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Programme d’information sur les méfaits du cannabis

Discours du ministre

Pour la première fois en France, le gouvernement met en œuvre un véritable programme de prévention contre la consommation de cannabis avec en lancement de ce programme, la première campagne médiatique européenne, la deuxième au monde.

Ce programme vise avant tout à modifier l’image du cannabis, à confronter idées reçues et réalité vécue, à faire prendre conscience aux jeunes de la réalité des risques sanitaires liés à sa consommation, mais aussi à répondre à la demande d’aide et de prise en charge de plus en plus fréquemment exprimée par des jeunes consommateurs ou leur entourage, trop souvent isolés et désemparés.

La consommation de cannabis est en effet devenue aujourd’hui un problème majeur de santé publique pour 4 raisons principales;

1. C’est d’abord la très forte augmentation de la consommation chez les jeunes.

Aujourd’hui, à 18 ans, plus de la moitié des jeunes (66% des garçons et 52 % des filles) a déjà fumé au moins une fois du cannabis ; et un garçon sur cinq (21%) et une fille sur 10 (9%) en consomme régulièrement. Ces chiffres sont 2 à 3 fois plus élevés qu’il y a 10 ans 1 .

On compte ainsi en France 850 000 consommateurs réguliers de cannabis, dont 450 000 consommateurs quotidiens, principalement des jeunes, avec un risque de répercussions sanitaires ou sociales aujourd’hui avéré.

Ces chiffres placent la France en tête des pays européens, avec la République tchèque et le Royaume Uni. La proportion de jeunes Français ayant déjà consommé du cannabis est presque deux fois plus élevée que la moyenne des autres pays européens.

Parallèlement, les demandes de prise en charge liées à la consommation de cannabis ne cessent d’augmenter. Dans les centres spécialisés de soins aux toxicomanes, la proportion de ces demandes est ainsi passée de 16% en 1998 à 25% en 2002.

2. Au-delà de ces chiffres, c’est aussi le caractère de plus en plus jeunes des consommateurs qui est inquiétant.

Il est aujourd’hui démontré que les conséquences sanitaires liées à la consommation de cannabis, en particulier l’apparition d’une dépendance ou de troubles psychiques, sont plus élevés en cas de consommation précoce. La période de l’adolescence, pendant laquelle le cerveau est encore dans une phase de maturation, est particulièrement critique2.

Or, l’âge de début de la consommation de cannabis s’est avancé, aux alentours de 14-16 ans. A 16 ans, près d’1 garçon sur 10 (9%) est déjà consommateur régulier de cannabis.

Cette consommation importante chez les plus jeunes est un phénomène relativement nouveau dont les conséquences ne pourront toutes être mesurées que dans plusieurs années.

3. Les produits consommés ne sont plus non plus les mêmes qu’il y a 30 ans.

Aujourd’hui, le cannabis fumé par un jeune est parfois 2 à 5 fois plus concentré que celui qu’aurait pu fumer ses parents il y a trente ans.

Là encore, la concentration des produits joue un rôle reconnu dans les phénomènes d’intoxication aiguë ou d’apparition de dépendance.

4. Aujourd’hui les conséquences sanitaires sont de mieux en mieux identifiées

Les connaissances scientifiques sur la consommation de cannabis ont largement progressé ces dernières années. Il est maintenant possible d’informer objectivement les consommateurs comme leur entourage.

Personne ne doit méconnaître la réalité des conséquences sanitaires de la consommation de cannabis.

Quels sont ces effets ?

4.1. Il s’agit avant tout d’effets neuropsychiques

- La prise de cannabis altère la perception, l’attention et la mémoire immédiate.

L’effet de détente et d’anesthésie émotionnelle qu’elle procure (qui est recherché par le consommateur), est à l’origine d’une perte de motivation que les spécialistes considèrent comme un effet central du cannabis. Ces altérations de l’attention peuvent avoir des conséquences immédiates sur l’accomplissement de tâches psychomotrices, telles que la conduite d’un véhicule, la manipulation d’engins.

En cas d’usage régulier, les troubles de la mémoire et des facultés d’apprentissage peuvent se traduire par un désinvestissement, une chute des résultats scolaires, et l’absentéisme.

- Autre conséquence de la consommation régulière de cannabis chez un adolescent, les altérations des relations avec l’entourage et en particulier les parents3 .Leurs activités peuvent se réduire et se tourner uniquement vers la recherche et la consommation du produit. Cela peut se traduire par un repli sur soi, pouvant entraîner d’importants problèmes relationnels. Chez les jeunes, en période d’insertion socio-affective, cet état semble particulièrement problématique.

Comme le résume une spécialiste4 : « les jeunes qui sont consommateurs vont moins bien à la maison, moins bien à l’école, moins bien avec les amis ».

- L’ intoxication aiguë (appelée aussi « ivresse cannabique » ou « bad trip ») se manifeste par des vomissements ou des évanouissements, mais aussi par des perturbations psychiques transitoires très pénibles comme certaines formes d’hallucinations, de dépersonnalisations, de bouffées délirantes, d’attaques de panique.

- La consommation régulière de cannabis expose au risque de dépendance, estimée entre 10% et 15%. Selon certaines études jusqu’à 30% des adolescents qui consomment quotidiennement du cannabis développeraient un syndrome de dépendance5.

- - La consommation de cannabis peut, chez les sujets prédisposés, précipiter ou aggraver des troubles mentaux sévères

Ces troubles peuvent prendre la forme de dépressions, hallucinations, idées délirantes, nécessitant une hospitalisation en milieu psychiatrique et disparaissent généralement à l’arrêt de l’intoxication ,

Des études récentes ont aussi montré un lien entre la consommation précoce de cannabis (à l’adolescence) et le développement d’une schizophrénie à l’âge adulte. Pour les spécialistes chez les sujets prédisposés, la consommation de cannabis peut précipiter l’apparition d’une schizophrénie, aggraver les symptômes et rendre moins efficace le traitement.

4.2. Les autres effets du cannabis sont respiratoires

- La consommation de cannabis peut aussi augmenter le risque des cancers pulmonaires et des voies aéro-digestives supérieures.

Face à ces conséquences sanitaires et sociales : l’action

Face à l’écart entre l’image du produit, son caractère mythique, et sa réalité, ses effets sur la santé et les relations sociales, notre devoir est d’informer et d’aider les jeunes consommateurs en difficulté et leur entourage.

4 types d’action :

1. La première campagne médiatique en Europe sur le cannabis

Je vais donc vous présenter avec Didier Jayle, président de la MILDT, et Philippe Lamoureux, directeur général de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES), la première campagne médiatique en Europe sur le cannabis.

Cette campagne confronte représentation mythique du cannabis, idées reçues et réalité vécue. Elle est d’abord destinée aux jeunes de 15 à 25 ans, période propice aux prises de risque. Il s’agit de leur faire prendre conscience des effets liés à la consommation de cannabis, bien établis aujourd’hui par la littérature scientifique. Cette campagne repose sur de vrais témoignages. C’est là toute sa force.

Elle est aussi destinée aux parents, souvent inquiets et désemparés. Il s’agit de répondre à cette inquiétude par une information concrètes, notamment sur les aides disponibles et la manière d’en parler avec leurs enfants.

La campagne comporte 6 films à la télé et 8 messages radio, des annonces presse ainsi que la diffusion large de 2 brochures d’information (une à destination des jeunes et l’autre à destination des parents), d’un guide d’aide à l’arrêt mis au point avec l’aide de médecins spécialistes du cannabis, et enfin la mise en service d’un nouveau n° azur, Ecoute Cannabis, 0 811 91 20 20, accessible tous les jours de 8 à 20 heures, au co ût d’une communication locale.

Au total, quatre millions de documents de prévention seront distribués, dans les consultations, les écoles, les auberges de jeunesse, les CRIPS, les discothèques…

2. Un programme structuré en milieu scolaire

En application de la loi du 9 ao ût 2004 relative à la politique de santé publique, un programme complet de prévention en milieu scolaire élaboré par la MILDT et l’éducation nationale sera initié dès janvier 2005 dans cinq académies, puis généralisé à la rentrée 2005-2006.

Ce programme d’intervention prévoit dans l’emploi du temps des élèves, des interventions sur le tabac pour les CM2-6ème, sur l’alcool pour les 5ème-4ème, et sur le cannabis pour les élèves de 3ème et 2nde Un référentiel d’intervention conçu avec l’INPES, la DGS et l’Education Nationale sera mis à la disposition des enseignants et des intervenants extérieurs.

3. La création de consultations de dépistage et de conseil pour les jeunes consommateurs de drogues

Prévu dans le nouveau plan gouvernemental de lutte contre « les drogues illicites, l’alcool et le tabac », un réseau de consultations de dépistage et de conseil pour les jeunes consommateurs de drogues, dites « consultation cannabis »

est aujourd’hui mis en place dans l’ensemble des régions. Quelques grandes lignes avant que Didier Jayle ne vous en parle plus précisément.

223 « consultations cannabis » peuvent aujourd’hui accueillir des jeunes, auxquelles s’ajoutent 25 points écoute jeunes qui relèvent de l’action sociale.

Les consultations « cannabis » ont été désignées sur la base d’un cahier des charges avec des professionnels de santé spécialistes.

Pour en faciliter l’accès, elles sont anonymes et gratuites, ouvertes à des heures compatibles avec les horaires scolaires et séparées des autres consultations en toxicomanie. Elles sont largement ouvertes aux parents. L’accueil est assuré par un médecin, un psychologue, une infirmière ou un éducateur exerçant au sein d’une équipe pluridisciplinaire..

Ces consultations offrent une évaluation de la consommation, des conseils et des informations adaptés à la situation de chacun, une prise en charge brève pour les consommateurs qui le nécessitent, et le cas échéant une orientation vers des structures de soins plus adaptées, notamment à l’hôpital.

4. Rôle de la médecine de ville

A côté des dispositifs dédiés, les jeunes doivent trouver l’aide dont ils ont besoin auprès des professionnels – et tout particulièrement les médecins généralistes- auxquels ils font naturellement confiance. La brochure sur l’aide à l’arrêt est conçu comme un outil utile à ces médecins.

Conclusion

Ainsi pour 2005, c’est un effort de près d’une dizaine de millions d’euros qui est consacré aux actions de communication (près de 4 millions d’euros) et à la mise en place des consultations cannabis (l’assurance maladie prend en charge le financement, au titre de l’objectif national de dépenses de l’Assurance-Maladie (Ondam), à hauteur de 3,8 M€).

Une information claire, un programme d’actions cohérent et une vrai volonté politique doivent nous permettre d’inverser la tendance. L’inflexion à la baisse de la consommation chez les jeunes, observée en 2003 , est un encouragement à progresser. Les comportements changent. C’est ce que nous montrent la lutte contre le tabac et la violence routière. C’est ce que nous continuerons à prouver avec le cannabis.

1 : La consommation répété de cannabis a en effet triplé depuis 10 ans comme le déclare J.Etiemble (INSERM) et comme le montre les chiffres. C’est l’expérimentation qui a été X par 2,3 pour les garçons et 2,8 pour les filles ! Retour discours

2 : O.Phan et al . Abus et dépendance au cannabis à l’adolescence EMC 2004. Retour discours

3 : O. Phan, EMC 2004 Retour discours

4 : Marie Choquet Retour discours

5 : Citée dans O.Phan, EMC 2004 Retour discours

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