce que l'on mange) et les dépenses énergétiques (activité physique et métabolisme), ces explications ne suffisent pas.

Quels sont les facteurs déterminants de l'obésité, quels en sont les mécanismes, comment conseiller et soulager ceux qui souffrent d'obésité et qui n'expriment pas toujours une demande de prise en charge ? Trois études présentées à l'occasion de la journée du CERIN « Obésité et précarité » au Sénat le 12 octobre 2001 et de nombreux débats ont cherché à faire avancer la réflexion sur ce sujet majeur de santé publique qui concerne professionnels de santé et du secteur social.

Vivre en situation de pauvreté -c'est le cas de 5 à 6 millions de personnes en France - favorise l'obésité chez les adultes, en particulier chez les femmes. Une enquête réalisée en 2001 par l'équipe du Dr Monique Astier-Dumas auprès de 115 femmes défavorisées, fait état de 20% d'obèses, soit le double de la population générale. Les habitudes alimentaires des personnes obèses sont spécifiques: elles suivent des «régimes amaigrissants» mais grignotent des viennoiseries, pâtisseries ou biscuits, cuisinent peu, consomment peu de légumes, peu de produits laitiers, peu de pain.

L'étude CNAMTS/CETAF/CERIN confirme le lien entre surpoids et précarité chez les jeunes de 16 à 30 ans, tranche d'âge exposée au risque de pauvreté: la fréquence de l'obésité est de 7,8 % dans le groupe de jeunes précaires contre 4,6 % dans le groupe des non précaires.

Cette étude souligne aussi certains comportements plus marqués chez les jeunes en difficultés économiques: plus forte consommation de boissons sucrées pendant ou en dehors des repas; plus faible consommation d'eau au quotidien; grignotage plus fréquent en dehors ou à la place des repas, petits déjeuners plus souvent sautés, moindre activité physique.

Une faible consommation de fruits, légumes et produits laitiers

Quelle est l'influence des revenus sur les achats des ménages ? L'étude de l'INRA relève certains points caractérisant l'alimentation des ménages à faible niveau de vie, si on les compare aux autres ménages: consommation nettement plus faible de légumes (31 kg par personne et par an contre 47 kg), de fruits frais (44 kg contre 62 kg), de fromage (moins 5 kg par personne et par an), de yaourts et de desserts lactés. La population pauvre achète autant de corps gras (beurre, huile, margarine) que les autres, et plus de limonades, boissons aux fruits et boissons type cola, surtout pour leurs enfants.

Ces données permettent d'avancer l'hypothèse que ces populations ont des comportements à risque de déséquilibres nutritionnels. Une trop faible consommation de fruits, de légumes et de produits laitiers les exposent notamment à des déficiences en vitamines et calcium, facteurs de risques de certaines pathologies comme les maladies cardiovasculaires ou l'ostéoporose.

Néanmoins l'alimentation n'est pas seule en cause et le mode de vie exerce aussi une influence sur la prise de poids. Pour le Dr Locard (Lyon), le temps passé devant la télévision et la sédentarité, en augmentation constante dans les milieux défavorisés sont facteurs de prise de poids excessive en particulier chez les femmes et les enfants. Elle observe par ailleurs que l'obésité est liée à une diminution du temps de sommeil.

Et en pratique ?

S'il n'existe pas de solution miracle, les professionnels de santé et du secteur social peuvent proposer certains conseils pratiques et réalistes :

Aider ces personnes à corriger les principales erreurs alimentaires

S'il n'est pas prudent de se lancer dans un régime sans avis médical, on peut essayer de respecter quelques conseils simples :

.ne pas sauter de repas pour éviter de compenser au repas suivant, ni supprimer d'aliments,

.boire de l'eau à la place des boissons type cola, garder les boissons sucrées pour certaines occasions (une canette de soda apporte 7 morceaux de sucre),

.limiter progressivement les grignotages de chips, barres chocolatées et bonbons, notamment devant la télévision.

Rappeler qu'il est important d'avoir un mode de vie actif car l'activité physique permet de brûler de l'énergie

On peut être actif dans la vie quotidienne sans être sportif: marcher 15 à 20 minutes chaque jour, monter les escaliers à pied, faire son jardin ou promener son chien, en tous cas éviter de rester assis trop longtemps devant la télévision.

Il est important d'associer aux conseils alimentaires des recommandations concernant l'activité physique, essentielle pour perdre du poids.

Déculpabiliser, comprendre la souffrance, rassurer: trois points essentiels

Les difficultés économiques et sociales, la perte de l'emploi, la solitude peuvent créer des troubles du comportement alimentaire contribuant à la prise de poids. ~obésité devient à son tour facteur d'isolement et d'exclusion. Pour les professionnels, l'objectif est d'intégrer ce problème dans sa dimension psychologique et sociale. Seule ce type d'approche basée sur l'écoute pourra aider ces personnes à rompre le cercle vicieux de l'obésité dans une perspective de réinsertion sociale.

Voir aussi le compte rendu de congrès

3ème Journée Alimentation et Précarité

Voir aussi le dossier de caducee.net sur l'obésité

http://www.caducee.net/DossierSpecialises/genetique/obesite.asp

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